Histoire coloniale et postcoloniale

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les restes mortuaires de résistants algériens à la colonisation retrouvés dans un musée parisien (2011)

dimanche 29 mai 2011, par la rédaction

Les restes mortuaires de dizaines d’Algériens qui ont résisté à la colonisation française au xixe siècle ont été retrouvés au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) de Paris, a révélé un chercheur en histoire, l’Algérien Ali Farid Belkadi, dans une déclaration diffusée par l’APS, samedi 7 mai 2011.

On y trouve notamment des restes de Chérif Boubaghla [1]
et de Cheikh Bouziane des Zaâtchas, le chef des révoltés qui ont tenu l’armée française en échec pendant deux mois en 1849, dans l’oasis des Zaâtchas, où il devait trouver la mort.


[Ajouté le 29 mai 2011] – Une pétition appelant le président Abdelaziz Bouteflika et le gouvernement algérien à entreprendre « auprès de l’État français, les démarches nécessaires au rapatriement en Algérie des restes mortuaires de résistants algériens conservés dans les musées français » a été lancée par Ali Farid Belkadi : http://www.petitionenligne.fr/petit...

[Mis en ligne le 7 mai 2011, mis à jour le 29]


Prise d’assaut de Zaatcha par le colonel Canrobert, le 26 novembre 1849, par Jean-Adolphe Beaucé (1818-1875)

Les restes mortuaires de chefs insurrectionnels algériens retrouvés dans un musée à Paris

[El Watan, le 7 mai 2011, 13h37 [2]]


Ce spécialiste de l’histoire antique et de l’épigraphie libyque et phénicienne, qui s’intéresse également à la période coloniale, a précisé que certains fragments de corps étaient conservés au MNHN de Paris, depuis 1880, date à laquelle ils sont entrés dans la collection "ethnique" du musée.

Ces restes, des crânes secs pour la plupart, appartiennent à Mohamed Lamjad Ben Abdelmalek, dit Chérif "Boubaghla" (l’homme à la mule), au Cheikh Bouziane, le chef de la révolte des Zaatchas (dans la région de Biskra en 1849), à Moussa El-Derkaoui et à Si Mokhtar Ben Kouider Al-Titraoui. La tête momifiée d’Aïssa Al-Hamadi, qui fut le lieutenant du Chérif Boubaghla, fait partie de cette découverte.

De même que le moulage intégral de la tête de Mohamed Ben-Allel Ben Embarek, le lieutenant et alter ego de l’Emir Abdelkader. Selon les indications fournies par le chercheur, l’origine, la date d’entrée au musée et l’identité des sujets algériens insurgés contre l’autorité française sont inscrites dans la base de données du MNHN sous la forme : "Don du Dr Cailliot, 1881-37 Yaya Ben Said N° 6872, crâne a.m.i" ou encore en ce qui concerne le crâne de Boubaghla : "Don de M.Vital, de Constantine, 1880-24, Bou Barla, dit Le Borgne. 5940, crâne s.m.i".

"Il a fallu des recherches subsidiaires pour savoir qui était qui, en ce qui concerne les donateurs ou les collectionneurs, certains sont médecins militaires, d’autres sont anthropologistes", a confié le chercheur, qui signale que les crânes de Boubaghla, de Bouziane, de Moussa Al-Darkaoui... portent tous un numéro d’ordre inscrit à même l’os.

Ils sont calfeutrés dans de vulgaires boîtes cartonnées, qui évoquent les emballages des magasins à souliers ! Ces boîtes sont elles-mêmes rangées dans les étagères d’énormes armoires métalliques grises aux portes coulissantes, fermées à double-clé, une bien triste fortune pour des hommes de la trempe de Chérif Boubaghla qui sacrifia sa vie et son existence pour que vive l’“Algérie libre”, a-t-il regretté, en exhibant des photos des restes de ces héros.

Pour le chercheur, qui est le premier algérien à avoir accès à cette collection, le but de son travail n’est pas de faire un exposé nécrologique sur la découverte "accablante" de restes mortuaires d’Algériens gardés dans des boîtes cartonnées ou du formol dans un Musée français, mais "d’attirer l’attention sur ces symboles forts de l’histoire contemporaine de l’Algérie, qui sont privés de sépultures".

Selon le directeur des collections au MNHN de Paris, Philipe Mennecier, "rien n’empêcherait le rapatriement de ces restes mortuaires. Il suffit que la partie algérienne en formule la demande". "Ce sont à l’origine des donations qui font partie du patrimoine national. Et seul un accord entre l’Etat algérien et l’Etat français pourrait faciliter la démarche de rapatriement", a-t-il précisé.

L’Expression, le 8 mai 2011

Compléments [3]

Selon des récits concordants d’historiens, c’est le général Herbillon qui donna l’ordre d’exécuter le Cheikh Bouziane et ses compagnons.

La tête du Cheikh fut fixée à la baïonnette d’un fusil, à la baguette fut pointée celle de son fils et sur la capucine fut ajustée celle du chérif Moussa al-Darkaoui. Ces têtes furent exposées dans un camp pour "convaincre les sceptiques de leur mort et servir d’exemple à ceux qui essaieraient de les imiter", selon un texte de l’époque. Elles furent exhibées ensuite au marché de Biskra. Lors d’un séminaire national sur “l’épopée des Zaatchas” organisé en mai 2009 à Biskra, les participants avaient "exigé" de la France "la restitution des crânes de trois héros de la résistance", décapités lors de la révolte des Zaâtchas, sans avoir pu identifier le lieu de conservation des restes de Bouziane et de ses compagnons, ni attester de leur éventuelle existence.Selon M. Belkadi, on doit au Dr F. Quesnoy l’illustration représentant les têtes coupées de Bouziane, de son jeune fils et de Moussa Al-Darkaoui, qui furent exposées ensemble à Biskra, fixées sur des pals. Cependant, le crâne du fils de Cheikh Bouziane n’a pas pu être identifié dans les collections du MNHN. Il doit figurer sous un autre nom au MNHN, "ce qui signifie qu’il y a de fortes chances qu’il ait été définitivement égaré", a-t-il relevé.

« Bou-Zian, son fils et le chériff Si Moussa, retrouvés parmi les défenseurs, furent décapités et leurs têtes exposées au camp afin que tous les Arabes sussent bien que les fauteurs de l’insurrection avaient payé de leur vie leur incroyable présomption.

« Après avoir été exposées pendant deux jours au camp sous Zaatcha, ces têtes furent également exposées au marché de Biskra, où tous les Arabes des Zibans et de l’Aurès s’étaient donné rendez-vous. [4] »


La prise de l’oasis de Zaâtcha en 1849

« [...] la grande affaire africaine de l’année : le siège et la prise de l’oasis de Zaatcha par plusieurs puissantes colonnes sous le commandement du général Herbillon. La résistance a duré deux mois, les Français ont eu 1500 tués et blessés “sans compter les victimes du choléra”. Zaatcha restera dans les annales de la conquête comme l’un des combats les plus meurtriers. Canrobert, qui y a pris une part glorieuse, évoque la prise de Constantine. L’assaut s’est terminé par un massacre général, qui a donné lieu à des “scènes déplorables”, racontées par un témoin, Baudricour : “Les zouaves, dans l’enivrement de leur victoire, se précipitaient avec fureur sur les malheureuses victimes qui n’avaient pu fuir. [...] Il est très fâcheux que les officiers ne soient pas plus maîtres en expédition de leurs troupes d’élite qu’un chasseur ne l’est d’une meute de chiens courants quand elle arrive avant lui sur sa proie. Sans doute l’ennemi vaincu tremble davantage en présence de pareils actes, mais aussi sa haine devient implacable contre le vainqueur.” Heureusement, le colonel Dumontet, du 43e de ligne, a une vision plus optimiste de l’événement : “L’élan de nos soldats a été admirable... Le sévère châtiment infligé à cette oasis a produit un salutaire effet.”

François Maspéro, L’honneur de Saint-Arnaud [5]



[Ajouté le 8 mai 2011] – Un article de Ali-Farid Belkadi publié dans L’Expression : http://www.lexpressiondz.com/articl....

[Ajouté le 9 mai 2011] – La fierté retrouvée des Maoris :
La restitution, lundi 9 mai, par la ville de Rouen d’une tête maorie à la Nouvelle-Zélande est suivie avec émotion dans ce pays.


[1Mohammed Lamjad ben Abdelmalek, dit le Chérif Boubaghla, fut l’initiateur d’une révolte populaire, qui porte son nom, contre la colonisation française dans la région du Djurdjura. Il dirigea cette insurrection, jusqu’à sa mort, le 26 décembre 1854.
Plus de détails : http://www.1novembre54.com/frame.ph....

[2Référence : El Watan, daté du 7 mai 2011.

[4Dr F. Quesnoy,
L’armée d’Afrique depuis la conquête d’Alger, 1888.
Source : : http://ia600301.us.archive.org/0/it....
La gravure se trouve page 289, le texte page 290.

[5Ed Points-Seuil, février 1995, pages 312 et 313