Histoire coloniale et postcoloniale

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propos outranciers ?

vendredi 17 septembre 2010

Au cours de la conférence de presse qu’il a donnée à Bruxelles, dans l’après-midi du 16 septembre dernier, Nicolas Sarkozy s’est indigné de « la violence du propos de Viviane Reding, assimilant la politique de la France à ce qui avait été mis en œuvre durant la seconde guerre mondiale. » En réalité, la Commissaire européenne n’a pas commis l’assimilation qui lui est reprochée, mais elle a « regretté » que ses propos aient pu être mal interprétés.

En revanche, Nicolas Sarkozy a martelé ses déclarations devant la presse, n’hésitant pas à affirmer, contre toute vraisemblance, que « la Commission et nous, nous sommes sur la même position » et que « la totalité des chefs d’Etat et de gouvernement ont été choqués par les propos outranciers » de la commissaire européenne. Et il a décidé de ne pas modifier sa politique de démantèlement des « camps illégaux de Roms ».

Se sent-il encouragé par la progression de 20% dont il bénéficierait auprès des sympathisants du Front national révélée par un récent sondage [1] ?

« S’il y a quelqu’un qui a gardé son calme [...] c’est bien moi » (photo AP/Michel Euler)

Ce qu’a dit Viviane Reding

  • Le 14 septembre [2] :
    « J’ai été personnellement choquée par des circonstances qui donnent l’impression que des personnes sont renvoyées d’un Etat membre uniquement parce qu’elles appartiennent à une certaine minorité ethnique. Je pensais que l’Europe ne serait plus le témoin de ce genre de situation après la seconde guerre mondiale. »
  • Le 15 septembre [3] :
    « Je regrette les interprétations qui détournent l’attention du problème qu’il faut maintenant résoudre. Je n’ai en aucun cas voulu établir un parallèle entre la deuxième guerre mondiale et les actions du gouvernement français d’aujourd’hui ».

Nicolas Sarkozy a dit [4]

« La totalité des chefs d’Etat et de gouvernement ont été choqués par les propos outranciers tenus par la vice-présidente de la Commission », a attaqué Nicolas Sarkozy lors d’une conférence de presse organisée à l’issue de la rencontre avec les dirigeants de l’Union européenne. « On ne parle pas comme ça entre partenaires européens », a-t-il ajouté. Il a dénoncé
« Des raccourcis historiques qui ont profondément blessés l’ensemble de nos compatriotes ».

Il a en outre affirmé que le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, s’était « totalement désolidarisé de la violence du propos de Viviane Reding, assimilant la politique de la France à ce qui avait été mis en œuvre durant la seconde guerre mondiale. »

Nicolas Sarkozy l’a certifié, « s’il y a quelqu’un qui a gardé son calme et s’est abstenu de commentaires excessifs c’est bien moi » – les journalistes présents ont éclaté de rire. « Il n’y a pas eu d’éclats de voix, […] la Commission et nous nous sommes sur la même position. S’il n’y avait pas eu ces propos outranciers, tout se serait passé normalement », a-t-il regretté.


envoyé par LCP-AN.


Ils ont déclaré [5]

« Il y a eu un échange très violent entre le président de la Commission (José Manuel Barroso) et le président français », a raconté aux journalistes le Premier ministre bulgare, Boyko Borissov.
Le président de l’exécutif européen, José Manuel Barroso, visant implicitement la France, a rappelé que « la discrimination des minorités ethniques est inacceptable ».
Le Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, a parlé d’un échange « mâle et viril ». « Les éclats de voix étaient si forts qu’on entendait tout à l’autre bout du couloir », a raconté un diplomate européen.

Plus diplomatique, Angela Merkel a évoqué une « discussion franche ». « Le déjeuner s’est bien passé, pour ce qui est de la qualité des plats », a-t-elle ajouté.
Un peu plus tard, la chancelière devait apporter un démenti à Nicolas Sarkozy qui avait affirmé qu’elle l’avait informé de son intention de procéder elle aussi bientôt à « des évacuations de camps ».

La circulaire du 5 août

Lors de sa conférence de presse, Nicolas Sarkozy est revenu sur la circulaire du 5 août. Il a reconnu qu’elle pouvait « être mal interprétée » et il a rappelé qu’elle avait été « annulée et remplacée ». Mais il a persisté en affirmant que « l’évacuation qui était concernée par la circulaire portait sur des camps illégaux, sans aucune distinction de nationalité et de cultures ».

Voici deux extraits de cette circulaire signée par Michel Bart, directeur de cabinet de Brice Hortefeux, qui montrent qu’elle visait expressément les Roms :

« Le président de la République a fixé des objectifs précis, le 28 juillet dernier, pour l’évacuation des campements illicites : 300 campements ou implantations illicites devront avoir été évacués d’ici trois mois, en priorité ceux des Roms »

« En particulier les opérations menées depuis le 28 juillet contre les campements illicites de Roms n’ont donné lieu qu’à un nombre trop limité de reconduites à la frontière »

A l’adresse du Luxembourg

La veille de cette conférence de presse, Nicolas Sarkozy avait suggéré mercredi à la commissaire européenne Viviane Reding, d’accueillir des Roms au Luxembourg, son pays [6]
.

« Il dit qu’il ne faisait qu’appliquer les règlements européens, les lois françaises et qu’il n’y avait absolument rien à reprocher à la France en la matière, mais que si les Luxembourgeois voulaient les prendre [les Roms] il n’y avait aucun problème », a rapporté un sénateur du parti présidentiel, Bruno Sido, à l’issue d’un déjeuner avec le président français.

Nicolas Sarkozy vu par The Economist du 9 septembre 2010.