Histoire coloniale et postcoloniale

Nous contacter

Accueil > racisme, antisémitisme, xénophobie > problème du voile > le refus des jupes longues : l’intolérance à l’égard de l’islam

le refus des jupes longues : l’intolérance à l’égard de l’islam

lundi 11 mai 2015

Le site du quotidien régional La République du Centre a publié, le 6 mai dernier, le témoignage d’une élève de terminale de confession musulmane, Ikram, âgée de 18 ans, qui dénonce un harcèlement lié à la longueur de sa jupe [1].
Selon l’administration de l’Éducation nationale, « les problèmes ne sont pas liés à sa jupe longue mais plutôt à un problème de vie scolaire, à un manque de travail. » Pour le proviseur du lycée professionnel, « l’important est de faire respecter la loi ». Ikram a porté plainte pour harcèlement moral contre deux membres du personnel du lycée.

La situation d’Ikram est analogue à celle de Sarah à Charleville-Mézières, qui se voit refuser l’accès à son collège au prétexte qu’elle porte une jupe « trop longue » – ce qui, pour la principale de l’établissement, constitue un signe religieux ostentatoire.

Sous couvert de défense de la laïcité, ces incidents ne sont-ils pas avant tout des manifestations d’intolérance à l’égard de l’islam ? Nous reprenons ci-dessous le commentaire que Henri Goldman a publié le 3 mai sur
son blog.

[Mis en ligne le 9 mai 205, mis à jour le 11]


Jupe trop longue et défilé de mode [2]

Le buzz de la semaine : Sarah K., une lycéenne musulmane de 15 ans, aurait été exclue de son collège à Charleville-Mézières à cause de sa jupe trop longue, en vertu de la loi française du 15 mars 2004 interdisant les signes religieux ostentatoires dans les lycées et collèges qui obligeait déjà Sarah à retirer son foulard avant d’entrer dans l’établissement.

La jupe longue, un signe religieux ? Pas du tout, affirma la ministre de l’Enseignement Najat Vallaud-Belkacem, manifestement consciente du ridicule d’une telle proposition. La jupe, en tant que telle, ne serait pas le problème. C’est l’attitude de l’élève qui a été sanctionnée, c’est-à-dire « un ensemble de signes ou de comportements qui, à un moment, deviennent ostentatoires, et qui nécessitent de rappeler le cadre et les règles de l’école laïque et républicaine », comme le déclarait le directeur académique du département, signalant que, dans cet établissement, d’autres jeunes filles auraient fait preuve « d’un comportement contraire à la loi sur la laïcité à l’école », en faisant « du même style de jupe […] un signe d’appartenance religieuse ou communautaire ». On ne saura rien de plus que ce salmigondis.

Jupes interdites

Actons au moins un point : selon la ministre, ce n’est pas le vêtement qui est en cause, mais les comportements qui l’accompagnent. Cette distinction est tout à fait dans l’esprit d’un célèbre arrêt du Conseil d’État français (27.12.1989) affirmant que l’exclusion d’un élève pour cause de port d’un signe religieux ne pourrait être justifié « que par le risque d’une menace pour l’ordre dans l’établissement ou pour le fonctionnement normal du service de l’enseignement ». Selon cet arrêt, le port paisible d’un tel signe ne pouvait en aucun cas justifier une sanction. La loi du 15 mars 2004 a contredit cet arrêt : il suffit désormais que le « signe » soit considéré comme religieux pour être proscrit. Le débat n’est plus alors : le comportement de cet élève crée-t-il du trouble (et cela n’a alors plus aucun lien avec le port d’un « signe » quelconque), mais devient : ce « signe » est-il religieux ou non, car, s’il l’est, il est prosélyte et donc intolérable par nature.

Jupes autorisées

Dans le climat hystérique qui s’est répandu en France, on ne compte plus les cas où les jupes ou les manches trop longues des lycéennes musulmanes ont été considérées comme religieuses et donc contraire à la laïcité. Mais, au moins, la nature religieuse des couvre-chefs n’était pas contestée : c’est bien la religion qui impose de se couvrir les cheveux, ce qui est une insulte à la laïcité.

Mais comment distinguer un couvre-chef religieux d’un autre ? Avec le hijab (et la kippa), c’est facile. Mais, depuis peu, une nouvelle mode se répand chez les femmes musulmanes qui s’émancipent des traditions vestimentaires de leur pays d’origine : celle de porter son foulard noué en turban. Deux de mes amies musulmanes le portent ainsi. Comme le portait Ilham Moussaïd, dont la candidature à une élection locale en 2010 pour le Nouveau parti anticapitaliste avait plongé son organisation dans la crise. Et c’est là que les choses vont s’embrouiller. Car si le hijab dénote des « origines musulmanes », ce n’est plus le cas du turban. La preuve avec cette galerie de portraits.

Toutes ces images proviennent de sites de mode. Quatre de ces foulards-turbans sont réputés religieux et tombent sous le coup des interdits (devinez lesquels [3]).

Cinq ne le sont pas du tout : ils proviennent de collections pour femmes cancéreuses en chimiothérapie qu’il serait scandaleux d’interdire nulle part. Comment distinguer les uns des autres ? En obligeant les femmes à produire un certificat médical pour avoir le droit de se couvrir la tête ? On frémit à cette idée. Si aucun comportement déplacé de prosélytisme ou de provocation caractérisée n’accompagne le port de ce couvre-chef, c’est même absolument impossible. À moins de présumer à partir d’autres éléments. Le turban sera sans doute réputé religieux si celle qui le porte se prénomme Fatima plutôt que Geneviève. Cela s’appellera alors du ciblage racial et la défense de la laïcité aura bon dos.

Henri Goldman



Affaire de la robe « trop courte » : le recteur de l’université d’Alger défend l’agent de sécurité

parMassissilia Chafai, TSA, le 10 mai 2015


Robes trop courtes

Aucune sanction ne sera prise à l’encontre de l’agent de sécurité qui avait empêché une étudiante d’accéder à la faculté de droit de Saïd Hamdine, à Alger, pour passer son examen de CAPA car elle portait une robe qu’il jugeait « trop courte ». C’est ce qu’a indiqué à TSA, ce dimanche 10 mai, Mohamed Tahar Hadjar, recteur de la faculté d’Alger.

Selon M. Hadjar, l’agent de sécurité a fait son travail. « Son travail consiste à faire respecter le règlement intérieur de la faculté ». Porter une robe est-il interdit au sein de la faculté ? « Non », indique M. Hadjar. Pourquoi l’agent a-t-il donc pris cette décision ? « Le règlement n’oblige personne à porter le hidjab ou tchador. Mais il exige une tenue décente, aussi bien pour les filles que pour les garçons », argumente-t-il. Il n’y a aucune discrimination, selon le recteur. « Il faut comprendre que la faculté est un lieu de culture », ajoute-t-il.

Le recteur explique qu’il a entendu parler de l’affaire en lisant TSA. « La fille portait une mini-jupe, qui était au-dessus des genoux, et non une robe. C’est ce que m’ont affirmé des étudiantes qui étaient sur place », insiste M. Hadjar, qui n’a pas décidé d’ouvrir une enquête. « C’est une affaire banale », a conclu Mohamed Tahar Hadjar.


[1L’article de La République du Centre : http://www.larep.fr/loiret/actualit....

[2Source : http://blogs.politique.eu.org/Jupe-... publié le 3 mai.

[3Les quatre premiers. Les deux premiers sont musulmans, les deux suivants sont juifs.