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la LDH poursuit le maire de Cholet pour provocation à la discrimination raciale

mercredi 10 novembre 2010

La Ligue des droits de l’Homme a porté plainte contre Gilles Bourdouleix, député-maire UMP de Cholet et président du CNI, pour « provocation à la haine ou à la violence et à la discrimination raciales ». La plainte s’appuie sur des déclarations sur les gens du voyage, tenues lors d’une réunion de quartier, en septembre dernier.

Gilles Bourdouleix affirme que ses propos ont été « déformés », dénonce « une volonté de nuire », et annonce qu’il va porter plainte pour « dénonciation calomieuse » à l’encontre de la LDH dès qu’il aura été entendu par les enquêteurs.

Comme Christian Estrosi en avril 2007, Gilles Bourdouleix avait tenu des propos délictueux sur les gens du voyage sans avoir pris la précaution élémentaire de s’assurer qu’aucun journaliste “malintentionné” ne les rapporterait...

[Mis en ligne le 8 novembre 2010, mis à jour le 10]


Campement (Max PPP)

Gens du voyage : une plainte déposée contre le maire de Cholet

par Christian Meas, Ouest-France, 3 novembre 2010


La Ligue des droits de l’Homme reproche au maire de Cholet ses propos. Ce dernier doit être entendu par la police ce mois-ci.

Quels étaient les propos de Gilles Bourdouleix ?

En septembre dernier, lors d’une réunion de quartier, un habitant se plaint du voisinage des gens du voyage qui vont faire leurs besoins devant les habitations. Le maire de Cholet, Gilles Bourdouleix, répond alors : « On a la trouille de ces gens-là, ils ont tous les droits. Je suis prêt à prendre un camion plein de m... pour le déverser au milieu de leurs caravanes. Ces gens, c’est beaucoup d’emmerdes. S’ils choisissent de vivre comme ça, en caravanes et qu’on fait un effort pour les accueillir, au moins qu’ils aient un peu de respect. Les caravanes qu’ils ont, avec les Mercedes et les camions pour les tracter, on ne pourrait pas se les payer. Mais eux, ils en ont les moyens puisqu’ils n’ont pas de revenus et ne paient pas d’impôts ! Ces caravanes, elles sont équipées de toilettes, mais ils ne les utilisent pas. »

Quels sont les motifs de la plainte ?

La Ligue des droits de l’Homme du Maine-et-Loire a transmis l’article de presse, paru dans Ouest-France, au service juridique de son siège, à Paris. C’est ce dernier qui a saisi d’une plainte le procureur d’Angers, au motif que les propos tenus par le maire de Cholet sont « constitutifs du délit de provocation à la haine ou à la violence et à la discrimination raciale réprimées par l’article 24 de la loi du 29 juillet 1881 ». Contacté, Jacques Asseray, président de la LDH 49, juge ces « propos inacceptables en République, et a fortiori venant d’un élu. Gilles Bourdouleix s’appuie sur une xénophobie latente. On ne peut pas laisser passer ça ».

Le maire de Cholet sera-t-il entendu par la justice ?

Le procureur de la République, Brigitte Angibaud, indique que le parquet a bien ouvert une enquête le 29 septembre. Gilles Bourdouleix doit être « entendu dans le courant du mois de novembre » par les services de police, sans doute à Angers. Une simple audition, précise le procureur : « Il est mis en cause, il va faire part de ses observations. » À l’issue de l’enquête, le parquet décidera d’une suite à donner, ou pas, à la plainte. Interrogé hier soir, Gilles Bourdouleix n’a pas souhaité s’exprimer.

Voici comment Ouest-France évoquait le 11 octobre les propos délictueux du maire de Cholet.

Gens du voyage : Gilles Bourdouleix persiste et signe

Ouest-France, 11 octobre 2010


Gilles Bourdouleix est revenu ce lundi soir, lors du conseil municipal, sur les propos qu’il avait tenus concernant les gens du voyage, suite à des incidents survenus près de l’hippodrome (Ouest-France du 18 septembre). Le maire de Cholet a d’abord reproché à l’opposition de gauche, qui s’était émue de la virulence des paroles prononcées en septembre, de confondre gens du voyage et commerçants du marché.

Le groupe d’opposition a refusé de répondre. Mais a renouvelé son indignation. « Vos propos étaient indignes d’un élu de la République », a répété Dominique Poupard. « Je maintiens mes propos, a répondu Gilles Bourdouleix. Je ne vois pas ce qu’il y a de choquant à s’élever contre des gens qui vont faire leurs besoins devant chez leurs voisins. »

Le maire a ensuite ajouté que « cette population pose un vrai problème. Il faudra un jour ouvrir un vrai débat sur les gens du voyage, sur la manière dont ils tirent leurs revenus. Je respecte leur mode de vie, et la Ville de Cholet remplit d’ailleurs ses obligations. Mais ils doivent comprendre qu’il y a des droits et aussi des devoirs. Et il y a des gens qui se mettent volontairement dans l’illégalité. » Dans le public, un militant communiste choletais s’est levé à ce moment, et a lentement quitté la salle en signe de protestation.


[Ajouté le 10 novembre 2010]

Gens du voyage : Gilles Bourdouleix contre-attaque

par Emeric Evain & Christian Meas, Ouest-France, 9 novembre 2010


Le maire va poursuivre la Ligue des droits de l’homme, pour dénonciation calomnieuse. L’association avait porté plainte pour provocation à la haine raciale, suite à ses propos de septembre.

La polémique

Le député-maire de Cholet, Gilles Bourdouleix, s’est accordé une tribune à l’entame du conseil municipal, hier soir, pour dénoncer les « attaques » dont il se dit victime. Accusé de provocation à la haine raciale par la Ligue des droits de l’homme (LDH), il a annoncé qu’il porterait plainte contre l’association pour dénonciation calomnieuse, une fois entendu par la police le 22 novembre, à l’hôtel de ville. « Je regrette la publicité faite autour de ce dossier, qui ne comporte, à ce jour, aucune poursuite », dit-il. Avant d’évoquer une « manipulation » de la part d’une « association de gauche ».

« L’attaque est partie d’un article », reprenant, selon Gilles Bourdouleix, « des phrases glanées, tronquées, mises bout à bout ». De simples « propos de circonstance », se justifie-t-il, prononcées « lors d’une réunion de quartier ». Ouest-France maintient les propos retranscrits dans son édition du 11 septembre.

Des « actions » de la Ville

Faisant encore référence à l’article de presse, Gilles Bourdouleix critique l’aumônier de l’association départementale des gens du voyage catholiques, réclamant que les gens du voyage fassent l’apprentissage « des modes de vie civilisée ». Le député-maire dit ne pas comprendre le motif de la plainte de la LDH. Selon lui, ce serait « considérer que les gens du voyage constituent une race ou une ethnie. C’est leur mode de vie qui les différencie, pas leur origine ». Gilles Bourdouleix déclare avoir en sa possession « un enregistrement » de la réunion de quartier du 9 septembre, rapporté sur « quatre pages dactylographiées » qu’il présentera à la police.

Le maire a longuement insisté sur les actions menées par la Ville en direction des gens du voyage. Il énumère ainsi les investissements réalisés sur les trois terrains accueillant les gens du voyage (le terrain principal de Toutlemonde, un deuxième terrain pour les missions évangéliques, un troisième, enfin, semi-sédentaires, aux Tuileries). « Quand j’ai été élu en 1995, il n’existait plus aucun terrain », rappelle-t-il. Gilles Bourdouleix cite encore les « actions pédagogiques », ou les écoles choletaises qui accueillent régulièrement les enfants des gens du voyage.

Démocratie « bafouée »

« Je ne laisserai pas passer l’agression odieuse » de la LDH, a grondé Gilles Bourdouleix. Qui va donc engager une procédure et demander « des dommages et intérêts » conséquents, montants qu’il « versera à une association » d’aide à la scolarisation des enfants des gens du voyage.

Au terme d’un discours où il a rappelé les droits fondamentaux de la « liberté, fraternité et égalité », le groupe de gauche a demandé à s’exprimer, par la voix de Dominique Poupard. « Je n’ai pas de parole à donner. Passons à la lecture des pouvoirs », a coupé Gilles Bourdouleix. « Vous bafouez la démocratie », s’est indignée l’élue d’opposition.