Histoire coloniale et postcoloniale

Nous contacter

Accueil > racisme, antisémitisme, xénophobie > le Front national > le FN est toujours d’extrême droite

le FN est toujours d’extrême droite

samedi 5 octobre 2013

Marine Le Pen promet des poursuites contre quiconque qualifierait son parti d’extrême droite. Mais au delà des ravalements de façade, l’idéologie demeure. Renaud Dély en donne ci-dessous la preuve.

Les tractations qui se déroulent pour la préparation des élections municipales, dans le Sud-Est – voir par exemple Béziers – entre une “droite républicaine” et la mouvance d’“extrême droite”, donnent une idée des évolutions en cours.

Pourquoi le FN est toujours d’extrême droite

Marine Le Pen menace donc de poursuites judiciaires tous ceux qui continueront de qualifier le Front national de parti d’" extrême droite". Comme son père. Jean-Marie le Pen avait lui aussi multiplié les procédures durant des années pour tenter de se débarrasser de cette étiquette. En vain. Car le Front national de Marine Le Pen doit bel et bien être catalogué à l’extrême droite. Comme celui de son père. Il ne s’agit pas là d’un jugement moral, d’un parti-pris indigné ou d’une envolée subjective et militante. C’est une réalité politique objective, alimentée par l’Histoire et par une hiérarchie de valeurs propre à ce courant politique. Il y a donc nécessité de refaire un soupçon de pédagogie pour démonter l’offensive de Marine Le Pen.

Des mutations permanentes

Certes, le Front national a changé. Il serait stupide de le nier. Il a d’abord changé de dirigeants. La génération des fondateurs du FN, pour la plupart ex-Collaborateurs voire anciens Waffen SS (André Dufraisse, Victor Barthélémy, Pierre Bousquet, François Brigneau, Léon Gaultier, etc.) a disparu. Leurs successeurs, vaincus des guerres coloniales d’Indochine et d’Algérie, et rescapés du terrorisme de l’OAS (Roger Holeindre, Pierre Sergent, Pierre Descaves, etc), a passé la main. Bref, le Front National n’est plus conduit par des leaders soucieux de prendre leur revanche sur une Histoire tragique et ses combats perdus. Ce passé-là importe peu à Marine Le Pen et à sa garde rapprochée, c’est vrai.

De même, l’antisémitisme est-il passé de mode. Aujourd’hui, il ne travaille plus les tréfonds de ce parti comme ce fut le cas pendant 40 ans. Au Panthéon des ennemis de la nation, la figure du Juif a été largement dépassée et reléguée par celle de l’immigré, de l’Arabe, et plus précisément du musulman. Enfin, le Front national, longtemps libéral, a adopté un programme économique et social de défense des classes populaires, foncièrement étatiste, aux relents à la fois anti-européens et anti-capitalistes. Et alors ?

L’extrême droite change. L’extrême droite évolue. L’extrême droite mue. L’extrême droite est plurielle, et ce depuis son émergence au lendemain de 1789 dans les fourgons du mouvement contre-révolutionnaire. Depuis plus de deux siècles, elle a pu choisir la voie de la violence ou celle des urnes, se revendiquer monarchiste ou populiste, s’afficher putschiste ou légaliste.
L’Action française, les Ligues, le mouvement Poujade, l’OAS ou encore les groupuscules comme Occident, Ordre nouveau ou le GUD ont aligné des visages fort différents, des sensibilités diverses et parfois rivales, appartenant toutes à une même famille politique. Et le Front national lui-même n’a jamais cessé d’évoluer depuis sa naissance il y a 41 ans.

De "préférence nationale" à "priorité nationale"

Pourtant, sous le règne de Marine Le Pen comme sous celui de son père, par ailleurs toujours président d’honneur du mouvement, le Front national reste un parti d’extrême droite pour au moins une raison, déterminante et indépassable : sa conception de l’identité. Travaillé par le démon des origines, le Front national vante une identité nationale immuable, figée, éternelle. Au mépris de l’Histoire, le lepénisme fantasme l’image d’un Français qui n’aurait pas changé depuis le baptême de Clovis. Dans son projet, il scinde et oppose les citoyens en trois catégories : les Français à part entière, qu’il juge "de souche", les "Français de papier", c’est-à-dire issus de l’immigration, et les étrangers. Cette conception maurrassienne se traduit par un programme d’extrême droite qui repose sur un précepte foncièrement anti-républicain : la fameuse "préférence nationale", rebaptisée "priorité nationale", colonne vertébrale du projet frontiste.

Ce principe discriminatoire, qui vise à réserver emplois, aides sociales, et logements aux seuls Français, est une négation des idéaux universalistes de la République. Il entend instaurer un développement séparé des populations sur le territoire national selon leurs origines. Soit une logique similaire à celle qui a prévalu sous le règne de l’apartheid en Afrique du Sud. Rien d’étonnant puisque c’est la même peur du mélange, la même angoisse du métissage, le même rejet de la différence qui travaille le Front national, parti d’extrême droite reconnu comme tels par ses pairs en Europe, toutes ces formations néo-populistes qui ont triomphé ces dernières semaines de Vienne à Oslo.

Formation légaliste jouant le jeu des urnes et de la démocratie, le Front national n’est pas pour autant un parti républicain. Il s’oppose au dépassement des origines (ethniques, spirituelles, religieuses) des citoyens que la République invite à se rassembler autour d’un idéal commun et d’un projet tourné vers l’avenir. Au contraire, le parti lepéniste persiste à renvoyer l’individu à une question lancinante unique, "D’où viens-tu ?". Il l’enferme dans un cadre identitaire figé qui ne vise qu’à classer et hiérarchiser des catégories de citoyens. C’est en ce sens que par-delà les ravalements de façade et les changements de ton, le Front national, son programme et sa hiérarchie de valeurs, demeure une formation d’extrême droite.

Renaud Dély
Le Nouvel Observateur
3 octobre 2013