Histoire coloniale et postcoloniale

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l’autre 8 mai 1945 : Sétif, Guelma, Kherrata...

lundi 7 mai 2012, par la rédaction

Il y a 67 ans : les massacres du 8 mai 1945 dans le Nord-Constantinois.

Kateb Yacine, collégien à l’époque, est témoin oculaire à Sétif : « Je témoigne que la manifestation du 8 mai était pacifique. En organisant une manifestation qui se voulait pacifique, on a été pris par surprise. Les dirigeants n’avaient pas prévu de réactions. Cela s’est terminé par des dizaines de milliers de victimes. » (lire la suite)
À Guelma, les milices préfigurent l’OAS – voir l’article de Jean-Pierre Peyroulou.

À Marseille un colloque, le 12 mai 2012, commémorera les événements.

La guerre d’Algérie a commencé à Sétif [1]

Le 8 mai, le Nord-Constantinois, délimité par les villes de Bougie, Sétif, Bône et Souk-Ahras et quadrillé par l’armée, s’apprête, à l’appel des AML [Amis du Manifeste et de la liberté ] et du PPA [Parti du peuple algérien de Messali Hadj], à célébrer la victoire des alliés. Les consignes sont claires : rappeler à la France et à ses alliés les revendications nationalistes, et ce par des manifestations pacifiques. Aucun ordre n’avait été donné en vue d’une insurrection. On ne comprendrait pas sans cela la limitation des événements aux régions de Sétif et de Guelma. Dès lors, pourquoi les émeutes et pourquoi les massacres ?

La guerre a indéniablement suscité des espoirs dans le renversement de l’ordre colonial. L’évolution internationale les conforte. Les nationalistes, PPA en tête, cherchent à précipiter les événements. De la dénonciation de la misère et de la corruption à la défense de l’islam, tout est mis en œuvre pour mobiliser. [...]

Chez les Européens, une peur réelle succède à l’angoisse diffuse. Malgré les changements, l’égalité avec les Algériens leur reste insupportable. Il leur faut coûte que coûte écarter cette alternative. Même la pâle menace de l’ordonnance du 7 mars 1944 [relative au statut des Français musulmans d’Algérie] les effraie. Leur seule réponse, c’est l’appel à la constitution de milices et à la répression. Ils trouvent une écoute chez Pierre-René Gazagne, chez le préfet de Constantine Lestrade Carbonnel et le sous-préfet de Guelma André Achiary, qui s’assignent pour but de « crever l’abcès ».

A Sétif, la violence commence lorsque les policiers veulent se saisir du drapeau du PPA, devenu depuis le drapeau algérien, et des banderoles réclamant la libération de Messali Hadj et l’indépendance. Elle s’étend au monde rural, où l’on assiste à une levée en masse des tribus. A Guelma, les arrestations et l’action des milices déclenchent les événements, incitant à la vengeance contre les colons des environs. Les civils européens et la police se livrent à des exécutions massives et à des représailles collectives. Pour empêcher toute enquête, ils rouvrent les charniers et incinèrent les cadavres dans les fours à chaux d’Héliopolis. Quant à l’armée, son action a fait dire à un spécialiste, Jean-Charles Jauffret, que son intervention « se rapproche plus des opérations de guerre en Europe que des guerres coloniales traditionnelles ».

Mohammed Harbi


Marseille : commémoration des massacres du 8 mai 1945 en Algérie [2]

Conférence-débat organisée par l’Espace Franco-Algérien PACA

Samedi 12 mai 2012 de 13h à 17h

Maison de la Région – 61, Canebière, Marseille 1er

  • Dalila AIT EL DJOUDI, Historienne : Le 8 mai rappel historique
  • Gilles MANCERON, Historien : Les grandes dates oubliées de la colonisation algérienne
  • Jean-Luc EINAUDI, Historien : Témoignage
    17 octobre 1961
  • Mehdi LALLAOUI, Réalisateur : Immigration, post colonialisme, les mouvements de lutte

La compagnie Mémoires vives rend hommage aux victimes :

Le 24 mai 2012, la compagnie donnera deux représentations à Gardanne (Bouches du Rhône) : à 14h30 et 20h30.