Histoire coloniale et postcoloniale

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le point de détail de Jean-Marie Le Pen

lundi 6 avril 2015, par la rédaction

Le 13 septembre 1987, le président du FN, Jean-Marie Le Pen, a déclaré sans barguigner que les chambres à gaz constituent un « point de détail » de l’histoire de la Seconde guerre mondiale. Déclarations qui lui ont valu de nombreuses condamnations.

Près de 30 ans plus tard, le 2 avril 2015, interrogé sur BFMTV-RMC par Jean-Jacques Bourdin, Jean-Marie Le Pen, maintenant président d’honneur du FN, a déclaré maintenir ses propos.
Il a précisé qu’il ne les avait regrettés « à aucun moment ». « Ce que j’ai dit [...], a-t-il déclaré , je [le] maintiens, parce que je crois que c’est la vérité et que ça ne devrait choquer personne. »

Les propos de Jean-Marie Le Pen, le 13 septembre 1987

Le 13 septembre 1987, Jean-Marie Le Pen est l’invité du Grand Jury RTL - Le Monde. Voici le script des propos qu’il a tenus lors de cette émission radiotélévisée [1] :

[Jean-Marie Le Pen] : Je suis passionné par l’histoire de la Deuxième Guerre Mondiale, je me pose un certain nombre de questions. Et je ne dis pas que les chambres à gaz n’ont pas existé. Je n’ai pas pu moi-même en voir. Je n’ai pas étudié spécialement la question. Mais je crois que c’est un point de détail de l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale.

  • [Paul-Jacques Truffaut :] Six millions de Juifs, c’est un point de détail ? Six millions de morts ?

Non... euh... pardon. Non, mais six millions de morts, comment ?

  • Six millions de morts juifs, pendant la Seconde Guerre mondiale, vous pensez que c’est un point de détail ?

Non... c’est... la question qui a été posée, c’est savoir comment ces gens ont été tués ou non, n’est-ce pas ?

  • Ça n’est pas un point de détail quand même...

Si c’est un point de détail, je veux dire de la guerre, oui... Enfin écoutez. Est-ce que c’est... voulez-vous me dire que c’est une vérité révélée à laquelle tout le monde doit croire ? C’est une obligation morale ? Je dis qu’il y a des historiens qui débattent de ces questions...

  • ... il y a une immense majorité d’historiens qui l’ont dit et prouvé... Vous-même monsieur Le Pen, est-ce que vous considérez qu’il y a eu un génocide juif ?

Il y a eu beaucoup de morts, beaucoup de centaines de milliers, peut-être des millions de morts juifs et aussi de gens qui n’étaient pas juifs.


La justice

  • Le 23 septembre 1987, la chambre des référés du tribunal de Nanterre rend une ordonnance condamnant Jean-Marie Le Pen à verser la somme d’un franc, « à titre d’indemnité provisionnelle à valoir sur le préjudice qu’ils ont subi », à dix parties civiles : le MRAP, la LICRA, plusieurs associations et quelques anciens déportés. En outre, l’ordonnance prévoit la lecture de cette décision lors de la prochaine émission “Le Grand jury RTL-Le Monde” aux frais de Jean-Marie Le Pen.
  • Le 28 janvier 1988, la 14e chambre de la cour d’appel de Versailles confirme l’ordonnance du 23 septembre 1987, estimant notamment dans le préambule de son arrêt que l’emploi, par un « homme politique rompu à l’art du discours et aux nuances de la langue française » de l’expression “point de détail”, peut être considéré « comme un consentement à l’horrible »
  • Le 18 mars 1991, la cour d’appel de Versailles le condamne à verser 1,2 million de francs (183.000 euros) à 11 associations pour ses déclarations du 13 septembre 1987, à propos de l’existence des chambres à gaz nazies.

... PERSEVERARE DIABOLICUM [2]

Le 26 décembre 1997, le tribunal de grande instance de Nanterre condamne Jean-Marie Le Pen pour avoir réaffirmé, le 5 décembre 1997, à Munich lors d’une réunion publique avec l’ancien Waffen SS Franz Schoenhuber, que « les chambres à gaz » constituent un « détail de l’histoire de la seconde guerre mondiale ».

Le président du Front national devra verser 1 franc de dommages et intérêts à onze associations parties civiles. Il devra en outre consigner une somme de 300 000 francs pour la publication de ce jugement dans la presse.
Les principaux extraits du jugement du tribunal des référés de Nanterre [3] :

« En réitérant des propos similaires [à ceux tenus, le 13 septembre 1987, lors du Grand Jury RTL-Le Monde], à Munich et alors que se déroulait en France devant la cour d’assises de la Gironde un procès pour « complicité de crimes contre l’humanité » intenté à Maurice Papon pour des faits de déportation d’hommes, de femmes et d’enfants juifs quand celui-ci était secrétaire général de la préfecture pendant l’Occupation, M. Le Pen, homme politique rompu au discours public, ne peut sérieusement soutenir qu’il poursuivait simplement à l’égard de ses concitoyens une démarche en quelque sorte pédagogique tendant, par la répétition de sa parole, à leur faire comprendre le sens du mot « détail » rapporté à la politique d’extermination européenne des juifs et des tsiganes poursuivie par le IIIe Reich pendant la seconde guerre mondiale. » M. Le Pen, qui ne pouvait ignorer qu’il réitérait par ses propos une faute civile déjà sanctionnée en référé et au fond, est donc bien débiteur d’une obligation de réparation à l’égard des associations déclarées recevables, à qui il ne peut opposer aucune contestation sérieuse. L’importance du préjudice causé par ces propos litigieux repris par la presse nationale et européenne, aggravé par leur réitération réfléchie, justifie que soient ordonnées des mesures de réparation (...). »

Le 10 septembre 1999, la cour d’appel de Versailles confirme la peine.

Avril 2015 : Jean-Marie Le Pen en rajoute une couche

Interrogé, jeudi 2 avril 2015 sur BFMTV-RMC par Jean-Jacques Bourdin à propos de ses déclarations de 1987, lorsqu’il avait assuré que les chambres à gaz étaient un « point de détail » de l’Histoire, Jean-Marie Le Pen, président d’honneur du Front national a déclaré maintenir ces propos, précisant qu’il ne les avait regrettés « à aucun moment ». « Ce que j’ai dit [...], a-t-il déclaré , je [le] maintiens, parce que je crois que c’est la vérité et que ça ne devrait choquer personne. »



[2Locution latine : “Errare humanum est, perseverare diabolicum”.

[3Source : « Il réitérait par ses propos une faute civile déjà sanctionnée »
Le Monde, le 28 décembre 1997 : http://www.lemonde.fr/archives/article/1997/12/28/il-reiterait-par-ses-propos-une-faute-civile-deja-sanctionnee_3801378_1819218.html