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l’atlas des migrants en Europe

dimanche 2 décembre 2012

Chaque année, des milliers de candidats à l’exil fuient leur pays en guerre ou en crise pour rejoindre l’Europe, certains à bord d’embarcations de fortune surchargées et défaillantes. Des centaines d’entre eux n’y parviendront jamais et y laisseront leur vie, par noyade ou épuisement.

Face au prétendu « danger » que représentent ces migrants selon nombre de dirigeants, la militarisation des frontières européennes, notamment au sud et à l’est, et le renforcement des contrôles apparaissent aujourd’hui comme les seuls mots d’ordre. Et, en ce début de XXIe siècle, traversé par une crise économique de grande ampleur, la situation ne semble pas près de s’améliorer.

Depuis dix ans, Migreurop, réseau européen d’associations, de chercheurs et de militants, fait connaître, analyse et dénonce la généralisation de l’enfermement des étrangers dépourvus de titre de séjour et l’externalisation des contrôles, qui sont au cœur de la politique migratoire de l’Union européenne [1].

La nouvelle édition de son Atlas des migrants en Europe propose une évaluation critique des politiques européennes d’asile et d’immigration établies depuis les années 1980 : délivrance problématique des visas « Schengen », délocalisation des contrôles frontaliers dans les pays voisins (Libye, Turquie ou Ukraine), opérations de l’agence européenne Frontex pour intercepter les « indésirables », construction de murs comme en Grèce, multiplication des formes d’enfermement des étrangers, organisation régulière de « charters » pour les expulsions… autant de dispositifs qui dressent toujours plus d’obstacles à l’immigration dans le territoire de l’Union.

Atlas des migrants en Europe. Géographie critique des politiques migratoires
Réseau Migreurop
, éd. Armand Colin, 2e édition, novembre 2012, 144 p., 19.50€


De Sangatte à Choucha, le grand enfermement des migrants [2]

Pour 2012, « près de 420 lieux d’enfermement » de migrants sans titre de séjour ont été recensés dans l’Union européenne et plusieurs pays voisins par le réseau Migreurop qui en dresse la carte.

Chaque année, dans l’Union européenne (UE) et chez ses voisins, des centaines de milliers d’enfants, de femmes et d’hommes sont enfermés ou mis à l’écart au seul motif qu’ils ne disposent pas d’un titre de séjour en règle. Pour la seule année 2009, on dénombrait, rien que sur le territoire de l’UE, près de 600 000 personnes « sans-papiers » enfermées dans l’attente d’une expulsion, sans compter celles et ceux qui sont détenus à leur arrivée dans un Etat membre, dans l’attente d’être refoulés (près de 500 000 en 2009 pour les 27 pays de l’UE) ou relégués dans des campements informels (jungles de la région de la région de Calais, tranquilos de la région d’Oujda au Maroc), voire détenus dans les pays voisins de l’Union (Turquie, Libye, etc.).

Depuis dix ans, le réseau Migreurop tente d’identifier ces lieux, dont il n’existe nul recensement officiel, afin de faire prendre conscience à la société civile de cette réalité. La cinquième version de la Carte des camps en Europe et dans les pays méditerranéens que Migreurop publie ici montre qu’ils se multiplient.

Près de 420 lieux d’enfermement ont ainsi été dénombrés, et ce alors qu’aucune information précise n’est disponible pour l’Algérie, la Tunisie, la Jordanie et la Syrie, pas plus que pour que l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Russie et la Biélorussie, pays éligibles à la politique européenne de voisinage (PEV) et/ou ayant signé un accord de réadmission communautaire. En 2012, la capacité totale connue – soit un peu plus de la moitié des camps recensés par Migreurop – est d’environ 37 000 places. Mais ce chiffre ne traduit qu’une partie de la réalité. D’une part, dans beaucoup de centres, le nombre de personnes effectivement détenues est supérieur à la capacité d’accueil théorique. D’autre part, les autorités ont recours à une multitude d’autres lieux qui ne figurent pas dans les listes officielles (campements informels, locaux (aéro)portuaires, bateaux de la marine marchande, etc.).

Les difficiles conditions matérielles de vie auxquelles les étrangers détenus sont confrontés les dissuadent de rester sur le territoire du pays dans lequel ils se trouvent. Ce fut le cas au cours des trois années d’existence du camp de Sangatte (octobre 1999-décembre 2002) dont le dixième anniversaire de la destruction est actuellement rappelé par diverses manifestations dans la région de Calais. C’est encore le cas à Choucha, au sud de la Tunisie, près de la ville frontière de Ben Guerdane, où des centaines de personnes ayant fui la Libye en 2011 restent bloquées. Qu’il s’agisse des camps qui se répandent aux frontières de l’Europe ou des lieux « officiels » de détention, la stratégie des autorités est la même : placer les migrants hors de l’espace public de telle façon que ce qui se passe à l’intérieur ne soit pas connu à l’extérieur.

Comme Sangatte il y a dix ans, la fermeture du camp de Choucha est annoncée pour 2013. Au nom de la même politique de dissuasion et d’exclusion, les autorités tunisiennes, sous la houlette de l’UE et avec la bénédiction du Haut Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés (HCR), s’apprêtent à abandonner des femmes et des hommes qui ne peuvent retourner dans leur pays d’origine, ni en Libye où la gravité des exactions envers les exilés n’a pas cessé depuis la fin de la guerre [3]. Pour rappel, c’est dans un contexte similaire que le HCR avait, en 2002, offert son concours aux gouvernements français et britanniques pour « clarifier la situation des étrangers dans le camp » de Sangatte. On connaît le sort qui est, depuis, réservé aux milliers de femmes et d’hommes qui transitent par la région de Calais : vivre à la rue dans des conditions dégradantes sous le harcèlement quotidien des policiers.

Quotidiennement, les victimes de ces injustices tentent de percer le mur de silence dont on veut les entourer. C’est le cas à Choucha en Grèce, dans le camp de Komotini où près de 500 migrants protestent contre leurs conditions de détention [4]. Entre 2010 et 2012, plusieurs centaines de manifestations de révolte ou de désespoir (grèves de la faim, incendies, automutilations) ont été recensées par Migreurop. En Italie, en 2011, un père de famille marocain s’est suicidé dans le CIE (centre d’expulsion) de Milan, deux Tunisiens (à Bologne et à Rome) se sont cousus la bouche pour s’opposer à leur déportation et près d’une trentaine de tentatives de suicide ont eu lieu dans le camp de Lampedusa. Ces actes dramatiques constituent les seuls moyens d’expression de celles et ceux que les politiques migratoires condamnent à l’invisibilité. Au-delà, ils montrent que les murs derrière lesquels on veut les rendre inaccessibles au regard extérieur font aussi obstacle au respect des droits, et du droit.

Ce sont ces murs et ces obstacles que le réseau Migreurop veut contribuer à faire tomber, en donnant à voir la réalité cachée de l’enfermement des migrants.

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La cinquième édition de la Carte des Camps établie par Migreurop (novembre 2012)


Cliquez sur la carte pour l’agrandir.



[1Extrait du 4e de couverture de l’éditeur : http://www.armand-colin.com/livre/3....

[2Publié le
30 novembre 2012 sur le site Mediapart.fr : http://blogs.mediapart.fr/edition/l....

[3Voir le rapport conjoint Migreurop-FIDH, Libye en finir avec la traque des migrants, daté du 11 octobre 2012.

[4Voir l’article http://www.ekathimerini.com/4dcgi/_... du du 23 novembre 2012.