Histoire coloniale et postcoloniale

Nous contacter

Accueil > racisme, antisémitisme, xénophobie > les étrangers sont des hommes > « les évadés » de Lampedusa sauvent des villages de Calabre

« les évadés » de Lampedusa sauvent des villages de Calabre

lundi 18 novembre 2013

Ils font la une de l’actualité : des hommes, des femmes, des enfants, venus de Syrie, de Libye, d’Erythrée, de Somalie, à bord de bateaux surchargés, fuyant la guerre, la misère. Parfois c’est le naufrage.
Les garde-côtes italiens repêchent des corps mais sauvent des vies aussi : comme le Commandante Indelicato qui a ramené sur la terre ferme 1500 migrants ces derniers mois.

Pour les rescapés, l’île de Lampedusa est la porte de l’Europe et est devenue depuis 20 ans, un gigantesque camp de migrants.
Sur le continent, en Calabre, à 450 kms au nord, Acquaformosa est un « laboratoire de l’immigration » : ses habitants accueillent les refugiés de Lampedusa comme synonymes de « développement et insertion réussie ». Dans la région, plusieurs villages qui semblaient condamnés par l’exode rural se sont unis pour recevoir ces migrants...

Un reportage de Michel Mompontet, Violaine Vermot-Gaud, Cédric Baume et Matthieu Parmentier.


« Les Evadés » : l’intégration des migrants de Lampedusa est possible

[Rue89, le 12 novembre 2013]


Dans le journal de France 2, ce samedi 9 novembre 2013, un très beau sujet magazine sur les migrants de Lampedusa. Signé par Michel Mompontet et cinq autres journalistes.

Le reportage commence en mer, la nuit, lors de l’opération de sauvetage d’un bateau. On y voit les migrants dans un état second, après dix jours de voyage – des enfants même pas en âge de parler serrés contre leurs mères. La voix-off explique que ce groupe là va s’en sortir, il a eu la chance de croiser les gardes-côtes (l’équipe du sympathique commandant Indelicato).

Les autres, les centaines de familles qui coulent chaque année, terminent dans des cercueils. Le reportage nous les montre : ils sont marrons pour les adultes et blancs pour les enfants. Tous numérotés.

Puis, ce qui est plus rare, le reportage raconte la vie des survivants.

Les journalistes passent du temps dans un centre de rétention de Lampedusa. Les migrants vivent dans des grandes tentes bleues, la plupart du temps ils sont exploités par des producteurs locaux (payés 1,70 euro par heure). Ils sont aussi soumis aux règles mafieuses du camps. La maire de Lampedusa, qui tente d’améliorer leurs conditions de vie, subit des menaces.

Puis, dans la dernière partie, le reportage change de ton et il devient passionnant. Une alternative est proposée à la mort et l’exploitation, nous explique-t-on. Les journalistes suivent des jeunes filles venues d’Erythrée, installées dans le petit village italien d’Acquaformosa. Le maire de la ville, Giovanni, a lancé un programme d’intégration, il y a trois ans, financé par des fonds européens. Le téléspectateur suit les jeunes femmes qui partent à la rencontre des habitants. Neema, qui parle un peu anglais et pas un mot d’italien, ne semble pas encore savoir quoi faire de cette nouvelle vie. Elle est passée par une prison du Soudan, avant d’arriver ici.

Accueillis avec douceur et bienveillance

A Acquaformosa, les migrants sont accueillis avec douceur et bienveillance car ils permettent d’envisager un avenir (la population est très vieillissante). Grâce à eux, l’école est remplie, l’équipe de foot renaît, le petit village s’anime. Un petit garçon venu du Nigeria mange des carbonara. Une famille Afghane invite la prof d’italien à prendre le thé. La voix-off rappelle que ce village a été bâti par une population immigrée d’Albanie. Tout s’y passe bien. Demain, seize nouveaux migrants doivent arriver.

Selon les journalistes, les maires des village italiens d’à côté viennent « en apprentissage » à Acquaformosa, afin de s’inspirer de l’initiative de Giovanni. La formule pourrait se répandre dans la vallée.

Cette solution d’intégration coûte beaucoup moins cher à l’Europe que les camps de rétention, nous explique la voix-off :

« Et pourtant, neuf fois sur dix, ce sont les barbelés plutôt que l’humanité qui sont choisis. »