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l’Adimad se bat pour “rétablir la vérité sur le juste combat de l’Algérie française”

mercredi 5 décembre 2007

Pour l’Association amicale pour la Défense des Intérêts Moraux et matériels des Anciens Détenus politiques et exilés de l’Algérie française (Adimad),

  • les tentatives de réhabilitation de l’OAS ressortissent à la défense des « intérêts moraux »,
  • le vote de l’article 13 de la loi du 23 février 2005 est du domaine de la défense des « intérêts matériels ».

Ci-dessous une présentation de cette association [sauf précision contraire, les informations proviennent du site internet de l’Adimad].

[Page mise en ligne le 11 juillet 2005, revue et mise à jour le 5 décembre 2007]

Le site internet de l’Adimad — il possède deux adresses internet www.adimad.com et www.adimad-oas.com — annonce la couleur. On y est en effet accueilli par un texte de son président, Jean-François Collin, ancien conseiller municipal FN de Hyères (83) et instigateur de la tentative d’assassinat sur son lit d’hôpital à Paris le 18 février 1962 du résistant et déporté Yves Le Tac : « Bienvenue sur le site de l’Adimad, vitrine du juste combat de l’Algérie française. [...] L’Adimad c’est aussi un instrument de combat contre la désinformation, le mensonge érigés en dogme. L’Adimad est absolument apolitique mais lutte de toutes ses forces contre les gaullistes, les communistes, les porteurs de valises... ».

Médaille diffusée par l’ADIMAD.

Un bref historique de l’Adimad

Un projet d’association des Anciens Détenus Politiques de l’Algérie française, est envisagé, en 1965, à la prison de la Santé. Il reçoit l’assentiment du général Salan. En fait, deux associations seront créées.

Le 14 novembre 1967, une association “Adimad de la Région Parisienne” est déclarée à la Préfecture de Police de Paris [1]. La présidence sera assurée successivement par le colonel Bertrand de Sèze (à compter du 3 décembre 1966), puis par le colonel Jean Gardes, le capitaine Jean Assémat, Guy Lamarque et Jean Favarel.

Parallèlement, Jean-Paul Piclet, à la demande du général Salan, déclare le 16 avril 1968 [2] une “ Adimad des Bouches du Rhône”, qu’il préside à compter de janvier 1968. Jean-François Collin lui succède à compter du 23 janvier 2000.

L’Adimad des Bouches du Rhône se transformera en Adimad Sud [3]. Et, le 22 novembre 2003, l’Adimad RP et l’Adimad Sud décident de ne plus former qu’une seule association dénommée Adimad, dont Jean-François Collin sera élu président.

La stèle de Perpignan.

Les “actions ponctuelles” revendiquées par l’Adimad

Deux stèles ont été érigées par l’Adimad dans le midi méditerranéen : la première à Perpignan est dédiée aux “ fusillés et combattants morts pour l’Algérie française ”, l’autre à Marignane rend hommage aux “ combattants tombés pour que vive l’Algérie française

La stèle de Marignane (cliché du 7 juillet 2005)

Les manifestations organisées par l’Adimad pour les inaugurations, le 5 juillet 2003 à Perpignan, le 6 juillet 2005 à Marignane, et celles qui se déroulent chaque année lors des anniversaires, ne manquent pas de provoquer des réactions indignées de la part de ceux que scandalisent ces hommages illégitimes à d’anciens activistes.

L’Adimad recense d’autres monuments dans une liste intitulée “Nos monuments de mémoire” : la plaque Notre-Dame d’Afrique à Théoule, la stèle du cimetière de Béziers, la stèle du cimetière de Pérols (Hérault), le « monument de Toulon, place d’Italie, inauguré par le Général Jouhaud, Arreckx, Dominati, Gaudin, Paecht... » [4]

L’Adimad se glorifie également de la suppression de plaques commémorant le cessez-le-feu en Algérie :

Suppression d’une plaque d’une place du 19 mars.

La défense des “intérêts matériels”

Bien que ses membres ne soient pas tous rapatriés ou descendants de rapatriés d’Algérie, l’Adimad fait partie du « lobby pied-noir » dont de nombreuses revendications ont été satisfaites par la loi du 23 février 2005. En particulier, son article 13 a permis — au nom du principe d’égalité ! — d’indemniser des « exilés politiques » de l’OAS « qui ont interrompu leur activité professionnelle pour se réfugier à l’étranger et qui ont de ce fait perdu leurs annuités de retraite ». Mais l’Adimad n’est pas encore satisfaite : « Nous essayons actuellement d’élargir aux détenus l’application de cette loi. […]
Nous sommes bien loin d’avoir obtenu ce que la plus élémentaire justice doit à nos camarades. La lutte continue… »

Encore des intérêts moraux

L’Adimad demande également que la loi du 23 février 2005 soit complétée en interdisant :
- « toute injure ou diffamation commise envers des citoyens ayant respecté la constitution et défendu l’intégrité du territoire national de 1954 à 1968,
- « toute apologie des terroristes, de leurs complices, des crimes et tortures commis contre ceux qui se sont opposés à l’abandon de l’Algérie française,
- « toute atteinte à la plénitude des droits des citoyens (notamment le droit d’élever des monuments consacrés aux Morts pour la France et de commémorer leur sacrifice). »

L’Adimad a été admise « avec enthousiasme » — c’est ce qu’elle écrit — en son sein par le Comité de Liaison des Associations Nationales de Rapatriés (Clan-R) [5] qui, après avoir rédigé une plate-forme des revendications des différentes associations qui la composent, a adressé son texte, début février 2007, aux principaux candidats à la présidence de la République, accompagné d’une demande d’entretien.

C’est ainsi que Philippe de Massey et Jean-François Collin représentaient l’Adimad au sein de la délégation du Clan-R qui a été reçue par le candidat Sarkozy, le 14 avril 2007.
Les promesses du candidat Sarkozy au Clan-R ont sans doute été jugées insuffisantes par l’Adimad qui, après avoir redit son apolitisme absolu, a déclaré que, n’ayant « rien oublié de ceux qui furent les artisans de notre malheur, les traîtres à l’unité de la France, ceux qui ont fait couler le sang des nôtres : les gaullistes, les porteurs de valises, les communistes », elle ne donnait aucune consigne de vote pour l’élection présidentielle.

Parmi les manifestations les plus récentes de l’Adimad, on peut signaler le communiqué du 6 septembre 2007, par lequel Jean-François Collin appelait à une « mobilisation générale pour l’inauguration du mémorial national des disparus » à Perpignan le 25 novembre 2007 (ce communiqué a été repris sur internet [6]).

Un commentaire de Gilles Manceron [7]

L’ADIMAD, association amicale pour la défense des intérêts moraux et matériels des anciens détenus et exilés politiques de l’Algérie française, se présente comme la “ vitrine du juste combat de l’Algérie française ”. Sur son site
internet, on trouve, par exemple, les 105 “ héros de l’Organisation [c’est-à-dire de l’OAS] tombés pour que vive l’Algérie française ”, dont Bastien-Thiry et Roger Degueldre, chef des commandos Delta de l’OAS, présentés comme “ assassinés par le chef de l’État de fait ” (sic) et “ les évadés des geôles gaullistes ”. Elle s’est fixé pour but de défendre “ les anciens exilés, les anciens expulsés d’Algérie, pour avoir défendu l’intégrité du Territoire national à la suite de la forfaiture du 16 septembre 1959 ” (sic). Sur son site, l’ADIMAD diffuse divers ouvrages à la gloire de l’OAS, tel, par exemple Fous d’Honneur. La guérilla OAS à Oran en 1961/62, de Claude Micheletti. Elle se félicite d’avoir fait installer des stèles ou des plaques aux “ martyrs de l’Algérie française ”, souvent membres de l’OAS, à Perpignan, Théoule, Paris (Saint-Nicolas du Chardonnet), Béziers et Pérols (Hérault) et à Toulon (monument de la Porte d’Italie en 1980, et carrefour Salan en 2001). Elle présente le projet de “ stèle des fusillés ” qu’elle comptait inaugurer le 6 juillet 2005 à Marignane, aux 113 “ fusillés combattants morts pour l’Algérie française ” dont la liste nominative montre qu’ils appartenaient tous à l’OAS, avec une plaque particulière pour quatre “ victimes du gaullisme ” (sic) : Bastien-Thiry, Roger Degueldre, chef des commandos Delta de l’OAS auteurs notamment de l’assassinat des inspecteurs de l’Éducation nationale Marchand, Feraoun et leurs compagnons le 15 mars 1962 à El Biar, et Dovecar et de Piegts, assassins du commissaire de police Roger Gavoury, commissaire central d’Alger.

La déclaration en préfecture [8]

Association : ASSOCIATION AMICALE POUR LA DEFENSE DES INTERETS MORAUX ET MATERIELS DES ANCIENS DETENUS POLITIQUES ET EXILES DE L’ALGERIE FRANÇAISE, (ADIMAD).
Activité(s) : Défense de droits fondamentaux, activités civiques
No de parution : 20050004
Département (Région) : Var (Provence-Alpes-Côte-d’Azur)

Lieu parution : Déclaration à la préfecture du Var.
_Type d’annonce : ASSOCIATION/MODIFICATION

Déclaration à la préfecture du Var. Ancien titre : ASSOCIATION AMICALE POUR LA DEFENSE DES INTERETS MORAUX ET MATERIELS DES ANCIENS DETENUS POLITIQUES DE LA REGION PARISIENNE (ADIMAD). Nouveau titre : ASSOCIATION AMICALE POUR LA DEFENSE DES INTERETS MORAUX ET MATERIELS DES ANCIENS DETENUS POLITIQUES ET EXILES DE L’ALGERIE FRANÇAISE, (ADIMAD). Nouvel objet : défendre, par tous les moyens légaux, la mémoire de tous les martyrs et de toutes les victimes des ennemis de l’Algérie française. Elle organisera des cérémonies du souvenir, fera dire des messes, interpellera les autorités civiles et militaires et saisira les média chaque fois qu’elle le jugera bon afin de rétablir la vérité sur ce juste combat. L’association œuvrera de toutes ses forces pour que tous les combattants de l’Algérie française morts au combat ou assassinés à la suite des jugements d’exception stalino-gaullistes soient reconnus comme morts pour la France. Cette association a également pour but de conseiller les anciens détenus politiques, les anciens internés administratifs, les anciens condamnés par défaut, les anciens condamnés par contumace : jugements prononcés par les tribunaux et notamment par les tribunaux d’exception instaurés par les gouvernements gaullistes ; les anciens exilés, les anciens expulsés d’Algérie, pour avoir défendu l’intégrité du territoire national à la suite de la forfaiture du 16 septembre 1959, tout cela en rapport avec les événements d’Algérie (communément appelés guerre d’Algérie), de défendre leurs intérêts, de les aider ainsi que leurs familles (aides morale et matérielle, reclassement, retraite). Siège social : 68, traverse des Loubes, 83400 Hyères. Date de la déclaration : 20 décembre 2004.

Les statuts

Article 1 -

Il est fondé entre les adhérents aux présents statuts une Association régie par la loi du 1er juillet 1901 et le décret du 16 août 1901 ayant pour titre :

« Association amicale pour la Défense des Intérêts Moraux et matériels des Anciens Détenus politiques et exilés de l’Algérie française », dite "ADIMAD".

Article 2 - Buts -

L’Association a pour but de défendre, par tous les moyens légaux, la mémoire de tous les martyrs et de toutes les victimes des ennemis de l’Algérie française. Elle organisera des cérémonies du souvenir, fera dire des messes, interpellera les autorités civiles et militaires et saisira les media chaque fois qu’elle le jugera bon afin de rétablir la vérité sur ce juste combat.

L’Association œuvrera de toutes ses forces pour que tous les combattants de l’Algérie française morts au combat ou assassinés à la suite des jugements d’exception stalino-gaullistes soient reconnus comme "Morts pour la France".

Cette Association a également pour but de conseiller les anciens détenus politiques, les anciens internés administratifs, les anciens condamnés par défaut, les anciens condamnés par contumace : jugements prononcés par les Tribunaux et notamment par les Tribunaux d’exception instaurés par les gouvernements gaullistes ; les anciens exilés, les anciens expulsés d’Algérie, pour avoir défendu l’intégrité du Territoire national à la suite de la forfaiture du 16 septembre 1959. Tout ceci en rapport avec les évènements d’Algérie (communément appelés "guerre d’Algérie"), de défendre leurs intérêts, de les aider ainsi que leurs familles (aides morale et matérielle, reclassement, retraite…).


[Ajouté le 7 septembre 2008]

L’Adimad possède maintenant deux sites Internet :


[1Sous le numéro 3529 v (Journal Officiel du 25 novembre 1967, page 11 496).

[2Journal Officiel du dimanche 28 avril 1968, page 4 374.

[3Journal Officiel numéro 12 du 22 mars 2003, page 1 698.

[4Dans un courriel du 2 décembre 2007, Nicole Ferrandis, présidente de l’association des familles des victimes du 26 mars 1962, nous écrit que « la stèle de Béziers n’a pas été [réalisée] par l’Adimad ; la réalisation est bien antérieure à la création de cette association. La stèle a été édifiée par l’Anfanoma en 1966 pour tous les morts restés Outre-Mer. Des associations locales ont rajouté en 2005 ou 2006 une plaque sur la stèle pour les membres OAS. »

[5Site internet http://clan-r.org

[7L’historien Gilles Manceron est membre des instances nationales de la Ligue des droits de l’Homme.

[8Déclaration ASSOCIATION/MODIFICATION parue au Journal officiel le 22/01/2005, No d’annonce : 1309.