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inopportun renforcement des relations entre l’UE et Israël

vendredi 3 août 2012

Le 2 juin 2012, l’Union européenne s’est engagée à renforcer ses relations avec Israël dans une soixantaine de domaines. Cette décision survient pourtant peu après que les ministres des affaires étrangères européens ont durci le ton contre Israël mi-mai.

Dans une tribune, publiée dans Le Monde daté du 4 août 2012, la présidente de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) et le président du Réseau euroméditerranéen des droits de l’homme (REMDH) dénoncent le “double discours” de l’Union européenne.

Inopportun renforcement des relations entre l’Union européenne et Israël

par Souhayr Belhassen, présidente de la FIDH
et Michel Tubiana, président du REMDH


C’est entendu, l’Union européenne (UE) ne va pas "rehausser" ses rapports avec Israël, elle va "seulement" renforcer ses liens par le biais de plus de 60 nouvelles activités très concrètes, comme le mouvement des personnes, l’agriculture, la sécurité ou encore la coopération, grâce à sept des agences les plus importantes de l’UE. Simultanément, elle va maintenir ses regrets, voire ses préoccupations concernant le blocage du processus de paix, les progrès de la colonisation, les entraves au développement de la Cisjordanie et de Gaza, tout en proclamant son attachement à résoudre le conflit israélo-palestinien.

Trois éléments caractérisent la politique européenne dans cette région du monde : le constat critique des errements de la politique israélienne, le refus ou l’incapacité de tirer les conséquences de ce constat et le rôle de pourvoyeur de fonds, pour se donner sans doute bonne conscience. En attendant, le drame continue.

De leur côté, les Palestiniens vivent depuis des décennies dans une situation insupportable et arbitraire. Ils sont confrontés à la violence, aux obstacles pour produire, apprendre, se soigner, se marier et être reconnus comme un peuple ayant droit à un Etat, avec des frontières aussi sûres et reconnues que celles d’Israël.

Inutile de s’étendre sur la véritable politique de prédation menée par les gouvernements israéliens qui se sont succédés, même si certains veulent l’oublier ou la dissimuler sous d’autres mots. L’immobilisme de la politique européenne est encore moins acceptable qu’auparavant parce qu’il semblerait que l’Union européenne n’ait toujours pas pris la mesure des bouleversements intervenus autour d’Israël et de la Palestine. En Tunisie et en Egypte, de la Libye à la Syrie, et même dans les monarchies du Golfe, les régimes sont tombés ou sur le point de vaciller.

Ce que l’on nous disait impossible - peut-être parce que l’on pensait que ces peuples ne partageaient pas la même humanité - est advenu : la dictature et le népotisme ont été refusés, l’aspiration à la dignité et à la liberté l’ont emporté sur la peur. Le modèle démocratique, avec les incertitudes qu’il comporte, est bien à l’ordre du jour.

Pourtant, l’Union européenne, décrédibilisée par son soutien quasi systématique aux dictatures et par une crise économique et sociale sans précédent, ne semble toujours pas avoir pesé les conséquences de cette situation. Le sort du peuple palestinien ne sera plus la variable d’ajustement sur laquelle jouaient les régimes conservateurs arabes pour calmer les impatiences de leur propre peuple. Pour que l’avenir des transitions en cours s’inscrive dans une perspective démocratique et que les mots de liberté, d’égalité des sexes et de liberté de conscience s’ancrent dans des sociétés qui ne demandent qu’à respirer, il faut cesser de tenir un double discours et restituer aux faits leur sens.

Comment justifier que la politique des différents gouvernements israéliens trouve toujours, au-delà de l’allié permanent que sont les Etats-Unis, une oreille complaisante auprès des Européens ? La culpabilité qui résulte de la destruction des juifs d’Europe par les Européens eux-mêmes ? Cette rhétorique culpabilisante n’a plus la même résonance aujourd’hui.

Parce qu’Israël serait un morceau de cette Europe pétrie de démocratie et de liberté, perdu au milieu de notre traditionnel ennemi que serait l’islam ? Ce serait renouer avec le choc des civilisations de la pire des manières qui soit mais, plus encore, ce serait faire croire à Israël qu’il peut vivre en dehors de son environnement.

Qu’elle porte le nom d’impératif moral ou d’intérêt géopolitique, en appelant à rendre justice au peuple palestinien, aucune raison ne justifie la politique abstentionniste de l’Union européenne.

L’"approfondissement" des rapports économiques et de coopération entre l’UE et Israël résonne dans ce contexte comme une légitimation. Il s’agit d’un permis délivré aux autorités israéliennes pour poursuivre une politique empêchant de résoudre le conflit, au grand bénéfice des plus radicaux, mais aussi au préjudice des transitions en cours dans toute la région. On peut s’imaginer, comme les dirigeants israéliens, que tout est bon à prendre tant que cela dure. Jusqu’à l’abîme ?

Souhayr Belhassen, présidente de la FIDH
Michel Tubiana, président du REMDH