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communiqué de la LDH

l’interdiction de la mendicité à Marseille : une taxe sur les pauvres

jeudi 20 octobre 2011

La municipalité de Marseille a entériné, le 17 octobre 2011, un arrêté visant à lutter notamment contre les actes de mendicité : « il est interdit sur une grande partie du centre ville de se livrer à toute forme de sollicitation ou appel à la quête de nature à entraver la libre circulation des personnes, la commodité du passage dans les voies et espaces publics, l’accès aux immeubles ou, de manière générale, à porter atteinte par ces comportements au bon ordre, à la tranquillité et à la sécurité publique ». La sanction prévue est une amende de 38 euros.

« Trop, c’est trop », s’indigne Rencontres tsiganes, « atterrant », pour Médecins du monde, « une déclaration de guerre », d’après Europe Ecologie-les Verts, « misérable » estime le PCF, « insupportable et inacceptable », pour le Modem... Les membres d’Emmaüs se déclarent « mendiants-solidaires », et la Fondation Abbé Pierre annonce l’organisation de « séances de mendicité » devant l’Hôtel de Ville – la première aura lieu jeudi 20 octobre à partir de 11h30. Quant à la LDH, c’est par voie de justice qu’elle entend contre-attaquer.

Communiqué LDH

Marseille et ses pauvres : la Ligue des droits de l’Homme conteste l’arrêté municipal

Le 14 octobre 2011, la ville de Marseille « réglementant certaines activités et comportements de troubles à l’ordre public et d’atteinte à la tranquillité publique ». L’arrêté pris par la municipalité se situe dans le droit fil des arrêtés municipaux qui n’ont cessé d’éclore, à un rythme régulier depuis 1993, dans de multiples communes de France.

Cet arrêté, qui semble davantage répondre à une opération de communication qu’à un acte administratif, s’appuie sur des faits imprécis et non circonstanciés. En outre, la mesure municipale est disproportionnée, étant à la fois très étendue (une vaste zone géographique est concernée) et permanente (sur un an, 24 heures sur 24).

La LDH s’étonne que la mairie de Marseille ait dû prendre un arrêté pour des nuisances qui sont déjà parfaitement réprimées par les lois en vigueur. Ainsi, l’ordre public peut-il être parfaitement maintenu sans l’interdiction érigée par le maire.

La LDH a décidé de contester l’arrêté municipal devant la juridiction administrative.

Paris, le 19 octobre 2011

(Archive Robert Terzian)

Lettre ouverte au Maire de Marseille

Monsieur Gaudin, trop c’est trop !

Hier vous nous avez fait honte, honte d’être Marseillais. Nous étions quelques centaines de citoyens responsables venus vous demander, une nouvelle fois, une réunion de concertation afin de trouver une solution humaine à la situation inadmissible de quelques centaines de familles Roms. Dans le calme, nous avons informé en détail les élus municipaux en leur demandant d’ARRÊTER LA TRAQUE DES ROMS.

Protégé par les forces de l’ordre, vous n’avez pas voulu nous rencontrer, et pour seule réponse, vous avez justifié les conditions juridiques de la spectaculaire expulsion de familles qui campaient en août Porte d‘Aix.
Comble de l’hypocrisie, vous faisiez pendant ce temps publier, par vos services, un arrêté anti-mendicité qui soulève notre indignation et celle de nombreux marseillais. Comble du cynisme, cet arrêté prend effet le 17 octobre, journée mondiale du refus de la misère !

Vous prétendez ainsi assurer la tranquillité publique. Eh bien nous vous le disons, Monsieur le Maire, devant un tel mépris, nous ne vous laisserons pas tranquille.

Voilà déjà plus de 7 ans que nous vous alertons régulièrement sur les conditions inhumaines dans lesquelles, dans notre ville, survivent quelques familles, contraintes de quitter leur pays d’origine en raison de la misère et de la haine dont elles font l’objet.

Vous avez osé un jour répondre publiquement que Marseille avait déjà assez à faire avec ses prostitués et ses mendiants et que ces gens n’avaient qu’à rentrer dans leurs pays …

Nous vous conseillons vivement de lire la presse et d’entendre l’alerte lancée par les responsables européens : en Bulgarie, en Hongrie, en Roumanie, les actes de racisme anti-Roms se multiplient. Des manifestations rassemblent plusieurs milliers de personnes derrière des slogans néonazis tels que « Roms en savon » . Cela doit peut-être nous rafraîchir la mémoire !!!

Par cet arrêté destiné à « renforcer les sentiments de sécurité chez les Marseillais, » vous ne visez pas, bien entendu, explicitement les familles Roms, mais personne n’est dupe de ce camouflage. Les « pauvres et les mendiants de Marseille » sont aussi jugés coupables de Rencontres Tsiganes, 34 Cours Julien – 13006 Marseille – Tel 07 86 96 65 22 l’insécurité. Les policiers municipaux et nationaux auront-ils des consignes pour ne verbaliser que les « pauvres et les mendiants étrangers » ? Ouvrez les yeux et sortez de vos bureaux.

Vous constaterez avec nous qu’il y a beaucoup de « pauvres marseillais ».
Bravo, Monsieur le maire. Par cette politique du rejet de l’autre vous ne faites que suivre scrupuleusement les directives du Président de la République et des hommes qu’il a délégués auprès de vous pour que l’ordre règne à Marseille. Vous pouvez alors à juste titre accuser nos associations d’être politisées. Eh bien oui ! nous sommes fiers de cet adjectif car nous n’avons pas la même conception que vous de la politique. Soyez assuré que nous poursuivrons notre
combat pour le respect du droit de tous les pauvres, qu’ils soient français ou étrangers et que nous ne resterons pas tranquilles.

Marseille le 18 octobre 2011

Alain Fourest
président de Rencontres Tsiganes

34 Cours Julien – 13006 Marseille – Tel 07 86 96 65 22



[Ajouté le 21 octobre] – La mairie de Marseille se trouve désavouée par le résultat du “sondage” qu’elle propose sur son site, puisque les trois-quarts des personnes qui y ont répondu se sont déclarées opposées à l’arrêté anti-mendicité :