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le préfet et les délinquants de la solidarité

jeudi 1er avril 2010

En juillet 2008 la famille Kuka, les parents de nationalité albanaise et leurs deux enfants de cinq et sept ans, qui vivait à Pau depuis deux ans, était mise en rétention à Hendaye - Arselio et Anisa ont été les premiers enfants à occuper les locaux de ce CRA. Ils devaient bénéficier d’une libération au bout de quelques jours après une forte mobilisation citoyenne.

A la suite de cet épisode, le préfet des Pyrénées Atlantiques a porté plainte contre cinq des citoyens qui lui avaient adressé des courriels en faveur de cette famille. Ces cinq personnes sont convoquées le 10 juin prochain au tribunal de Pau, poursuivies pour outrage « à une personne chargée d’une mission de service public », délit passible de six mois d’emprisonnement et de 7500 euros d’amende [1]. Ces cinq citoyens “ordinaires”, Valérie Martinez, Yves Ribault , Pierre Favre, Gérard Chevrot et Eric Soares, sont poursuivis pour ne pas être restés indifférents, pour avoir manifesté leur solidarité en rappelant les valeurs de la République à ceux qui en sont les garants. Le recours au délit d’outrage dissimule mal ce qui leur est véritablement reproché : un “délit de la solidarité”.

Cette action en justice vise également à protéger l’administration des critiques dont ses pratiques font l’objet : il s’agit, par l’intimidation des citoyens, d’obtenir que soient proscrits l’utilisation du mot “rafle” [2] et les parallèles avec d’autres périodes de l’histoire de France.

Le préfet Philippe Rey s'en va.

Délit d’outrage, par Valérie Martinez

En juillet 2008 le Resf m’informe que deux enfants, Arsélio et Anisa KUKA âgés de 5 et 7 ans et leurs parents ont été placés en centre de rétention à Hendaye.
Indignée, je sonne l’alarme et j’écris à Philippe Rey, préfet des Pyrénées Atlantiques : « Je demande que cesse le scandale des rafles ».

Le 16 juin 2009, un agent de police se présente à mon domicile, je suis convoquée au commissariat le lendemain pour une “audition” : le préfet des Pyrénées Atlantiques, Philippe Rey, a porté plainte à mon encontre pour délit d’outrage.

Je me présente au commissariat le jour dit, un lieutenant de police m’interroge sur mon identité, ma vie privée, ma vie professionnelle, me présente une liste de noms, des personnes également poursuivies par le préfet Rey pour délit d’outrage. Je ne connais pas ces personnes.

Refusant d’apposer ma signature au procès-verbal, le lieutenant de police m’informe que dans ces conditions il se verra obligé de me placer en garde à vue et de saisir mon ordinateur.
Je lui demande s’il dispose d’un dictionnaire dans son bureau, il acquiesce et nous consultons ensemble la définition du mot rafle : “Opération policière menée à l’improviste dans un endroit suspect”.
Je fais remarquer au lieutenant de police, et j’en suis désolée, qu’il perd son temps et moi le mien.

Le lieutenant décide d’appeler le procureur du tribunal à Pau, il s’entretient avec lui puis me le passe au téléphone. Je souligne à nouveau, cette fois ci à l’attention du procureur, le caractère disproportionné de toute cette affaire, le procureur me répond en substance et rassurant : « Madame, quand je recevrai le dossier, au vu de celui-ci je déciderai s’il y a lieu de poursuivre ou non, ne vous inquiétez pas ».
Je ne m’inquiète pas, je signe le PV et je rentre chez moi.

Le 3 février 2010, je reçois par avis d’huissier une citation à comparaître devant le Tribunal de Pau où je serai jugée le 10 juin 2010 à 8 h 45.

Valérie Martinez [3]


Valérie Martinez

Pierre Favre : « la place des enfants n’est pas dans un centre de rétention » [4]

Pierre Favre (photo Dauphiné libéré)

Pierre Favre, professeur d’histoire-géographie à la retraite, ex-officier de réserve, et depuis fondateur d’une compagnie de théâtre amateur “ Fun en bulle ” qui compte 120 adhérents – « la plus importante de France », glisse-t-il. Autant dire, l’homme n’a rien d’un délinquant, il est même reconnu et très apprécié dans le Chablais (Haute-Savoie).

Le 20 juillet 2008, il trouve dans sa boîte électronique un appel à protester que lui a adressé Resf des Pyrénées Atlantiques. Pierre Favre avait décidé d’être solidaire. Il le dit encore : « J’estime que la place des enfants n’est pas dans un centre de rétention, mais à l’école. » Il pose son nom sur le texte de Resf et l’envoie au préfet de Pau, Philippe Rey. La phrase : « voilà qui ressemble aux méthodes de la Gestapo [...] » lui vaut un outrage à personne dépositaire de l’autorité publique.

Juin 2009 : convocation à la gendarmerie ; « une heure environ d’interrogatoire sur ma vie, mes fréquentations, mes opinions… et j’en passe ! »

Yves Ribault avait fait référence à Vichy

Yves Ribault (photo Dauphiné libéré)

Yves Ribault, ancien conseiller pédagogique auprès de l’éducation nationale, est un père de famille sans histoire. En juillet 2008, scandalisé par l’information diffusée par Resf, il envoie un mail de protestation au préfet Philippe Rey : « Faudra-t-il restaurer bientôt le port de l’étoile jaune au pays des Droits de l’Homme ? En d’autres temps, d’autres fonctionnaires zélés ont obéi ainsi aveuglément, sans état d’âme... C’était à Vichy !  »

Un an après les faits, Yves Ribault est convoqué par les gendarmes d’Aime (Savoie). Il apprend qu’une plainte a été déposée contre lui. Il explique aux gendarmes qu’il a réagi « en tant que citoyen ». « Un parmi d’autres », ajoute-t-il. Et de reprendre, avec la verve d’un homme blessé : « Le fait que je sois père adoptif de deux enfants d’origine étrangère me rend particulièrement sensible à ces faits. Je ne pouvais pas rester silencieux ! Je ne parle pas ici de la politique d’immigration. Je parle de la méthode traumatisante qui a été employée pour aller chercher cette famille. » [5]

Gérard Chevrot espérait un « sursaut humanitaire »

Gérard Chevrot

Après une carrière d’ingénieur, puis d’ingénieur-conseil, Gérard Chevrot s’adonne à l’apiculture, la botanique et aux échecs – tout en poursuivant son implication au sein du conseil municipal de Saint-Sixt (Haute-Savoie).

Dans son courriel, il faisait allusion à la politique du chiffre et à Papon, et il concluait en « espérant un sursaut humanitaire, étant donné le danger que court cette famille et ces enfants. »


Eric Soares était « tombé des nues » [6].

Eric Soares (photo : Sud-Ouest)

Le docteur Éric Soares, médecin généraliste à Tonnay-Charente, a adressé un mail au préfet des Pyrénées-Atlantiques pour lui dire son étonnement : « Je tombe des nues, j’apprends que l’on autorise l’enfermement d’enfants, cela me rappelle une triste époque où l’on mettait les enfants dans des wagons ». Et de conclure par « Bonne journée ».

Un an plus tard, il précisait : «  mon mail n’avait rien de grossier, ni même d’insultant. Ce n’est pas comme si j’étais allé jeter des tomates sur sa porte. Quant à l’allusion à une période de notre histoire, c’est une réalité dont j’ai toujours entendu parler, dont on parle toujours d’ailleurs. »



Ceci n’est pas un poisson d’avril...

A 7h30 ce matin, 1er avril 2010, le journal de Laurence Thomas sur France-Inter évoquait le procès pour outrage intenté par le préfet des Pyrénées-Atlantiques à cinq personnes, dont Valérie Martinez.

Pour écouter Valérie Martinez ainsi que le préfet Philippe Rey : http://sites.radiofrance.fr/play_ao....

[Ajouté le 20 avril 2010] – Une pétition de soutien à Yves Ribault : http://www.mesopinions.com/detail-p...


[1Référence : article 433-5 du code pénal.

[2Lire sur ce site :

[3Valérie Martinez, 45 ans, est disquaire à Saint-Ouen (93).

Elle a témoigné sur France Culture, au cours de l’émission Sur les docks, le 23 mars 2010
 : http://www.educationsansfrontieres.....

[4D’après « Un Chablaisien poursuivi pour outrage par le préfet de Pau », Dauphiné libéré, le 19 mars 2010.

[5Citation extraite de l’article « Arrestation de sans papiers : il avait fait référence à Vichy », publié dans le Dauphiné libéré du 29 mars 2010.

[6Une autre page de ce site est consacrée à Eric Soares : est-ce un outrage que de souhaiter « bonne journée » à un préfet ?.