Histoire coloniale et postcoloniale

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l’expédition d’Alger

mardi 23 mai 2006, par la rédaction

L’expédition d’Alger avait un enjeu économique, la maîtrise du commerce en Méditerranée, et une justification de politique intérieure : redorer le blason d’un gouvernement impopulaire.

Mais il se trouve encore des "nostalgériques" pour commémorer, le 25 mai 2006, le départ de la flotte de Toulon. L’occasion de développer le thème de l’Occident chrétien menaçé par la barbarie islamique, et de ranimer l’esprit de croisade.

Ci-dessous un large extrait de « La prise d’Alger », un article de Pierre Michelbach
 [1].

Le ministère Polignac, gouvernement ultra constitué par Charles X le 8 août 1829, était en butte à une telle impopularité dans le pays, l’opposition libérale y acquérait une telle audience, que l’affaire d’Alger, traitée quelque peu négligemment jusque-là, s’offrit à lui pour redorer son blason et préparer des élections favorables : le gouvernement « arrêta ses idées sur une expédition militaire qui offrît à la fois de la gloire à l’année, de grands avantages au pays, et qui vint frapper les imaginations par la grandeur et l’étrangeté de son but : la conquête d’Alger remplissait toutes ces conditions. On y trouvait tout le merveilleux des croisades, la nationalité de l’expédition d’Égypte, et l’éclat des victoires de Fernand Cortez.

« Elle délivrait l’Europe de la plus humiliante servitude ; elle servait la cause de la morale et de l’humanité ; elle devait offrir à l’agriculture, au commerce, à l’industrie et à la civilisation, d’immenses moyens de succès, et, à l’ambition, un des plus beaux pays du globe et les richesses d’une ville qui, depuis trois cents ans, enfouissait les trésors de la chrétienté et le fruit des rapines et des brigandages de ses habitants [2]. »

Le 2 mars 1830, lors de la séance d’ouverture de la Chambre, Charles X annonça officiellement sa décision : « Au milieu des graves événements dont l’Europe était occupée, j’ai dû suspendre l’effet de mon juste ressentiment contre une puissance barbaresque ; mais je ne puis laisser plus longtemps impunie l’insulte faite à mon pavillon ; la réparation éclatante que je veux obtenir, en satisfaisant à l’honneur de la France, tournera, avec l’aide du Tout-Puissant, au profit de la chrétienté. »

L’opposition libérale se mobilisa contre une expédition qui permettait au régime de sortir « des voies de la légalité » et de s’engager « sur la route incertaine de l’arbitraire et des ordonnances » à des fins de politique intérieure.

Bref, Alger [3] n’était qu’un prétexte, dont le but véritable était le renforcement du pouvoir. On dénonça cette expédition « liberticide ». On s’en prit aux hommes qui devaient en assumer le commandement, notamment à Bourmont, ministre de la Guerre, à qui échut la responsabilité des opérations. Et tout en se moquant de certaines précautions imaginaires (par exemple, se faire accompagner de quatre cents chiens pour goûter l’eau des citernes et des sources afin d’éviter les empoisonnements !), on rappelait que toutes les tentatives faites depuis trois siècles pour prendre Alger avaient échoué.

C’est dans une large mesure pour parer aux critiques de l’opposition que les services du ministère de la Guerre firent rédiger et imprimer un Aperçu historique, statistique et topographique sur l’État d’Alger, à l’usage de l’armée expéditionnaire d’Afrique, dont il fallait soigner le moral, prévenir les imprudences et satisfaire la curiosité. Un ouvrage de propagande, mais aussi une remarquable source historique qui nous livre un excellent résumé de ce qu’on savait, ou croyait savoir, de l’Algérie, en 1830.

Le guide distinguait nettement les différentes composantes du peuple d’Algérie - notamment les Turcs,« maîtres souverains du pays », qu’on aurait surtout à combattre, des autres éléments musulmans (Arabes, « Maures », Berbères), dont on pourrait gagner la sympathie. Mais ajoutait-il :« En général, les habitants des États d’Alger ont des moeurs fort corrompues ; ils témoignent aux étrangers beaucoup de brutalité et de hauteur, ce qu’il faut attribuer au manque d’éducation et à l’habitude de commander dans leur intérieur à des esclaves de toutes les nations [4]. »

Mention spéciale était faite des Juifs : « On fait remonter le séjour des Juifs dans le royaume d’Alger à l’époque de la destruction de Jérusalem par Vespasien [en 70 ap. J.-C.] ; mais le plus grand nombre vient des Juifs chassés de l’Europe au XIIIe siècle. Méprisé et maltraité par les Türcs, les Maures et les Arabes, ce malheureux peuple ne peut porter que des vêtements noirs. [...] A Alger, un quartier [leur] a été assigné, et il leur est défendu d’habiter ailleurs. »

Toutefois, il ne fallait pas confondre ce peuple misérable avec les « Juifs francs », en particulier ces Juifs originaires de Livourne, auxquels appartenaient les Bacri, protégés par le consul et jouissant de toutes les prérogatives des autres Européens.

Louis-Auguste-Victor de Bourmont, ministre de la Guerre, obtint donc le commandement de l’expédition, dont il organisa les préparatifs. L’homme n’avait pas bonne presse. C’était un ancien émigré de Coblence, qui avait fait la guerre de Vendée, avant de se retrouver dans l’armée napoléonienne. Ce que l’opinion publique ne lui pardonnait pas, c’était d’avoir fui l’armée irançaise à la veille de Waterloo, pour se réfugier auprès de Louis XVIII.

La flotte, une fois prête, compta 675 bâtiments (103 navires de guerre et 572 bâtiments de commerce). L’agitation était intense dans le port d’embarquement : « Les rues, les quais, les places publiques de Toulon étaient remplis de soldats, de matelots, de curieux, de marchands, de spéculateurs, et de toutes les catégories d’intrigants, d’usuriers, de fripons et de désoeuvrés qui se traînent à la suite des armées, dans l’espoir d’avoir part au butin, en se mettant à la remorque de quelques fournisseurs ou de quelques sous-traitants.

« La cohorte des cantiniers était la plus nombreuse ; jamais armée n’a dû être mieux approvisionnée : de Marseille, de Nantes, de Sète, de Nice et de tous les ports de la Catalogne, se disposaient à partir en même temps que l’escadre, des bâtiments chargés de vivres de toute espèce [...], si l’on ajoute à tous ces embarras accumulés dans Toulon, l’immense personnel des vivres et des hôpitaux et la légion d’interprètes pour l’intelligence des diverses langues de la côte d’Afrique, depuis l’arabe du Coran, , jusqu’au tuarick [langue touareg] du pays des Tibbous, on concevra aisément quelle idée de grandeur s’attachait à une entreprise qui mettait en mouvement tant d’ambitions, tant d’intérêts et tant d’intelligences [5]. »

Finalement, 37 000 hommes embarquèrent , du 11 au 18 mai, avec Bourmont pour chef. Le vice-amiral Duperré était responsable de la flotte. L’état-major était dirigé par le général Desprez.

Le 24 mai, les vents favorables permettaient le départ de l’expédition dans un concours d’allégresse : « A midi, la brise se fit belle et bonne [...]. Le départ, si longtemps retardé, devint un grand événement dont tout le monde voulait être témoin : quatre cents voiles
sortant à la fois de la belle rade de Toulon, étaient un spectacle qu’on n’avait jamais vu, et que très probablement on ne devait
jamais revoir.
[...]

« A cinq heures, La Provence se mit sous voile, et, à la chute jour, il ne restait plus un seul vaisseau dans ce port, qui, quelques
auparavant, contenait toute la marine française.
" Alger ! Alger !" criait-on de toutes parts, comme les Romains criaient " Carthage ! " »

A l’exception de l’Angleterre qui voyait d’un mauvais oeil le danger d’expansion française en Méditerranée, les puissances européennes dans leur ensemble donnèrent leur aval à une expédition qui leur promettait de les débarrasser des corsaires barbaresques tout en reprenant le drapeau de la croisade.

UNE « RIDICULE ESCARMOUCHE »

Le débarquement eut lieu à Sidi-Ferruch, le 14 juin 1830. Quelques coups de canon donnés par les Turcs furent sans suite : une « ridicule escarmouche ».

Toutefois, à six heures, la batterie turque se remettait en action :« Un matelot de La Surveillante eut la cuisse emportée dans sa chaloupe, un soldat du 20e eut les reins labourés par un boulet ; quelques autres accidents de ce genre furent les seuls éléments fâcheux du débarquement. »

En quelques heures, celui-ci était achevé ; la presqu’île de Sidi-Ferruch, une « langue de sable couverte de broussailles et de taillis », dominée par la tour de Torre-Chica, était investie par une trentaine de milliers d’hommes, arrivant à terre « en portant sur leur dos, outre le fourniment, cinq jours de vivres et une couverture. Ils pouvaient à peine marcher par la chaleur accablante qu’il faisait » [6].

Les Bédouins qui avaient assisté à leur arrivée avaient fui ; les pièces de canon des Turcs étaient prises. Le moral était celui de
vainqueurs, faisant « retentir l’air de mille cris et de mille chants de joie ; les soldats mangeaient et buvaient gaiement les rations qui leur avaient été distribuées à bord, en préparant le bivouac pour la nuit ».

On avait installé le quartier général à Torre-Chica. Bourmont s’installant carrément dans la mosquée, qui lui servait de cabinet et de salle à manger : « Il avait fait sa chambre à coucher de la chapelle où était le tombeau du santon. » Ce « santon », Ferruch, avait, au XVIIe siècle, à la suite d’un naufrage, construit là son ermitage. Après sa mort, le mausolée qu’on avait édifié, pour recevoir sa dépouille, était devenu un lieu de pèlerinage. Mais les « croisés » français ne s’embarrassaient pas de respect excessif pour la religion de leurs ennemis.

Cependant, la joie qui avait suivi le succès du débarquement ne put dissiper complètement l’inquiétude : « Presque tous nos soldats, écrit Rozet, se trouvaient pour la première fois devant l’ennemi, et n’étaient pas du tout tranquilles ; ce qu’on leur avait dit de l’activité guerrière des Arabes leur fit croire qu’ils seraient harcelés pendant toute la nuit... Les cris de chacals, qui leur étaient tout à fait inconnus, les surprirent beaucoup ; ils s’imaginèrent que c’étaient des cris de ralliement de l’ennemi : le bruit que ces animaux faisaient en courant dans les broussailles fit croire aux soldats qu’on venait les attaquer ; des coups de fusil Jurent tirés, plusieurs régiments prirent les armes avec une grande confusion, et firent feu les uns sur les autres, ce qui occasionna la perte de dix ou douze hommes. Heureusement, on s’aperçut bientôt de la méprise...  »

Le lendemain, à l’aube du 15 juin, les premiers engagements des tirailleurs avaient lieu : « Des masses d’Arabes arrivaient de tous les côtés ; les hauteurs de Staouëli en étaient couronnées... »

La presqu’île de Sidi-Ferruch se trouvait à vingt-sept kilomètres d’Alger. Entre les deux, le plateau de Staouëli, défendu par de nombreuses troupes du dey, représentait l’obstacle majeur, sur le chemin de la capitale. La milice turque avait été renforcée par des troupes fournies par le bey - chef de province - de Constantine et le bey d’Oran, et par les tribus kabyles. En tout, le dey pouvait compter sur cinquante mille hommes environ, qu’il avait placés sous le commandement de son gendre, l’agha (commandant en chef) Ibrahim.

ACTEURS DES MILLE ET UNE NUITS

Prendre Staouëli s’imposait. Mais, dans l’immédiat, les Français s’appliquaient à consolider leur position dans leur camp retranché et durent repousser les assauts ennemis. sans toutefois perdre le goût de vivre :« Les cantinières avaient déjà établi leur service sous des berceaux de feuillage, on pouvait se croire à une des jolies fêtes foraines des environs de Paris. »

Le 19 juin. les Turcs lancèrent leur attaque générale :« Une évaluation précise du nombre des combattants, accourus de tous les beyliks [provinces administratives] de la régence, qui fondit sur notre armée le 19 juin serait impossible. [...] Suivant les présomptions les plus vraisemblables, confirmées par les rapports postérieurs des Turcs, les deux divisions eurent affaire à environ quarante mille assaillants. [...]

« De tous ces combattants, un grand nombre était à cheval ; ce n’était pas une cavalerie, mais des bandes irrégulières de cavaliers tirailleurs, presque tous armés de longs fusils [7]. »

Bourmont paraissait dépassé lorsque le général Berthezène, pour dégager ses propres troupes, lui demanda de le laisser prendre d’assaut le camp de Staouëli - ce qui fut fait au prix d’une lutte sans merci : « Nos troupes s’étaient précipitées sur le camp de Staouëli, tandis que l’ennemi l’abandonnait avec la plus grande confusion. La sanglante cruauté des Algériens abattant, sans faire de quartier, toutes les têtes que le yatagan [sabre turc] rencontrait avait rendu de tristes représailles inévitables dans le feu de l’action [8]. »

Le combat laissait 57 morts et 473 blessés dans le camp français, mais la prise de Staouëli était décisive. La joie des soldats était d’autant plus vive qu’ils se partageaient ut splendide butin, après s’être emparés des 271 tentes du camp : « On se croyait acteur dans ni des merveilleux contes des Mille et Une Nuits  ; et, dès ce moment, la conquête d Alger s’offrit à toutes les imaginations sous les couleurs les plus brillantes. On ne rêvait plus que trésors, que harems et que palais [...]. Chaque bivouac, chaque tente avait des tapis turcs de grand prix ; nos soldats commençaient à jouir de quelques-unes des molles aisances de l’Orient. »

La prise de Staouëli n’ouvrit pas cependant la route d’Alger dans l’immédiat. Bourmont, en effet, attendait depuis plusieurs jours le convoi qui devait débarquer le matériel de siège. Le 25 juin. il était en vue, mais il fallut plus de quatre jours pour en finir avec les pièces d’artillerie.

LA CASBAH TOMBE AUX MAINS DES FRANÇAIS

Entre-temps, le dey avait pu regrouper ses troupes et lancer des attaques, le 24 juin à Sidi-Khalef, du 26 au 28 juin sur le plateau de Chapelle et Fontaine - attaques qui furent repoussées au prix de sérieuses pertes. Enfin, le 29 juin, les Français reprenaient leur marche sur Alger.

Le dernier obstacle restait une forteresse, le château de l’Empereur, situé à un peu plus d’un kilomètre de la Casbah [9], tenue par une garnison composée de Turcs et d’Arabes - environ deux mille hommes.

Le 4 juillet, Bourmont commanda l’assaut, après un bombardement de la forteresse, cinq heures durant. Les Turcs préférèrent faire sauter la place eux-mêmes ; leur principale défense leur était enlevée. Alger ne pouvait plus opposer de résistance. Prise de panique à la nouvelle de la chute du château de l’Empereur, une bonne partie de la population algéroise fuit la ville. Mais Bourmont fit parvenir au dey, le 5 juillet 1830, la convention suivante : « Le fort de la Cassauba [Casbah], tous les autres forts qui dépendent d’Alger, et le port de la ville seront remis aux troupes françaises le 5 juillet à dix heures du matin (heure française).

« Le général en chef de l’armée française s’engage envers Son Altesse le dey d’Alger à lui laisser la libre possession de tout ce qui lui appartient personnellement.

« Le dey sera libre de se retirer, avec sa famille et ce qui lui appartient, dans le lieu qu’il fixera ; et, tant qu’il restera à Alger, il sera, lui et toute sa famille, sous la protection du général en chef : une garde garantira la sûreté de sa personne et celle de sa famille.

« Le général en chef assure à tous les soldats de la milice les mêmes avantages et la même protection. L’exercice de la religion mahométane restera libre. La liberté des habitants de toutes classes, leur religion, leurs propriétés, leur commerce et leur industrie ne recevront aucune atteinte ; leurs femmes seront respecrées ; le général en chef en prend l’engagement sur l’honneur.

« L’échange de cette convention sera fait avant dix heures du matin ; et les troupes françaises entreront aussitôt après dans la Cassauba, et successivement dans tous les autres forts de la ville et de la marine. »

Malgré son entourage, le dey fit savoir à Bourmont qu’il acceptait de signer, faisant seulement retarder de deux heures la reddition. A midi donc, les troupes françaises faisaient leur entrée dans Alger.

La presse parisienne dénonça le pillage de la ville par la soldatesque. Les acteurs et témoins de l’occupation d’Alger eurent tendance à minimiser les faits dans leurs mémoires. Ainsi D’Ault-Dumesnil cite-t-il l’intendant en chef Dennicé : « Jamais dans aucune de nos campagnes une ville n’a été occupée avec tant de ménagement. Pas un seul officier, pas un soldat n’a franchi le seuil de la demeure d’un Maure, d’un Turc ou d’un Juif, et la ville d’Alger n’a pas même subi la charge d’un logement militaire. »

Mais doit-il ajouter : « Nous ne prétendons pas que quelques vols honteux n’aient point été commis par des gens de la suite des officiers généraux et autres. Nous savons que quelques désordres particuliers ont eu lieu ; nous savons aussi que des autruches ont été plumées ...  » [10]

TAPIS, BIJOUX ET COFFRES EN BOIS DE ROSE

Un témoin avoue : « Le quartier général, l’état-major et l’intendance furent installés dans la Cassauba. L’intérieur de ce palais n’avait de remarquable que le sérail. Dans de longues galeries soutenues par des colonnes de marbre et décorées d’arabesques, étaient abandonnés et confondus sans ordre des tapis, des étoffes de soie, des robes riches de broderie, des voiles de gaze, quelques bijoux de peu de valeur, et des coffres de bois de rose artistement travaillés et remplis de parfums.

« Ces objets n’avaient plus de maîtres : le lieu où ils étaient trouvés en faisait le seul prix. Des officiers de tout grade crurent pouvoir, sans manquer à l’honneur, rapporter à leurs familles, à leurs sceurs, à leurs femmes un souvenir d’Alger [11] ... »

Petits souvenirs de voyage qui mobilisèrent tout de même les douaniers français à qui l’on ordonna de fouiller les officiers à leur retour !

Du trésor d’Alger, composé de stocks d’or et d’argent principalement, estimé à cent millions de francs, c’est seulement moins de la moitié qui parvint aux caisses de l’État - une bonne partie du reste ayant abouti dans la cassette personnelle de Louis-Philippe, selon Pietri, le préfet de police de Napoléon III. Cadeau royal et involontaire de Charles X, qui dut lui abandonner aussi le trône.

La prise d’Alger n’eut en effet aucune influence sur le drame qui se jouait à Paris, car déjà la Restauration vacillait. Le nouveau régime de Louis-Philippe, établi en juillet 1830, remplaça Bourmont par Clauzel. Restait à savoir ce qu’on allait faire de la conquête. Bugeaudi [12], son successeur, devait écrire, quelque temps plus tard, à un ami : « La Restauration se targue de nous avoir donné l’Algérie, elle ne nous a donné qu’Alger et elle nous a fait un funeste présent. Je crains qu’il ne soit pour la monarchie de Juillet ce que l’Espagne a été pour l’Empire. Avec une nation qui se paye de grands mots et qui a la velléité des grandes choses avec les petites passions et la parcimonie des épiciers, on ne saura prendre aucun grand parti sur l’Afrique [13]. »

C’était assez bien vu, quand on sait la suite de l’histoire.

Du côté des vaincus, après le départ en exil du dey à Naples, la résistance algérienne commençait. Dès le 23 juillet, réunis au bordj (fortin) de Tementfous, les représentants des tribus algériennes refusaient de faire leur soumission. La conquête de l’Algérie ne faisait que commencer :

« La mort vaut bien mieux que la honte.
Si la mère des villes est prise,
Que vous restera-t-il, Ô musulmans ?
 » [14]

Joseph Bellange : Attaque de la Mouzaïa le 12 mai 1840.

La résistance algérienne, chantée par le poète, entamait sa longue histoire.


[1Agrégé d’histoire et spécialiste d’histoire sociale, Pierre
Michelbach travaille sur l’histoire des luttes ouvrières.

Cet article a été publié dans Les collections de l’Histoire, n° 11, avril 2001, « Le temps des colonies ».

[2Idem.

[3Officiellement, la régence d’Alger était une province de l’Empire ottoman, bénéficiant d’une large autonomie, sous l’autorité d’un pouvoir militaire exercé par un dey.

[4Aperçu historique ..., op.cit.

[5J.-T. Merle, op. cit..

[6C.-A. Rozet, op. cit.

[7E. D’Ault-Dumesnil, De l’expédition d’Afrique en 1830, Paris l832.

[8Idem.

[9C’est le coeur historique et la ville haute, siège de la citadelle et du palais du bey d’Alger.

[10E. D’Ault-Dumesnil, op. cit.

[11Th. de Quatrebarbes, Souvenirs de la campagne d’Afrique, Angers, 1831.

[12Nommé commandant de la garnison d’Oran en 1836, puis gouverneur général d’Algérie, poste qu’il occupe jusqu’en 1846, le général Bugeaud est le principal artisan de la conquête de l’Algérie.

[13Maréchal Bugeaud, Lettres inédites, Paris, 1923.

[14Général Daumas, Moeurs et coutumes de l’Algérie, Paris, 1923.