Histoire coloniale et postcoloniale

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les résistances pieds-noires à l’OAS, de Bernard Zimmermann

lundi 27 octobre 2014, par la rédaction

L’histoire des Européens d’Algérie — les Pieds-Noirs — est encore l’objet de tabous ; la question des résistances pieds-noires à l’OAS en est un. S’appuyant sur des travaux dispersés de diverses disciplines et des témoignages de Pieds-Noirs, Bernard Zimmermann fait le constat des résistances pieds-noires à l’OAS, qui se sont manifestées dans tous les milieux de la société européenne de la colonie. Un constat qui va à l’encontre des idées reçues ayant cours encore dans la société française qui, trop souvent, ne fait pas le partage entre Pieds-Noirs et OAS et abandonne le terrain aux ultras de l’Algérie française. Il donne surtout la parole à ceux qui sont restés des invisibles de l’histoire jusqu’à nos jours.

Bernard Zimmermann est né à Oran dans une famille installée en Algérie depuis quatre générations. Il y a été instituteur dans un village jusqu’en 1966. En France, après des études de géographie, il a enseigné avant d’animer une association interculturelle en banlieue parisienne.

[Première mise en ligne le 18 août 2014]


Mise à jour (le 27 octobre 2014)

Le 12 novembre 2014, à 19 h, rencontre-débat avec Bernard Zimmermann autour de son ouvrage Les résistances pieds-noires à l’OAS :

au 11ème Art, 9 rue Camille Desmoulins, Paris, 75011. Métro Voltaire à 2 minutes. Consommation obligatoire. Possibilité de dîner sur place avec formule spéciale pour les participants.
S’inscrire à cet événement : http://forumfrancealgerie.org/index....

Bernard Zimmermann, Les résistances pieds-noires à l’OAS
238 pages, éd. l’Harmattan, mars 2014, 24 €.


Bernard Zimmermann : « Pieds-noirs face à l’OAS »

par Léo Purguette, La Marseillaise, 6 août 2014


Né à Oran, l’enseignant Bernard Zimmermann signe un ouvrage qui bouscule les a priori sur les rapatriés en éclairant l’histoire d’un jour nouveau, 60 ans après le déclenchement de la guerre d’Algérie.
Bernard Zimmermann est professeur émérite d’histoire-géographie. Né de l’autre côté de la Méditerranée, il est issu d’une famille installée en Algérie depuis quatre générations.

  • Votre ouvrage prend la forme d’un essai plutôt que d’un livre d’histoire. Pourquoi ?

Je suis géographe et formé en histoire mais j’ai fait ce choix car le genre essai me donne plus de liberté. Je dis souvent « je » dans ce texte. J’assume ma subjectivité. A travers cet ouvrage ma démarche est citoyenne tout en essayant d’être la plus rigoureuse possible. C’est le respect dû au lecteur.

  • Quel a été l’élément déclencheur de son écriture ?

Il y a d’abord une dimension personnelle. J’ai vécu cette période de guerre. J’avais toute ma famille en Algérie et depuis un demi siècle je ne reconnais pas les miens, je ne me reconnais pas dans l’image renvoyée par les pieds-noirs. Ils en sont largement responsables en ayant laissé parler en leur nom des personnes qui ne représentaient parmi eux qu’un petit groupe. Et puis, il y avait un questionnement : pourquoi les rapports des pieds-noirs à l’Organisation de l’armée secrète (OAS) n’ont jamais été traités par des historiens ? Il s’agissait pour moi de donner la parole à des gens auxquels on n’avait jamais demandé ce qu’ils avaient pu vivre, ressentir ou faire durant la guerre. Le panel des témoins pieds-noirs est très large. Du chercheur au CNRS à la mère de famille, du militant communiste au chrétien...

  • Vous parlez des résistances pieds-noires à l’OAS et non d’une résistance. Pourquoi ce pluriel ?

Je récuse le singulier car les résistances à l’OAS ont été très diverses dans leurs formes et leurs motivations. Si on raisonne par analogie avec la Résistance française pendant la Seconde guerre mondiale, on constate qu’avant d’être unifiée sous une direction commune, la Résistance a d’abord été composée d’une multitudes de groupes venus de tous les horizons. Chez les pieds-noirs qui ont fait face à la politique de terreur de l’OAS, il y avait des résistances individuelles, des communistes qui agissaient par idéologie anti-colonialistes et antifascistes, des gaullistes et des chrétiens dont les motivations étaient différentes. Certains, un très petit nombre, ont choisi l’action violente, d’autres le soutien au FLN, d’autres encore ont bravé les interdits lancés par l’OAS : ne pas faire la classe aux Arabes pour les enseignants, ne pas sortir...

  • Quelles réactions votre livre suscite-t-il ?

Je suppose qu’il ne va pas me valoir l’amitié des « ultras », comme on les nommait en Algérie. J’ai pour l’instant beaucoup de réactions positives de la part de pieds-noirs dont certains ont eu à un moment de leur vie quelque sympathie pour l’OAS. Ils me disent : « tu as bien fait de dire tout ça, ça fait partie de la mémoire pied-noire ». Des français métropolitains découvrent une facette de l’histoire qu’ils ne soupçonnaient pas, enfermés dans une représentation où pieds-noirs équivaut à soutiens de l’OAS et à fascistes. Quant aux Algériens de France ou d’Algérie qui ont lu mon livre, ils lui réservent un accueil favorable. 60 ans après le déclenchement de la guerre, n’y a pas d’attitude hostile dans le peuple algérien vis-à-vis des pieds-noirs. Cette ouverture n’empêche pas les Algériens d’être très critiques sur le système colonial et l’acte colonisateur. En Algérie le problème vient plutôt de l’instrumentalisation de la mémoire de la guerre à des fins politiciennes.

  • Dans le Sud de la France des élus de droite et d’extrême-droite instrumentalisent quant à eux la mémoire pied-noire en dressant des stèles rendant hommage à l’OAS. Quel regard portez-vous sur ces actes ?

J’ai suivi cela d’assez près. Pendant le conflit nous avons vécu les manipulations de l’OAS, nous savons quel danger cette instrumentalisation des pieds-noirs représentent pour eux mêmes et pour la République. J’ai aussi conçu ce livre comme une dénonciation de l’accaparement de la mémoire pied-noire, comme une alerte.

Propos recueillis par Léo Purguette