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pour la maire d’Aix-en-Provence, l’Algérie est toujours française

mercredi 23 mai 2012

Quelques jours après l’annulation de l’exposition Camus, on apprend qu’une autre série d’événements culturels sur l’Algérie a été refusée par la mairie d’Aix-en-Provence.

La manifestation intitulée 50 ans après l’indépendance, l’Algérie ? devait se dérouler en divers lieux culturels aixois. Le prétexte invoqué par la maire, Maryse Joissains, était le risque de porter atteinte à l’ordre public dans la mesure où elle jugeait la manifestation "très pro-algérienne".
Pour la mairie, "il était absolument hors de question de parler de l’Algérie, c’était même irresponsable d’évoquer ce sujet, d’autant que la commune compte une très importante communauté de rapatriés qu’il ne faut pas heurter" [1].

Parmi les spectacles annulés : Il était une fois Germaine Tillion de Xavier Marchand...

Les rencontres sur l’Algérie ne plaisaient pas
à la mairie d’Aix

par Julien Danielides, La Provence, le 22 mai 2012 à 13h59


Les intervenants avaient été invités, le programme ficelé des semaines à l’avance. Fin mars 2012, plusieurs lieux culturels aixois avaient prévu d’organiser une manifestation culturelle autour de l’Algérie, cinquante ans après son indépendance. Le tout est finalement tombé aux oubliettes.

Sur le papier, tout roule. Et puis..., le hic.

À l’origine du projet, le théâtre du Bois de l’Aune qui, en partenariat avec Vitez, devait dérouler ses planches à Il était une fois Germaine Tillion : un spectacle mis en scène par Xavier Marchand, autour de la figure de la résistante et déportée de la Seconde Guerre mondiale qui avait ensuite mené un combat engagé contre la torture durant la guerre d’Algérie. "Puis, le théâtre m’avait téléphoné pour un partenariat. L’idée était de prolonger la séance avec un film ; j’avais choisi “La Bataille d’Alger”, ainsi que “Rome plutôt que vous”, de Tariq Teguia, sur une Algérie plus contemporaine, explique Sabine Putorti, de l’Institut de l’image. J’ai proposé ensuite, un peu naïvement, à la Cité du livre si elle voulait se greffer à la manifestation, et Annie Terrier des Écritures croisées a répondu favorablement." Le Cobiac (Coopération internationale pour le développement de la lecture et des bibliothèques) basé à la Méjanes s’ajoute à la liste des organisateurs.

Au final, c’est une manifestation sur trois jours, plutôt étoffée, qui prend forme : table-ronde intitulée "50 ans après l’indépendance, l’Algérie... ?" avec des intervenants algériens - le poète El Mahadi Acherchour, la journaliste Salima Ghezali, l’auteur Akram Bulkaid - autour de débats, de diffusion de films, de pièces, etc. Sur le papier, tout roule. Et puis..., le hic. "Comme d’habitude, la directrice de la Cité du livre avait son rendez-vous annuel avec Patricia Larnaudie, l’élue à la culture, pour valider la programmation. Et le lendemain, nous avons été prévenus par un mail laconique, venant du secrétariat de la Cité du livre, signalant que ces soirées n’avaient pas été validées par la municipalité, se concluant par “Il faut annuler”", raconte Annie Terrier, des Écritures croisées.

Maryse Joissains évoque une "atteinte à l’ordre public"

Devant la nouvelle, les différents protagonistes accusent le coup. Et puis écrivent à Patricia Larnaudie pour pouvoir en discuter. "Nous n’avons pas eu de réponse." Début avril, Jean-Louis Jouanaud, président des Écritures croisées, prend sa plume pour s’adresser directement au maire, Maryse Joissains : "Nous renouvelons par la présente notre volonté expresse de vous rencontrer pour parler de ce qui commence à apparaître comme la censure grave d’une élue sur un sujet qui concerne l’ensemble des lecteurs et électeurs d’Aix-en-Provence, écrit-il. Nous nous tenons à votre entière disposition – aux jour et heure de votre choix – pour vous présenter l’ensemble du dispositif culturel que nous souhaitions et souhaitons toujours mettre en place avec l’ensemble de nos partenaires autour du cinquantenaire de la fin de la Guerre d’Algérie et de l’évolution de ce pays sur cette assez longue période."

Cette fois-ci, la députée-maire UMP répond - signalant qu’elle valide la décision de son adjointe, "lui faisant confiance". Elle précise à La Provence que "cette manifestation aurait pu porter atteinte à l’ordre public parce qu’elle était très pro-algérienne et que la mémoire sur ces événements n’est pas tout à fait apaisée..."

"Nous sommes en période d’élection, poursuit Sabine Putorti, j’avais décidé de laisser tomber. Je ne suis pas dans une attitude militante. Mais ce que je déplore, c’est qu’il n’y ait pas de dialogue. J’aimerais qu’on nous fasse confiance... Je ne suis pas vraiment fâchée, mais je trouve ça dommage : ces débats, ces films sont de bons supports qui peuvent aider à réconcilier." Pour le coup, c’est raté.

Julien Danielides