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l’efficacité d’un préfet évaluée par les chiffres

jeudi 23 septembre 2010

A la suite d’une journée d’évaluation du service étrangers de la préfecture au début du mois de juillet dernier, le ministère de l’Immigration a estimé que les résultats de la préfecture des Hauts-de-Seine étaient très insuffisants en ce qui concerne les reconduites à la frontière : au cours de l’année 2009, les services préfectoraux n’ont prononcé « que » 436 mesures d’éloignement. Pour sa défense, le préfet Patrick Strzoda invoque la «  résistance des juges et des consuls ».

En revanche, l’administration centrale ne pourra que féliciter ce préfet de son efficacité au sujet des campements illégaux de Roms : répondant aux injonctions du président de la République, il a fait démanteler en moins d’un mois et demi les quatre campements recensés dans le département.

Hauts-de-Seine : la préfecture poussée à expulser plus

Le ministère de l’Immigration estime que la préfecture de Nanterre n’a pas opéré suffisamment de reconduites à la frontière l’an dernier.

par Gaëtane Bossaert, LeParisien.fr, le 22 septembre 2010


Pas assez zélée, la préfecture de Nanterre. Le ministère de l’Immigration considère qu’en matière de reconduite à la frontière, dans les Hauts-de-Seine, le compte n’y est pas. Cette remontrance a été adressée au préfet Patrick Strzoda dans un courrier qu’il a reçu la semaine dernière.

La missive, émanant du secrétaire général du ministère, fait le bilan d’une journée d’évaluation qui s’est déroulée au sein du service étrangers au début du mois de juillet dernier. Au cours de cette visite, les représentants ministériels ont passé en revue toutes les procédures et examiné les dernières statistiques.

Si plusieurs domaines leur ont donné satisfaction, notamment en matière d’accueil des étrangers, la question de « l’éloignement » pose manifestement souci. Les griefs du ministère s’appuient sur l’examen des chiffres de 2009, qui marquent « un point bas », note le secrétaire général du ministère.

Avec 436 décisions, les Hauts-de-Seine ne représentent « que » 5,4% des mesures d’éloignement prises en Ile-de-France. Un chiffre en deçà des objectifs, notamment parce que le nombre des « reconduites forcées » — par opposition aux départs volontaires — est, toujours aux yeux du ministère, en proportion insuffisante. Evidemment, un tel discours ulcère les militants de Réseau éducation sans frontières (RESF), régulièrement mobilisés pour tenter d’éviter des expulsions. « Cette façon de compter les gens et de fixer des objectifs quantitatifs, ça ne sent vraiment pas bon, réagit Richard Moyon, l’un des porte-parole de RESF. C’est aussi une façon scandaleuse de mettre la pression sur la machine administrative et policière. Peut-être que le préfet ne réalise pas ses objectifs car il rencontre une certaine résistance. Dans le département, chaque expulsion de lycéen, de jeune majeur ou de parent d’enfant scolarisé donne lieu à des réactions systématiques. »

Du côté du centre administratif, on pointe plutôt l’attitude des juges des libertés et de la détention, saisis lorsque les étrangers sont placés dans les centres de rétention , et qui annulent les procédures de la préfecture. « Si on ne fait pas assez d’éloignement, c’est par résistance des juges et des consuls, estime le préfet. Côté juges, « nos décisions sont systématiquement annulées par le tribunal de Bobigny, et pour moitié par celui de Paris », souligne Patrick Strzoda. Quant aux consuls, désormais, ils n’accordent plus qu’au compte-gouttes les laisser-passer — nécessaires pour que leurs ressortissants sans passeport puissent réintégrer le territoire.

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Hauts-de-Seine : Les camps roms ont tous été démantelés

Cet été, les quatre camps roms encore recensés dans le département ont été évacués. Sur leurs 146 occupants, 28 ont été reconduits dans leur pays d’origine. Les autres sont dans la nature.

par Valérie Mahaut avec Jérôme Bernatas, LeParisien.fr, le 10 septembre 2010


Répondant illico aux injonctions du président de la République, le préfet des Hauts-de-Seine, Patrick Strzoda, a fait évacuer tous les camps roms du département au cours de l’été. En moins d’un mois et demi, les quatre campements encore recensés dans les Hauts-de-Seine ont été démantelés. « Avec l’assentiment, voire à la demande pour certains, des maires des communes concernées », précise un haut fonctionnaire de la préfecture.
Ces quatre bidonvilles étaient implantés à Asnières, Gennevilliers, Nanterre et Châtenay-Malabry. Des villes administrées par des élus de gauche, sauf pour Châtenay-Malabry dont Georges Siffredi est le maire UMP. D’ailleurs, Yves Doucet, membre du collectif des droits de l’homme Romeurope, qui a soutenu les Roms ayant occupé la colline Rodin à Meudon en 2008, déplore l’indifférence des élus locaux. « Qu’ont-ils fait ? Ils ont fermé les yeux et donné la main à la préfecture des Hauts-de-Seine pour agir. »

Des familles se sont réinstallées à Châtenay

« Fin juillet, quand le gouvernement a décidé de faire évacuer les camps roms, il a assigné un objectif de 50% dans les trois mois », rappelle-t-on à la préfecture. Pour répondre aux exigences ministérielles dictées par Nicolas Sarkozy, les autorités départementales devaient donc supprimer deux des quatre zones d’habitations sauvages. Le département fait donc figure de très bon élève : les 146 personnes recensées dans ces bidonvilles ont toutes quitté les lieux. Si leurs cabanes ont disparu avec elles à Châtenay-Malabry, dès la fin juillet, certaines familles se sont d’ores et déjà réinstallées discrètement un peu plus loin. Cette fois, sous des tentes.

Concrètement, pour mener à bien sa mission, la préfecture a dépêché la police dans les bidonvilles pour relever l’identité de tous les occupants des camps, situés pour la plupart en bordure d’autoroute ou le long des bretelles d’accès. Tout en les informant que le camp serait évacué huit à dix jours plus tard. Mais les personnes, étant sous le coup d’une interdiction du territoire, ont été aussitôt interpellées et conduites au centre de rétention administrative avant d’être escortées jusqu’à l’aéroport. Huit d’entre elles ont ainsi pris l’avion. En situation irrégulière parce qu’elles étaient en France sans disposer d’un visa valide, 25 de ces 146 personnes se sont vu délivrer une « obligation de quitter le territoire français » (OQTF). Elles ont alors un mois pour quitter la France.

Mais c’est seulement si elles sont contrôlées au-delà de ces quatre semaines qu’elles seraient raccompagnées, elles aussi, à l’aéroport. Vingt personnes ont choisi la formule « départ volontaire » avec le pécule de 300 € fourni par l’Etat. Les autres, soit plus de 90 personnes, sont dans la nature... dans un autre camp d’Ile-de-France ou à la recherche d’un nouvel abri. « Lors de la première visite, nous avions pris l’engagement d’héberger les personnes malades, âgées, et les couples avec enfants en bas âge pour une nuit dans une chambre d’hôtel, précise encore la préfecture. C’est ce qui a été fait pour quatre personnes. »