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l’immigration, un TOC du Front National

dimanche 2 février 2014

À écouter les discours de ses dirigeants, à lire son programme, on est frappé par la fidélité du Front National à ses fondamentaux – peine de mort, demande d’une sévérité accrue de la justice ... Ils trahissent une anxiété pathologique et irrationnelle devant l’immigration – ce qu’en langage moderne les psychiatres désignent sous le nom de trouble obsessionnel compulsif (T.O.C.), autrefois nommé névrose obsessionnelle.

Nous reprenons ci-dessous, avec des caractères obliques de couleur marron, quelques “éléments de langage” du Front National et nous les commentons : ils constituent des symptômes de cette pathologie.


Complément – La section de Toulon de la LDH a diffusé le 1er février 2014, un tract basé sur des chiffres de janvier 2014 : il est téléchargeable

[Mis en ligne le 1er novembre 2013, le tract a été ajouté le 2 février 2014]




La peine de mort sera rétablie.
 [1]
Mais pourquoi donc ? Depuis l’abolition de la peine de mort en 1981, le nombre d’homicides a considérablement baissé en France – il n’y en a eu que 665 en 2012, contre 1600 en 1995.


La tolérance zéro sera instaurée.
 [1]
Cette mesure est là pour dire que le modèle suivi sera celui des USA – rappelons que les États-Unis comptent 2,2 millions de détenus, parmi lesquels 160 000 sont condamnés à perpétuité.


40 000 nouvelles places de prison seront créées.
 [1]
Sous-entendu “pour affronter la délinquance qui augmente”. Mais cette dernière affirmation est inexacte : d’après Nicole Maestracci [2] sur une période de 10 ans « le nombre de procédures qui parviennent au parquet n’a pas bougé ».
En revanche le nombre de détenus a beaucoup augmenté – il est passé de 45 000 en 1989 à 67 300 au 1er octobre 2013, pour 57 300 places de prison. L’explication de cette évolution se trouve du côté d’une sévérité accrue de la justice : augmentation des courtes peines mises à exécution et augmentation de la durée des peines (la durée moyenne de détention est passée de 8.1 mois en 1999 à 9.8 mois en 2011).

Pour le Front National, tout cela est de la faute de l’immigration :il y a trop d’étrangers chez nous ! [3]

Jean-Marie Le Pen connaissait la solution : il l’avait exposée lors d’une conférence de presse, tenue le vendredi 27 février 2009, en présence de sa fille Marine et de Bruno Gollnisch :


« Le principe de « préférence nationale » (allocations, logement, santé, ...) sera légitimement appliqué avec des prestations sociales réservées exclusivement réservées aux Français. De plus, notre politique dissuasive d’immigration sera renforcée sur le territoire pour aboutir, in fine, a une immigration zéro.
 »

Le Front National aurait-il changé ? On peut en douter : Marine Le Pen n’a jamais contredit son père sur ce sujet. Et voici des extraits de son programme et de ses déclarations concernant l’immigration :

L ’ I M M I G R A T I O N

C’est le cœur du programme du Front National, celui sur lequel il a bâti ses succès, répétant sans se lasser que tous nos maux viennent du trop grand nombre d’immigrés [4]

Mais l’affirmation selon laquelle il y aurait « de plus en plus d’étrangers en France » est inexacte : en 2011, la France comptait 3.8 M – millions –d’étrangers (dont 1.3 M d’étrangers communautaires), soit 5,8 % de la population (population de la métropole : 63 M d’habitants) ; en 1975, ils étaient 3,1 M (5,6 %). Depuis quarante ans, le taux d’étrangers est stable, avec une tendance à la baisse depuis trente ans.

Par comparaison, en 2011, l’Allemagne comptait 7.2 M d’étrangers soit 8,8 %, l’Espagne 5.6 M (12.2 %), l’Italie 4.6 M (7.5 %), le Royaume-Uni 4.5 M (7.1 %).


La France détient le record du nombre d’entrées sur son territoire.
 [5]
Inexact : La France est, avec le Japon, l’un des pays développés qui a accueilli la plus faible proportion d’immigrés au cours des deux dernières décennies. Depuis 1995, le taux d’étrangers a augmenté six fois moins en France qu’en Espagne, 3,5 fois moins qu’au Royaume-Uni et 1,8 fois moins qu’en Allemagne.
Les pays de l’UE qui comptent le plus grand nombre de résidents nés hors de l’UE sont l’Allemagne (6,4 millions, 7.8%), la France (5,1 millions, 7.8%), le Royaume-Uni (7.7%), l’Espagne (8.9%), Suède (9.2%) et les Pays-Bas (8.5%)


On distribue la nationalité française à tour de bras.
 [6]
Inexact : le nombre de naturalisations est en baisse : il se situait entre 130 000 par an de 2007 à 2010, 115 000 en 2011, et 97 000 en 2012.


De nombreux clandestins
[...] se dirigent vers la France, sachant y trouver les avantages sociaux les plus avantageux de toute l’Europe
 [7]
Autrement dit : les immigrés viendraient en France pour toucher des prestations sociales.
Inexact : pour pouvoir en bénéficier il faut – à l’exception de l’AME – être en situation régulière et posséder un titre de séjour :
– permettant de travailler en France depuis au moins 5 ans, pour le RSA,
– ayant autorisé à travailler en France depuis dix ans, et résider en France (les vieux migrants retraités ne peuvent pas « retourner vivre au pays »), pour le Minimum vieillesse.

L’Aide médicale d’État (AME), qui permet aux clandestins pauvres de se faire soigner gratuitement, n’est accordée qu’à partir d’une présence en France de 3 mois.


L’immigration coûte chaque année à l’État entre 35 et 70 milliards d’euros
 [8].
Inexact : d’après une étude universitaire, l’immigration rapporterait 12 milliards d’euros par an à l’État en impôts, taxes et cotisations.


L’Aide médicale d’État sera supprimée.
 [1]
Cela ferait peser un risque sanitaire sur l’ensemble de la population dans la mesure où cela conduirait une partie de celle-ci à ne plus se soigner médicalement.


L’immigration légale sera réduite de 200 000 à 10 000 par an
 [1]
Impossible à réaliser : en 2012, ces 200 000 personnes – de nationalités extra-européennes se décomposaient en : 16 000 immigration économique, 59 000 étudiants, 30 000 humanitaires et divers, et 87 000 personnes au titre de l’immigration familiale – dont près de la moitié étaient des conjoint[e]s de Français.

Faudra-t-il donc interdire aux étrangers de venir étudier en France et contingenter les mariages avec des étrangers ?



[1Extrait du programme du FN : http://www.frontnational.com/pdf/projet_mlp2012.pdf

[2« La sévérité des peines n’empêche pas la récidive » : http://www.mediapart.fr/journal/france/130213/la-severite-des-peines-nempeche-pas-la-recidive, le 13 février 2013.
Nicole Maestracci, première présidente de la cour d’appel de Rouen, est actuellement membre du Conseil constitutionnel.

[3Source du graphisme : http://imgur.com/I4SSykB

[4Dans la terminologie frontiste, le mot “immigré” désigne soit une personne originaire du Maghreb ou de l’Afrique sub-saharienne, ou qui en a l’apparence, soit une personne de confession musulmane, ou présumée l’être.

Pour l’INSEE le mot “immigré” a une signification un peu différente : est immigrée tout personne vivant en France, mais née à l’étranger avec une nationalité étrangère (un immigré peut donc être ou non de nationalité française). Dans ce sens, il y avait 5.3 M d’immigrés en France en 2008 – voir cette page.

Etant donné les différentes acceptions du mot, nous ferons notre possible pour l’utiliser le moins possible.

[6Interview de Marine Le Pen donnée au JDD le 3 août 2010.

[7Le programme politique du Front National :
http://www.frontnational.com/pdf/Programme.pdf