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la rafle méconnue du 20 août 1941

mardi 23 août 2011, par la rédaction

Ce jour là, il y a 70 ans, les policiers français soutenus par des militaires allemands, arrêtent 4 232 Juifs en plein Paris, pour les envoyer vers le camp de Drancy qui vient d’ouvrir. Souvent absente des manuels d’histoire, elle est le résultat du zèle du gouvernement de l’État français dirigé alors par le maréchal Pétain.

L’article ci-dessous est repris du blog de l’association MEMORIAL98 qui combat le racisme, l’antisémitisme et tous les négationnismes (Arménie, Rwanda, Shoah...)
 [1].

Arrivée dans le camp de Drancy de Juifs raflés le 20 août 1941. (Source photo : DIZ Muenchen GMBH, Süddeutscher Verlag Bilderdienst ; crédit photo : D.R)

Mémoire : la rafle méconnue du 20 août 1941

Ce jour là en plein Paris, les policiers français soutenus par les militaires allemands, arrêtent 4232 Juifs pour les envoyer vers le camp de Drancy qui vient d’ouvrir ses portes.

Le matin du 20 août 1941, des policiers français soutenus par des Allemands en uniforme ont envahi les rues du XIe arrondissement de Paris. Tous les hommes français ou étrangers sont contrôlés et les Juifs envoyés vers la place Voltaire. Toutes les entrées des stations de métro entre République et Nation sont bouclées.

Les Juifs qui étaient allé s’enregistrer au commissariat, conformément à l’ordonnance allemande du 27 septembre 1940 publiée en zone occupée, stipulant que « toute personne juive devra se présenter jusqu’au 20 octobre auprès du sous-préfet de l’arrondissement dans lequel elle a son domicile habituel pour se faire inscrire sur un registre spécial » ont déjà été appréhendés directement chez eux.

Même sort pour ceux qui étaient « connus » comme faisant partie des familles juives du quartier, même non répertoriées. Les femmes sont épargnées et personne ne sait où sont emmenés les Juifs. Cette rafle « surprise », contrairement à celle qui l’a précédé le 14 mai, utilise comme prétexte un simple contrôle d’identité à la préfecture de Police.

Les 4232 personnes arrêtées ont toutes été conduites dans des autobus de la régie des transports parisiens, de la place Voltaire, en direction du camp de Drancy, « inauguré » à cette occasion. Aucune différence n’est faite entre citoyens français et étrangers.

Du jour de son ouverture le 20 août 1941 jusqu’à sa libération le 18 août 1944, plus de 70.000 Juifs, dont 11.000 enfants (le plus jeune ayant 15 jours) ont transité par Drancy avant d’être déportés à Auschwitz.

Seuls 2.500 d’entre eux ont survécu.

Ces premières rafles avaient sans doute pour but de fournir de la main d’œuvre aux nazis. et c’est ce qui explique que beaucoup des Juifs qui en ont fait partie furent libérés En effet, la rafle ayant été faite de manière systématique, une majorité de cette main d’œuvre était inadaptée aux travaux que les nazis prévoyaient en raison de la malnutrition et des maladies. Certains furent donc libérés assez rapidement (malades, handicapés, vieillards…),

À partir de Mars 1942 le camp de Drancy devient un camp de transit dont la population était tout simplement redirigée vers les camps, afin d’y être exterminée.

Cette rafle d’août 1941 a eu lieu onze mois avant celle du Vel d’Hiv de Juillet 1942 (voir Vel d’Hiv : le document).

Souvent absente des manuels d’histoire, elle est le résultat du zèle du gouvernement de l’État français dirigé alors par le maréchal Pétain. En effet, le gouvernement de Pétain est allé au-delà des directives de l’ordonnance allemande du 27 septembre 1940 en promulguant le 4 octobre 1940 (J.O du 18 octobre 1940) le premier Statut des Juifs (voir Antisémitisme : le double anniversaire du 3 Octobre).

À la même date, la machine d’extermination nazie est déjà intensément à l’œuvre en Europe de l’Est ; ainsi le même 20 août 1941 :

  • La Gestapo assassine 350 Juifs de Koretz (Ukraine).
  • Après l’entrée des nazis à Minsk (Biélorussie), où vivent 60000 juifs, un ghetto est créé.
  • Après la déportation des 3 000 juifs du Banat à Tasmajdan, près de Belgrade, les nazis déclarent le Banat yougoslave, situé entre la rivière Tisa (Theiss), à l’ouest, et la frontière roumaine, à l’est, « purifié de ses juifs ».
  • Un convoi quitte Vienne (Autriche) avec 997 juifs à destination du camp de concentration de Theresienstadt (Tchécoslovaquie).
  • Début de la déportation des juifs de Radzin (province de Lublin) au camp d’extermination de Treblinka.
  • 8 000 Juifs de Falenica sont déportés en trois jours au camp d’extermination de Treblinka (Pologne).
  • 2 000 Juifs de Rembertov (Varsovie) sont déportés au camp d’extermination de Treblinka. Tous sont tués par les SS.
  • Durant quatre jours à compter du 21, 21 000 Juifs sont déportés du ghetto de Kielce (Pologne) au camp d’extermination de Treblinka. Le ghetto se trouve ainsi pratiquement liquidé. Les 2 000 juifs restants sont regroupés dans un camp de travail forcé.
  • Un convoi de 1 000 Juifs, hommes et femmes, quitte le ghetto de Theresienstadt en direction de l’Est. Sa destination reste encore inconnue, car on ne signale aucun survivant. Il semble que les déportés furent assassinés dans la région de Minsk (Biélorussie) par les SS.

Souvenons nous !

Mardi 23 août 2011

Mémorial98



Compléments sur le blog Mémorial98 :

Le dossier de l’AJPN (Anonymes, Justes et Persécutés durant la période Nazie) constitué sur le camp d’internement et de déportation de Drancy.

Le site Les grandes oreilles présente cet événement sur une page intitulée La rafle « surprise » et méconnue du 20 août 1941.


[1Le nom de l’association Mémoire98, créée en janvier 1998, lors du centenaire de l’affaire Dreyfus, fait référence aux premières manifestations organisées en janvier 1898, pendant l’affaire Dreyfus, par des ouvriers socialistes et révolutionnaires parisiens s’opposant à la propagande nationaliste et antisémite.