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le retour annoncé du crâne du grand chef Ataï

dimanche 11 août 2013, par la rédaction

Il dormait dans les réserves du Musée de l’Homme à Paris depuis la fin du XIXe siècle. Retrouvé en 2011, le crâne d’Ataï, chef de l’insurrection de 1878 contre les colons français, tué et décapité – lire Cannibale par Didier Daeninck –, va être restitué au peuple kanak.

Ataï, chef de la grande insurrection kanak.

Tel est l’engagement pris par le premier ministre Jean-Marc Ayrault en visite en Nouvelle-Calédonie, le 26 juillet 2013. L’occasion de rappeler que les restes mortuaires de résistants algériens à la colonisation française morts en 1849 ont été récemment retrouvés dans un musée parisien – le problème de leur rapatriement ne semble pas avoir encore trouvé de solution (voir cette page).

[Mis en ligne le 31 juillet 2013, mis à jour le 11 août]



Le crâne du chef kanak Ataï bientôt de retour en Nouvelle-Calédonie

Reportage:D.Waheo-Hnasson, B.Whaap, I.Chenas, Culturebox (avec AFP), le 29 juillet 2013


"La position de l’Etat est claire : oui cette relique a vocation à revenir en Nouvelle-Calédonie et elle reviendra" déclaration du Premier ministre, en visite pour trois jours sur le "Caillou". Jean-Marc Ayrault qui, devant les élus du Congrès, s’est "félicité que le Sénat coutumier se soit emparé du sujet, pour que la réconciliation puisse intervenir en préalable à toute restitution".

Dans l’après-midi, le Premier Ministre a été accueilli dans la case traditionnelle du Sénat coutumier, instance consultative créée par l’accord de Nouméa, où siègent deux représentants de chacune des huit aires coutumières kanaks.
L’institution supervise une démarche de réconciliation entre les clans kanaks de la région du grand chef Ataï, afin que la restitution de son crâne ne ravivent pas d’anciennes querelles.

En 1878, vingt cinq ans après la prise de possession de la Nouvelle-Calédonie par la France, Ataï avait pris la tête d’une rébellion dans la région de La Foa, sur la côte ouest, pour protester contre les spoliations foncières de l’administration coloniale.
Aux pieds du gouverneur Léopold de Prizbuer, il avait déversé deux sacs l’un rempli de bonne terre et l’autre de cailloux : "voilà ce que nous avions, voici ce que tu nous laisses", avait lancé Ataï. Pour mater la rébellion, l’armée française s’était adjointe des supplétifs kanak de Canala dans l’est. Le 1er septembre 1878, l’un d’eux, dénommé Ségou, aurait tué Ataï, qui fut ensuite décapité.

Placé dans un bocal d’alcool phéniqué, sa tête fut ensuite expédiée en France, au Musée d’Ethnographie du Trocadéro, avant qu’on ne perde sa trace. Le crâne d’Ataï a été retrouvé en juillet 2011.
Devenu une figure emblématique des indépendantistes kanaks, Ataï est aussi au coeur de tensions claniques.

"Une démarche de réconciliation est en cours entre les gens de La Foa et de Canala. Nous sommes tout à fait d’accord avec l’Etat pour qu’il y ait un consensus avant le retour du crâne, que nous avons arrêté à septembre 2014", a déclaré Luc Wéma, président du Sénat coutumier.

Le processus engagé vise également identifier et à réunir les clans qui furent expropriés de leurs terres de la région de Foa au XIXe siècle et qui sont disséminés dans l’archipel.

© Musée du Quai Branly.

L’art kanak sera à l’honneur à partir du mois d’octobre au Musée du Quai Branly à Paris avec "Kanak, l’art est une parole". Cette exposition, la plus importante réalisée depuis ces vingt dernières années sur la culture kanak, rassemblera plus de 300 œuvres et documents exceptionnels issus de collections publiques d’Europe (Autriche, Suisse, France, Allemagne et Italie) et de Nouvelle-Calédonie.

Petit avant-goût avec ce reportage de France 3 : "L’art kanak retrouvé"



Lire également : Un chef revient parmi les siens, par Pascal Blanchard et Didier Daeninckx, publié dans Le Monde des 11-12 août 2013.