Histoire coloniale et postcoloniale

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juin 1957, opération de “pacification” sous les ordres du colonel Bigeard

mercredi 14 décembre 2011

Le 27 juin 1957, le colonel Marcel Bigeard arrive en hélicoptère à Saharidj, région du Djurdjura, pour superviser une opération de nettoyage d’une durée de 3 jours, du 27 au 29 juin 1957.

Aussitôt il installe son PC au lieudit Tayda n Lemsara, et un poste avancé au lieu dit Thalouine en haute montagne sur le flanc sud de Tamgout d’où il supervise le déroulement de l’opération. Le PC de Tayda n Lemsara était composé d’environ une centaine de tentes militaires entourées de barbelé et comprenant un centre de tri des prisonniers, un autre de torture et enfin un 3e réservé aux exécutions sommaires.

A proximité de ce camp, se trouve un cimetière du même nom. Deux fosses communes y ont été aménagées ; après l’indépendance, on en retirera 45 squelettes, 27 chouhadas (martyrs) exécutés sur ordre de Bigeard dans la première et 18 dans l’autre [1].

Le blog Saharidj Tribune revient sur cette opération de “pacification” à la Bigeard.

Opération Bigeard (27 juin 1957)

L’enfer au pays de Yemma Khelidja

Dans la région nord de Maillot (M’Chedallah), demeurée depuis le déclenchement de la révolution armée l’un des principaux foyers de la résistance où les moudjahidin menaient une intense activité militaire et organisationnelle, débute le 27 juin 1957, une impitoyable opération de ratissage de grande envergure qui se poursuit huit jours durant dans ce territoire montagneux où tous les moyens logistiques et humains sont mobilisés. Le colonel Bigeard conduit personnellement les opérations avec une stratégie d’occuper au mieux le terrain et de faire un maximum de prisonniers pour recueillir le plus de renseignements possibles sur les partisans, les refuges, les casemates, les caches et les déplacements des moudjahidin afin de « nettoyer » la région des éléments de l’ALN qui écument les maquis et qui posent perpétuellement des problèmes sérieux à l’armée coloniale.

Près de 35 000 hommes sont engagés dans ces bastions de la rébellion que sont Tagamount, Iouakourène, Ighil Hammad, Belbara, Tala Rana, Beni Oualbane, Beni Hamad, Ath Ali Outmime, Lamsara et Aggache, M’Zarir, tout le flanc sud du Djurdjura. Pendant ces jours d’enfer, tous les points jusque là inaccessibles du Djurdjura ont été les cibles des forces armées qui ont encerclé pratiquement tous les villages et tous les massifs forestiers constitués d’un peuplement d’arbres millénaires. Chaque hameau, chaque maison, chaque lit de l’oued, chaque grotte, chaque buisson est systématiquement fouillé. Les embuscades montées par les commandos de chasse et les paras se multiplient et touchent tous les endroits névralgiques de la zone ciblée. Les points d’eau, les routes et les habitations isolées sont constamment sous surveillance, et tous les accès sont bloqués et ce dans le seul objectif d’isoler les combattants de la population et de paralyser leurs mouvements.

Le 27 juin aux premières lueurs de l’aurore les parachutistes sont déjà sur les lieux de rassemblement et commencent à évoluer dans la discrétion totale à travers les différents points de passage pour surprendre les habitants des villages et les combattants en progressant en éventail vers les différents maquis dans la montagne puis la machine de guerre ennemie se met en branle pour semer la mort et mettre en ruine toute la région. Les colonnes motorisées venues d’Akbou, de Constantine, du Hodna, de Bouira et composées de centaines de camions GMC, Ford, d’half tracks et de chars, à leurs têtes les Jeeps des officiers se dirigent dans un bruit infernal vers le plateau de Saharidj par la route nationale n° 30 qui grimpe en lacets les collines boisées de pins. Des hélicoptères « Bananes », dans un vrombissement de moteurs fracassant déversent par vagues dans un nuage de poussière des centaines de militaires, les avions « Breguet » transporteurs de troupes larguent les parachutistes dans des endroits stratégiques sur chaque éminence du Djurdjura.

Les soldats sont partout, derrière chaque rocher, dans chaque buisson, sur chaque route, dans chaque ravin, autour de chaque agglomération… La région était entièrement envahie ! Et puis surviennent des tirs incessants de divers calibres, des bombardements résonnants, des explosions assourdissantes, des largages de tonnes de napalm et de bombes, des départs de feu dans une multitude d’endroits… C’est un déluge de feu ! Tout s’est embrasé et les paras se rendent maîtres de tous les lieux ; ils s’accaparent des villages, des oueds, des routes, des pistes, des pitons de chaque colline constitués en postes d’observation. Les quelques combattants dispersés se trouvant ces jours-ci dans la région sont en déroute, encerclés ils ne pouvaient ni s’échapper, ni s’émouvoir sans qu’ils soient pris ou tués. Le lieutenant Amrouche Mouloud (voir l’article), en mission ce jour dans la localité est pris dans l’engrenage, il est tombé au champ d’honneur à Avaznou (Ighil Hammad). Malika Gaid est tombée prés de Tagamount et ses deux camarades sont faites prisonnières. Des dizaines de fidayines, de moussabilin et de civils sont pris dans la tourmente ; ils sont conduits vers Saharidj où une base arrière est aménagée et où un centre d’interrogatoire est mis sur pied à l’occasion tandis que le PC opérationnel est installé en bivouac à Taliouine d’où le colonel Bigeard suit minute par minute les mouvements de ses troupes et d’où il diffuse tous les ordres pour les officiers qui opèrent sur les différents terrains.

Les personnes arrêtées sont contrôlées et interrogées sur places puis dirigées sur Saharidj où elles sont placées dans deux enclos appropriés. L’un est destiné à recevoir les prisonniers civils tandis que le second est affecté à recueillir les combattants et les suspects. Ces derniers au nombre de 58, après interrogatoire des heures durant, ils sont enfin de compte conduits tour à tour pendant la nuit du 29 juin dans un endroit non loin du campement sur la route nationale N° 30 pour être exécutés et enterrés dans une fosse commune creusée par les suppliciés eux-mêmes. Dans l’autre groupe, certains prisonniers sont relâchés le lendemain, d’autres sont emmenés dans les diverses prisons de la région.

Après le retrait des troupes, ce fut un spectacle de désolation que l’on découvre derrière elles. C’était le désastre, la dévastation, la ruine ! Des refuges calcinés, des abris démantelés, des arbres cisaillés ou carbonisés, des maisons détruites, des routes défoncées, des cratères de beaucoup de mètres de profondeur provoqués par des bombes de plusieurs quintaux largués par des bombardiers B26 et B29, des forêts qui fument encore. Le bilan est lourd : 80 tués et des centaines de prisonniers.

Malgré les férocités bestiales et les violences inhumaines, malgré les exécutions collectives et les emprisonnements massifs, malgré les représailles sans cesse répétées et les expéditions punitives, les habitants de la région M’Chedallah n’ont jamais abdiqué ; ils n’ont à aucun moment cessé d’apporter leur soutien total et indéfectible à la cause nationale. Ils ont combattu farouchement aux côtés de leurs frères des autres régions jusqu’à la libération de l’Algérie.

Il est à noter par ailleurs qu’à la date d’aujourd’hui aucune stèle n’est érigée à la gloire de ces valeureux martyrs exécutés à Saharidj pendant cette opération pour immortaliser ce lieu de mémoire et d’histoire.


[1D’après La Dépêche de Kabylie le 23 juin 2010 : http://www.depechedekabylie.com/ind....