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la rhapsodie méditerranéenne de Jean-Marie Lamblard

mardi 18 janvier 2011, par la rédaction

La Méditerranée a toujours été un lieu de rencontres et d’échanges entre peuples, religions et cultures. Francs, Arabes, Berbères, Wisigoths, Vandales, Maures, Byzantins, Occitans, chrétiens, juifs et musulmans… tous, aimantés par ce centre liquide, se sont rencontrés, visités et battus, ils ont échangé, se sont aimés, assemblés et ont parfois fini par se ressembler.

Jean-Marie Lamblard avait organisé une présentation de son « essai métissé », Rhapsodie méditerranéenne, le 10 novembre à la Maison de la Poésie sans se douter que les lectures se feraient en son absence – personne n’est à l’abri d’un accident cardiaque. Aujourd’hui, complètement remis, il vous invite à la célèbre librairie parisienne Le Divan, le mardi 1er février 2011 pour une rencontre/signature, accompagnée d’une lecture des bonnes pages, ainsi que d’un verre de l’amitié :

Mardi 1er février 2011, à 18 heures
Librairie Le Divan, 203 rue de la Convention, 75015 Paris [1]


[Mis en ligne le 3 novembre 2010, mis à jour le 18 janvier 2011]


Jean-Marie Lamblard [2], Rhapsodie méditerranéenne
éd. Nouvelles Éditions Loubatières, octobre 2010, 334 p., 25 euros.


SUR LES MARGES DE NOTRE HISTOIRE COMMUNE

Dans cet essai ambitieux et foisonnant d’images, Jean-Marie Lamblard nous convie à un voyage dans les marges de notre histoire commune. Prenant la Méditerranée pour théâtre et choisissant d’écouter en ouverture la voix d’un enfant qui demande : Qui je suis, d’où je viens ? l’auteur parvient à nous entraîner dans l’extraordinaire épopée de ces peuples, infatigables voyageurs, dont nous sommes tous, peu ou prou, les héritiers.

Venus de tous les horizons, Francs, Arabes, Berbères, Wisigoths, Vandales, Maures, Byzantins, Occitans, chrétiens, juifs et musulmans… tous, aimantés par ce centre liquide, se visitent, se battent, échangent, s’aiment, s’assemblent et finissent parfois par se ressembler.

LA MÉMOIRE AU TRAVAIL OU L’ART DU CONTEUR

Rhapsodie, en Méditerranée, annonce la mémoire au travail de celui qui ajuste les morceaux épars de l’histoire afin d’éclairer les zones d’ombres, et s’efforce de répondre aux attentes des auditeurs éveillés.

C’est en effet l’art du conteur que l’on voit ici à l’œuvre. Il revisite les certitudes académiques, soulève des objections, avance des hypothèses, touche au sacré, en ayant toujours à cœur de parler clair et juste.

POUR UNE RÉINTRODUCTION DE LA DIVERSITÉ

Le sous-titre « Essai métissé » peut s’entendre de plusieurs façons ; tissage des cultures et métissage des hommes contribuent à relativiser la différence mais aussi, par un heureux paradoxe, à réintroduire, au hasard de la génétique ou de l’histoire, une part de diversité au centre même du monde métissé.

Une foule de personnages familiers ou méconnus forment alors le chœur, répondant au présent aux interrogations des jeunes générations, témoins étonnés du libre parcours des hommes.

UN PÉRIPLE ACTUEL

Ce livre est une invitation au voyage le long de la mer des Deux Rives, où l’on ne s’interdit pas de rechercher la Chèvre d’or des Sarrazins, ni de s’interroger sur l’éclosion de la lyrique des troubadours. Le rôle capital des Africains du Nord dans le miracle d’al-Andalous est souligné, bousculant un peu l’opinion dominante*. L’identité des pillards que l’illustre Charles Martel arrêta à Poitiers, que l’on disait venir de Cordoue, révèle quelques surprises, et les agresseurs de l’arrière-garde de Charlemagne à Roncevaux perdent de leur attrait prosélyte. C’est un périple en un temps où ni les Pyrénées, ni le détroit de Gibraltar ne séparaient les hommes. Pour autant, le récit nous ramène constamment à l’actualité, ne serait-ce que par le sort qu’il réserve aux arguments prétendument historiques qu’avancent les partisans de l’exclusion de l’Autre.

Jean-Marie Lamblard [3]


Sur la couverture d’un livre

Trois visages souriants contre un mur ; le quatrième est un dessin signé Ernest Pignon-Ernest. Ils sont jeunes tout les quatre. Les trois enfants sont chaudement vêtus, le grand est en chemisette d’été ; il n’a pas froid et n’aura plus jamais froid. Ernest l’a saisi à l’été de sa vie un livre à la main, revenant de ses études, devant l’immeuble du quartier Champ de manœuvre, l’ancienne rue Flaubert, à Alger.

C’est à cette adresse que Maurice Audin et Henri Alleg ont été arrêtés le 11 juin 1957 par des militaires portant l’uniforme français. L’un des prisonniers en est sorti vivant et a pu raconter cette histoire dans un livre, La Question. L’autre n’en est jamais revenu. Il demeurera éternellement jeune, comme l’image l’immortalise.

Ce 11 juin 1957, j’étais à Alger. Simple soldat, j’ai dû avec d’autres monter la garde non loin de la maison du drame ; je n’ai rien su et ne me souviens de rien. L’art réveille la mémoire et peut conduire au savoir. Cette photo, prise en 2003, que m’a donné Ernest, est à sa place sur la couverture du livre. Elle est doublement emblématique du contenu.

Il y a quelques années, la revue Europe avait publié un premier travail sur le déroulement des événements du 8 mai 1945 à Sétif et dans le Constantinois, tels qu’il m’avait été donné de les reconstituer à partir de témoignages recueillis auprès de la diaspora Berbère des Bouches-du-Rhône. La dédicace rendait hommage à un instituteur : Guy Monnerot et son épouse Janine, premières victimes d’une guerre qui se déclarait.

Aujourd’hui, notre image de couverture, empruntée au « Parcours Maurice Audin » d’Ernest Pignon-Ernest, achève la mise en regard de deux assassinats de jeunes enseignants français, l’un au tout début l’autre au plus aigu de la guerre d’Algérie. Guy Monnerot fut abattu sur la route de Biskra dans les Aurès, le 1er novembre 1954, par un groupe de rebelles alors qu’il rejoignait la petite école où il devait enseigner. Maurice Audin sera arrêté et torturé à mort par des parachutistes français le 11 juin 1957 non loin de la faculté d’Alger où il était assistant.

L’ordre des passeurs de savoir

Hasard de mauvaises rencontres ? Non, ceux-là qui consacrent leur vie à la transmission des connaissances et des œuvres d’art, sont continûment aux prises avec les forces du mal ; cette chevalerie laïque est la première visée. Et peu importe ici les motivations qui armèrent les tueurs, l’œuvre essentielle de transmission du savoir, portée tout au long des siècles par une minorité d’aventuriers de l’esprit, ne pèse pas lourd lorsque s’allument les brasiers.

Certes, les brasiers aussi projettent leurs lumières, on peut aimer leurs étincelles. Chacun tisse son ouvrage aux lueurs de sa propre lanterne. Rhapsodie ne vaut pas mélodie ni rengaine. Rhapsodie, en méditerranée, annonce la mémoire au travail de celui qui rassemble les morceaux épars de l’histoire pour éclairer les zones d’ombre et répondre aux vivants éveillés. Le sommeil de la raison engendre les monstres (Goya). La cour écoute-t-elle ? Oui, l’assemblée écoute et le conte peut commencer. Chacun dans l’assistance connaît déjà l’histoire, mais le narrateur enchaîne à sa façon et les nœuds de la trame surviennent où l’on ne les attendait pas. Ce n’est pas un brasier qui luit, à peine un ver luisant, et l’auditeur garde lui aussi sa petite lampe en veilleuse prête à briller du crépuscule à l’aube. Le jour venu il marchera un livre à la main.

Qui je suis, d’où je viens ? demande l’enfant d’immigrés en lisière du récit ; cette question vitale n’importe quel fils de France pourrait se la poser aussi. La scène est le vaste paysage méditerranéen où s’agitent les peuples, les rois, les papes, les califes et les guerriers. Pourtant le récit nous ramène constamment au présent, ne serait-ce que par le sort qu’il réserve aux arguments prétendument historiques que nous jettent à la face les partisans de l’exclusion de l’Autre.

« Essai métissé » peut s’entendre de plusieurs façons. L’auteur ne respecte guère les plates-bandes universitaires et saute d’une discipline à l’autre sans vergogne. Le métissage humain est au centre du débat ; et la question récurrente sur les yeux bleus et les cheveux blonds de certains Berbères trouve un semblant de réponse. On ne s’interdit pas de regarder ce qu’étaient ces races maudites des pays d’Oc ni de s’interroger sur l’éclosion de la lyrique des troubadours. Le rôle capital des Africains du Nord dans le miracle d’al-Andalous est souligné. Quant aux Sarrazins et leur chèvre d’or, c’est l’occasion de dévoiler le mystère ! Nous avons tenté un périple sans frontières aux temps où ni les Pyrénées ni le détroit de Gibraltar ne séparaient les hommes. Une chanson de geste aux franges des grands débats contemporains.

Jean-Marie Lamblard



Voir en ligne : la lettre de Jean-Marie Lamblard à madame Halima K., en souvenir de Djilali, soldat au 17e RTA.


[1Métro Convention. Tel : 01 53 68 90 68. http://www.librairie-ledivan.com

[2Jean-Marie Lamblard est docteur en ethnozoologie de l’Université René Descartes-Paris V, conteur, essayiste et romancier. Il a été accueilli par Théodore Monod au Muséum d’histoire naturelle de Paris. Familier des terres du Sud, sa profession l’a souvent amené à arpenter les pays méditerranéens.

Parmi ses publications précédentes : Les guerriers nus (2005, Imago), L’Oiseau nègre, L’Aventure des pintades dionysiaques (2003, Imago), Le Vautour, mythes et réalités (2001, Imago).

Contact : jmlamblard@wanadoo.fr, http://www.lamblard.com

[3Présentation de Rhapsodie méditerranéenne par Jean-Marie Lamblard sur son site : http://lamblard.typepad.com/weblog/2010/10/rhapsodie-m%C3%A9diterran%C3%A9enne-essai-m%C3%A9tiss%C3%A9.html.