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l’évangile des sans-papiers, par Emmanuel Terray

vendredi 9 septembre 2011

« Heureux les pauvres car le royaume des cieux est à eux », et à l’entrée de ce royaume, on ne leur demandera pas de papiers. « Heureux les affamés et assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés », même s’ils n’ont pas de papiers. Le mari et la femme doivent vivre ensemble et peu importe que l’un ait des papiers et l’autre pas, car il ne faut pas séparer ceux que Dieu a unis. Dieu a fait la terre pour tous les hommes et les hommes sont partout chez eux sur la terre. Car la terre est l’œuvre de Dieu, mais les frontières sont l’œuvre des hommes, et quand elles deviennent des barrières, elles sont l’œuvre du démon.

L’Evangile des sans-papiers

Paraphrase des évangiles de la nativité, par Emmanuel Terray, 1997  [1]

En ce temps-là, vivait à Nazareth en Galilée un homme appelé Joseph. Joseph était charpentier et il venait de se marier avec une jeune femme qui s’appelait Marie. Or, il advint, en ces jours-là, que parut un édit de César-Auguste ordonnant le recensement de tout le monde habité. Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville.

Joseph fut convoqué au commissariat de police de Nazareth et il fut conduit devant l’inspecteur. Alors l’inspecteur lui dit : « Joseph, n’est-il pas vrai que tu n’es pas d’ici et que ta famille vient de Bethléem en Judée ? » - C’est vrai, répondit Joseph.

L’inspecteur dit alors à Joseph : « Il faut que tu partes pour Bethléem te faire établir tes papiers. Sans ces papiers, tu ne peux pas vivre et travailler parmi nous comme tu l’as fait jusqu’à présent. » Joseph dit : « Ma jeune femme est enceinte et le terme est proche. Ne peux-tu m’accorder une prolongation jusqu’à ce que l’enfant soit né ? Ensuite nous partirons pour Bethléem comme tu me le demandes. »

Mais l’inspecteur répondit : « Je ne veux pas le savoir et la loi est la loi. Si tu ne te mets pas en route immédiatement, je te ferai reconduire à la frontière par mes hommes et jamais tu ne pourras revenir ici. »

Alors Joseph se mit en route avec Marie et, après quelques jours de voyage, ils arrivèrent à Bethléem. Comme Marie était fatiguée, Joseph alla frapper à la porte d’un hôtel et demanda une chambre afin que Marie puisse se reposer. L’hôtelier lui dit : « Donne-moi tes papiers pour que je puisse t’enregistrer ». Joseph répondit : « Je n’ai pas de papiers ; je viens justement à Bethléem pour qu’on m’en établisse. » Alors l’hôtelier dit à Joseph : « Si tu n’as pas de papiers, je ne peux pas te loger. Va-t-en, je ne peux rien pour toi » Et tous les hôteliers de la ville lui firent la même réponse.

Et voici que Marie ressentit soudain les premières douleurs de l’enfantement. Alors Joseph la conduisit à l’hôpital pour qu’elle puisse y accoucher. Mais, à l’entrée de l’hôpital, le gardien dit à Joseph : « Donne-moi tes papiers, pour que je m’assure que tu es en règle et que je peux accueillir ta femme. » Joseph répondit : « Je n’ai pas de papiers, je viens justement à Bethléem pour qu’on m’en établisse. » Alors le gardien dit à Joseph : « Si tu n’as pas de papiers, je ne peux accueillir ta femme. Va t-en, je ne peux rien pour toi. »

A la fin, Joseph trouva une étable ouverte et il y installa Marie. Et c’est là que Marie mit au monde un fils qui fut appelé Jésus. Et les bergers des environs lui apportèrent du lait et des langes, car eux non plus, ils n’avaient pas de papiers et ils comprenaient la situation de Joseph et de Marie.

Et voici qu’Hérode, gouverneur de Judée fut soudain pris de peur. Comme Joseph et Marie, beaucoup d’hommes et de femmes étaient venus de très loin jusqu’en Judée pour se faire recenser. Alors Hérode réunit ses conseillers et leur dit : « Si tous ces gens-là restent en Judée au lieu de repartir chez eux, ils vont manger le pain et prendre le travail, de mes sujets. Ils feront des enfants ; à la fin ils seront plus nombreux que nous et nous ne serons plus les maîtres chez nous. Pour empêcher cela, je vais faire une grande rafle et les chasser d’ici ; quant aux enfants, je les ferai disparaître. »

Un soir que Joseph s’était assis devant l’étable où il habitait, il vit dans le lointain la troupe de policiers d’Hérode qui s’approchaient de Bethléem. Alors il rentra dans l’étable et dit à Marie : « Prends l’enfant et partons, sinon il va nous arriver malheur. » Aussitôt ils prirent le chemin de l’Egypte et c’est ainsi qu’ils échappèrent à la rafle d’Hérode. Ils demeurèrent en Egypte jusqu’à ce que César Auguste et Hérode disparaissent et soient remplacés par des souverains meilleurs et plus justes. Alors, ils revinrent en Galilée. Mais Jésus n’oublia jamais ce qui s’était passé au moment de sa naissance.

C’est ce dont témoigne son enseignement : « Heureux les pauvres car le royaume des cieux est à eux », et à l’entrée de ce royaume, on ne leur demandera pas de papiers. « Heureux les affamés et assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés », même s’ils n’ont pas de papiers. Le mari et la femme doivent vivre ensemble et peu importe que l’un ait des papiers et l’autre pas, car il ne faut pas séparer ceux que Dieu a unis. Dieu a fait la terre pour tous les hommes et les hommes sont partout chez eux sur la terre. Car la terre est l’œuvre de Dieu, mais les frontières sont l’œuvre des hommes, et quand elles deviennent des barrières, elles sont l’œuvre du démon.

La loi de Dieu tient en un seul commandement :
« Aimez-vous les uns les autres, avec, ou sans papiers,
vous ferez ainsi la volonté de Dieu.
 »


Maternité, Chagall, 1954

[1Source : Diocèse d’Arras repris par Resf.