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immigration : les critiques de l’ONU et les contre-vérités de Claude Guéant

mercredi 1er juin 2011

La politique menée par les autorités françaises vis à vis de l’immigration vient d’être mise en cause par la Haut Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme. Une politique définie au plus haut niveau de l’État, mise en application successivement par Eric Besson, Brice Hortefeux, et aujourd’hui Claude Guéant.

Une politique dont on peut se demander si elle possède une autre justification qu’un appel du pied aux électeurs d’extrême droite. Quand Nicolas Sarkozy déclare, le 16 novembre 2010, « si on ne maîtrise pas les flux migratoires, on organise le ‘collapse’ de notre système d’intégration, qui est en panne », ne faut-il pas comprendre qu’il tente de maîtriser le flux migratoire de ses électeurs vers le Front national pour empêcher le “collapse” de l’UMP ?

Une question subsidiaire se pose quand on entend Claude Guéant soutenir que les deux tiers des enfants d’immigrés sortent de l’appareil scolaire sans diplôme, alors que selon le rapport du Haut conseil à l’intégration (HCI) leur pourcentage n’est que de 11 % : le ministre est-il de bonne foi quand il cite ces pourcentages de façon inexacte ? ou bien énonce-t-il volontairement, par calcul, une contre-vérité qu’il sait inexacte ?

[Mis en ligne le 31 mai 2011, complété le 1er juin 2011]


Immigration : la Haut Commissaire aux droits de l’homme à l’ONU critique France et Italie

LEMONDE.FR avec AFP, 30 mai 2011 21h21


La Haut Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Navi Pillay, a critiqué, lundi 30 mai, la "rhétorique mise en place ces derniers mois, en particulier en Italie et en France" tendant à dépeindre les migrants "comme un fardeau dont il conviendrait de se décharger sur d’autres".

Dans son discours à l’ouverture de la 17e session du Conseil des droits de l’homme, la responsable onusienne a évoqué les récents événements en Afrique du Nord, "qui une fois de plus ont démontré la vulnérabilité des migrants" qui sont "soumis à la violence et à la discrimination".

Elle s’est par ailleurs élevée contre la "réponse réflexe" mise en place "dans l’espace Schengen en général et dans certains pays particuliers comme le Danemark", qui a annoncé récemment sa décision de rétablir des contrôles douaniers permanents à ses frontières nationales.

Cette "réponse à la crise actuelle ne répond pas au vrai défi de travailler ensemble pour assurer le respect de tous les droits des personnes, où qu’elles se trouvent et quelle que soit la manière dont elles sont arrivées" a-t-elle dit.

"Il est important de rappeler que la charge d’accueillir les migrants, les réfugiés et les autres personnes déplacées fuyant les troubles en Afrique du Nord continue d’affecter de manière disproportionnée les pays de la région", a ajouté Navi Pillay.

La Haut Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme a estimé qu’il était "temps que tous les pays affrontant ces défis, dont les pays de l’Union européenne, apportent un soutien efficace dans le respect de leurs obligations internationales".

La rhétorique de Claude Guéant

Le 17 mars dernier, Claude Guéant déclarait sur Europe 1 que « les Français à force d’immigration incontrôlée ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux, ou bien ils ont le sentiment de voir des pratiques qui s’imposent à eux et qui ne correspondent pas aux règles de notre vie sociale ». Et il insistait : « nos compatriotes veulent choisir leur mode de vie, ils ne veulent pas qu’on leur impose un mode de vie ».

Un mois plus tard, le 15 avril, interrogé sur TF1 au lendemain de l’adoption par le Sénat de la dernière loi sur l’immigration, il déclarait qu’il convenait non seulement « de lutter contre l’immigration irrégulière » mais également de « réguler l’immigration régulière ». Il précisait alors que son objectif serait désormais de réduire de 20 000 le nombre annuel d’étrangers autorisés à séjourner en France, qui passerait ainsi de 200 000 à 180 000.

Nouvelle rechute un mois plus tard : le 22 mai, Claude Guéant se laisse aller à déclarer sur Europe 1 que « contrairement à ce qu’on dit, l’intégration ne va pas si bien que ça », affirmation du niveau d’un café de commerce qu’il justifie de façon péremptoire «  les deux tiers des échecs scolaires, c’est l’échec d’enfants d’immigrés ». Il reprenait ainsi la rhétorique du président de la République lors de son intervention télévisée du 16 novembre 2010 : « le système d’intégration français est en panne, tout le monde le voit bien ».
Mercredi 25 mai, invoquant le dernier rapport du Haut conseil à l’intégration (HCI), le ministre récidive devant l’Assemblée nationale : « deux tiers des enfants d’immigrés sortent de l’appareil scolaire sans diplôme » déclare-t-il de façon théâtrale.

S’il avait lu ce rapport [1] remis le 28 janvier 2011 au premier ministre, Claude Guéant aurait appris que, s’il est exact que « les enfants de famille immigrée sortent presque deux fois plus souvent du système éducatif sans qualification », cela ne « concerne que 11 % d’entre eux – le ministre avait évoqué 66 % – contre 6 % pour les non-immigrés ». Le HCI explique que si le pourcentage d’enfants sortant du système éducatif sans diplôme est double pour les enfants de familles immigrées de ce qu’il est pour les familles non immigrées, cela tient aux « conditions socio-démographiques » dans lesquelles vivent ces familles.


Le communiqué du syndicat CGT-Educ’action, repris ci-dessous, aura vite fait de rétablir la réalité des faits :

Communiqué de l’Union nationale CGT-Educ’action [2]

Les "enfants d’immigrés" ciblés par Cl. Guéant :

une course effrénée dans l’abjection et le racisme

"Contrairement à ce qu’on dit, l’intégration ne va pas si bien que ça : le quart des étrangers qui ne sont pas d’origine européenne sont au chômage, les deux tiers des échecs scolaires, c’est l’échec d’enfants d’immigrés" a déclaré Claude Guéant, ministre de l’Intérieur, dimanche 22 mai 2011. Mardi 24 mai, il précise : "Ces chiffres sont tout simplement ceux que donnent tant l’INSEE que l’OCDE". Mercredi, il s’emmêle les pinceaux devant l’Assemblée nationale, en assénant une nouvelle contrevérité : "C’est vrai qu’il y a deux tiers des enfants d’immigrés qui se trouvent sortir du système scolaire sans diplôme". Au contraire, une étude du CEREQ en 2004 a montré que 78 % des élèves sortis sans qualification avaient deux parents français de naissance.

Claude Guéant, avec le soutien de tout le gouvernement et du président de la République, accélère sa course effrénée dans l’abjection, concurrençant en cela le Front National. Rassurons le ministre, il n’a rien à envier à l’extrême-droite.
Il sait, en effet, manier avec précision les mensonges : ainsi les statistiques de l’OCDE montrent que la réussite des enfants immigrés diffère selon les pays... autrement dit, les statistiques de l’OCDE démontrent qu’il y a en France un problème, celui du gouvernement qui traite moins bien les enfants d’immigrés qu’au Luxembourg ou en Allemagne, par exemple (voir l’étude PISA de 2009).

L’échec scolaire, on le doit à la politique du gouvernement et à l’aggravation des inégalités qu’elle génère : suppression de postes, notamment des RASED, "assouplissement" de la carte scolaire, recul de la scolarisation des enfants de deux ans,...
Depuis le discours de N. Sarkozy à Grenoble en juillet 2010, le venin raciste se diffuse de plus en plus ouvertement et sans complexe : amalgame immigration/délinquance, stigmatisation des ROMS, provocations du ministre de l’Intérieur qui parle de Croisades et prétend que les Français ne se sentent plus chez eux à cause de l’immigration… La liste n’est malheureusement pas exhaustive. Cette banalisation du discours raciste, loin de marginaliser l’extrême-droite, la renforce en légitimant son idéologie et ses thèses xénophobes.

La CGT Educ’action dénonce les propos de ce gouvernement, et en premier lieu les récentes déclarations de Claude Guéant. Elle appelle à participer massivement à la mobilisation nationale et unitaire "D’ailleurs nous sommes d’ici " le samedi 28 mai 2011, contre le racisme, contre la politique d’immigration du gouvernement et pour la régularisation des sans-papiers.
Cette initiative se déclinera sur tous les territoires et donnera lieu, à Paris, à une manifestation à partir de 14 h au départ du métro Barbès.

La CGT Educ’action exige l’arrêt immédiat des expulsions, la fin de la chasse aux immigrés et la régularisation des travailleurs et élèves sans-papiers. Elle revendique la fin des discriminations liées à l’origine, notamment dans les conditions d’études, d’accès au travail et aux droits.

Montreuil, le 27 mai 2011


[Ajouté le 1er juin 2011] – A l’intention de ceux qui pensent que le “raisonnement” du ministre est exact.

Marie-Anne Kraft montre, dans un article publié sur Mediapart, que Claude Guéant commet une grossière erreur de raisonnement.
Et elle se demande s’il ne s’agirait pas de la part du ministre d’un sophisme volontaire.