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n’est-ce pas une provocation que de donner à un carrefour le nom du général Bigeard ?

dimanche 15 mai 2011

Après celui d’Aix-en-Provence, c’est maintenant au tour du conseil municipal de Banyuls (Pyrénées-orientales) de voter l’attribution du nom du général Marcel Bigeard à un rond-point de la ville. Mais le maire ne peut ignorer que ce nom reste lié à la torture en Algérie : même s’il a nié que les troupes sous son commandement s’y soient livrées, le général a déclaré en 2000 que l’usage de la torture pendant la guerre d’Algérie avait été « un mal nécessaire ». Faut-il rappeler que l’expression « crevettes Bigeard » désignait alors les personnes qui auraient été exécutées en étant jetées depuis un hélicoptère en mer Méditerranée, les pieds coulés dans une bassine de ciment ? [1]

L’intention du maire derrière ce choix partisan est apparue clairement lors de l’inauguration.

S’il tenait à rendre hommage à un militaire, le maire aurait pu le choisir parmi les victimes des engagements militaires de notre pays – depuis décembre 2001, 56 militaires français ont perdu la vie en Afghanistan.

[Mis en ligne le 30 avril 2011, mis à jour le 15 mai]


Mise à jour, le 15 mai 2011

Une plaque polémique, hommage au général Bigeard, dévoilée à Banyuls

Est Républicain, le 15 mai 2011 [2]


La commune de Banyuls-sur-Mer (Pyrénées-Orientales) a baptisé ce dimanche un rond-point du nom du général Marcel Bigeard, figurelorraine et figure controversée de la bataille d’Alger, déclenchant une polémique dans ce petit port de plaisance.

Entouré de conseillers municipaux et de cadres locaux du Front national, le maire UMP Jean Rède, à l’initiative de l’hommage, a salué la mémoire de l’ancien para qui s’illustra notamment à Dien Bien Phu, avant de traiter de « cons » les opposants au projet.
Environ 250 personnes, notamment des anciens de l’Algérie française, des parachutistes à la retraite et un neveu du général Bigeard, ont assisté à la cérémonie.

L’opposition de gauche à la mairie de Banyuls avait protesté, mettant en avant les prises de position du général Bigeard sur le recours à la torture pendant la guerre d’Algérie, qu’il avait qualifié de « mal nécessaire », tout en se défendant de l’avoir pratiquée lui-même. Des élus d’opposition avaient fait des contre-propositions : « Rond-point des Forces françaises libres » ou « Rond-point Joseph Kessel », car c’est à Banyuls que l’auteur situe son inspiration pour écrire le « Chant des Partisans ».
Une pétition rassemblant des centaines de noms a même circulé dans cette petite ville de 5.000 habitants, plus connue pour son vin doux et son laboratoire du CNRS.

Banyuls-sur-Mer : Bigeard, vous avez dit Bigeard ? comme c’est bizarre… Ou l’histoire mouvementée du rond-point des Elmes en conseil municipal [3]

A la suite du vote - en séance publique du conseil municipal de la ville de Banyuls-sur-Mer, qui a eu lieu dans la soirée du mardi 26 avril 2011 – de la délibération autorisant le maire de Banyuls-sur-Mer, Jean Rède (UMP), à dénommer le rond-point des Elmes (entrée nord de la commune), Rond-point Général Marcel Bigeard, une réunion a été organisée, hier jeudi 28 avril 2011, à l’initiative de l’association Générations-Banyuls, à laquelle se sont associés des représentants du Front-de-Gauche (PS, PCF, MRC, PRG…) et une trentaine de citoyens qui se disent « indignés par une telle lamentable décision ».

Les participants à cette réunion, dont Dominique Baudry, président de Générations-Banyuls, ont d’ailleurs décidé de faire signer un « tract-pétition » – disponible sur le marché de Banyuls-sur-Mer dès le dimanche 1er mai, à 9h – d’alerter les médias par l’envoi d’un communiqué de presse, de porter cette décision à la connaissance de tous les maires du département ainsi qu’à l’ensemble des élus du Conseil général des P-O et de la Région, sans oublier, précisent les organisateurs de ce rendez-vous, les partis politiques, les mouvements associatifs, la Ligue des Droits de l’Homme, le MRAP, etc-etc.

Tous ceux qui sont à l’origine de cette « indignation locale », se retrouveront le jeudi 5 mai 2011, à partir de 18h, pour « faire le point et préparer l’inauguration du rond-point prévue par l’équipe municipale de Jean Rède, pour le 15 mai (…) ».

Dans un communiqué de presse intitulé « Le rond-point de la honte », les « indignés » portent à la connaissance de la population : « Pour faire plaisir à quelques amis parachutistes, le maire de la ville de Banyuls-sur-Mer, Jean Rède, a fait voter mardi 26 avril par son conseil municipal, une délibération l’autorisant à dénommer un rond-point de sa ville Rond-point Général Marcel Bigeard. Quand on sait que le nom du général Marcel Bigeard est lié à la pratique de la torture pendant la guerre d’Algérie, pratique dont il a écrit qu’elle était « un mal nécessaire », il n’est pas concevable que son nom soit attribué à un lieu public de la ville. C’est nécessairement diviser la population banyulencque ; c’est délibérément provoquer l’émotion et la contestation. S’il n’a trouvé qu’une courte majorité pour faire avaliser cette décision – 14 voix pour, 5 abstentions dans sa majorité et 7 élus contre issus des groupes d’opposition Générations-Banyuls et Banyuls-Passion-Raison – c’est bien là le signe que cette proposition est loin de faire consensus dans les rangs du conseil municipal (…) ».

Lors de ce sonseil municipal, Roger Rulls (Divers gauche), élu dans l’Opposition et ancien maire de Banyuls-sur-Mer (2001-2008), a proposé que ce rond-point, « qui se situe au nord-est de la commune, qui constitue une entrée emblématique », soit « baptisé Rond-point des Forces Françaises Libres, ce serait plus logique ! Ce serait rendre un hommage collectif à ceux qui nous ont rendu la liberté pendant la seconde guerre mondiale, à ceux qui ont participé à la libération de la France du joug des nazis ! Et ce n’est pas n’importe qui vous fait cette proposition, monsieur le Maire, c’est l’Ancien Combattant qui vous fait cette proposition au nom du groupe des élus de l’Opposition (…) ».

Plus loin, c’est Patrick Médina (MRC), également élu dans l’Opposition, qui est monté au créneau pour demander très officiellement au maire de Banyuls-sur-Mer de ne surtout pas « commettre une telle erreur qui diviserait la population (…). Moi, monsieur le maire, je vous fais une autre proposition, pourquoi ne pas l’appeller Rond-point Joseph-Kessel, du nom de l’auteur du chant des partisans, et dont on dit qu’il aurait justement écrit ce texte ici même, à Banyuls-sur-Mer ? ».

Jean Rède n’a rien voulu entendre. Contacté ce vendredi après-midi par téléphone, il nous a simplement répondu : « Ah, je sais qu’ils se régalent !… Que les élus de mon opposition à la mairie ont enfin trouvé un sujet de polémique… Pour moi, il y a Marcel Bigeard l’homme militaire et Marcel Bigeard l’homme politique. A travers lui, ce sont les parachutistes que j’ai voulu honorer, l’ancien résistant… C’est quand même l’Etat français qui l’a honoré, décoré, remercié, cité à de multiples occasions en exemple. C’est encore l’Etat français qui a fait que le général Bigeard a longtemps été le militaire vivant le plus décoré… Tous les présidents de la République qui se sont succédé l’ont approuvé… Il ne m’appartient pas de réécrire l’histoire ».

Né le 14 février 1916, à Toul, en Lorraine, Marcel Bigeard est décédé, à l’âge de 94 ans, le 18 juin 2010. Général, il a aussi été député du département de la Meurthe-et-Moselle de 1978 à 1988. Ancien résistant, son nom reste associé aux guerres de décolonisation (Indochine, Algérie).


  • La mairie de Banyuls prévoit d’inaugurer le « Rond-point général Marcel Bigeard » le 15 mai prochain.