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il y a des moments où on ne peut pas rester chez soi

samedi 30 novembre 2013

[Var-Matin, le 30 novembre 2013 à 15h10] – Plusieurs centaines de personnes ont défilé contre le racisme [...] dans les rues de Toulon, depuis le parvis des Droits de l’homme jusqu’à la Préfecture.

La Ligue des droits de l’Homme, la Fédération des oeuvres laïques, les partis politiques et syndicats de gauche, des éducateurs et des citoyens étaient tous unis sous la banderole de la tolérance et de la fraternité. « Le racisme est un délit, pas une opinion » était un des messages passés. « Nous voulons rappeler ce qu’est la République » déclarait Philippe Comani, de la Ligue des droits de l’Homme Toulon.

Nous reprenons le texte qui a été lu par Emmanuel.

Educs de tous poils : insurgeons-nous contre le racisme !

Le climat ambiant et quasi détestable qui a cours actuellement en France m’interroge et ne saurait laisser indifférent l’éduc que je suis. Voilà pourquoi je prends ma plume pour dénoncer avec la dernière énergie le racisme qui a tendance à se banaliser dans notre cher pays !

En effet, à la faveur de la crise économique, de la morosité sociale, de la désespérance, du chômage qui touche nombre de nos concitoyens et de la peur de lendemains incertains qui gangrènent notre société, certains pour se « consoler » s’amusent à montrer du doigt ceux et celles qui n’auraient pas l’épiderme ou la couleur de peau idéale ou standard. Au travers de propos abjects, insultants, humiliants et déshumanisants, ces gens essayent de propager leur haine des autres en tentant d’injecter le venin du racisme dans la tête et le cœur d’une partie de nos concitoyens.

Par-ci par-là, on glose, on réfléchit pour ne pas dire qu’on se masturbe le cerveau pour tenter de trouver des explications ou pire des justificatifs à cette plaie du racisme qui hélas gangrène toute une partie de la société, menaçant de faire vaciller notre socle républicain.

Quelle est notre place à nous éducs dans ce débat en cours depuis un certain temps dans notre société ? Quelle parole et quelle position pour nous professionnels du social ? Qu’avons-nous à dire ou à dénoncer ? Ou plutôt estimons-nous que ce débat ne nous concerne pas ? Avons-nous le droit de nous taire et d’observer passivement où tout ceci nous mènera ?

Il me semble que quand des débats aussi graves émergent au sein de notre société, nous, éducs, n’avons pas le droit de nous taire et de regarder lâchement ailleurs. Ces débats sociétaux nous concernent et nous touchent au premier plan. Car, nous sommes de par notre métier des sentinelles de la justice sociale, des éveilleurs de conscience, des combattants et des empêcheurs de tourner en rond ! Nous n’avons pas le droit de nous taire, car les usagers dont nous nous occupons au quotidien attendent de nous, au-delà de l’accompagnement social et éducatif que nous leur apportons, d’avoir un positionnement clair, tranché et courageux face à la bêtise humaine, c’est-à-dire tout ce qui participe à avilir la dignité humaine.

« Indignez-vous ! », tel est le testament que Stéphane HESSEL, a laissé à la jeunesse du monde !

A nous tous, il a laissé ces paroles pleines de sagesse :

«  Je vous souhaite à tous, à chacun d’entre vous, d’avoir votre motif d’indignation. C’est précieux. Quand quelque chose vous indigne comme j’ai été indigné par le nazisme, alors on devient militant, fort et engagé. On rejoint ce courant de l’histoire et le grand courant de l’histoire doit se poursuivre grâce à chacun. Et ce courant va vers plus de justice, plus de liberté…  » (Indignez-vous !, Ed. Indigène, 2010, p.12.)

A nous Educs d’aujourd’hui et de demain, Stéphane HESSEL dit : « Indignez-vous ! »

Oui, indignons-nous de voir aujourd’hui en France des gens indexer, rejeter, insulter d’autres concitoyens au seul motif qu’ils sont noirs, maghrébins, métisses ou blancs !

Indignons-nous que de jeunes enfants Français répètent comme des perroquets des propos abjects de haine entendus hélas à la table familiale.

Indignons-nous que notre société se divise, se déchire et s’affronte sur des considérations aussi basses que le racisme.

Au sein de nos institutions du social et du médico-social, nous assistons au quotidien à des scènes de vie émouvantes et riches de sens où des jeunes, blessés par la vie, tentent malgré tout de vivre en bonne intelligence avec leurs camardes de galère, quelle que soit leur origine ethnique, religieuse ou culturelle. Leur camaraderie n’est nullement basée sur leur ressemblance physique ou leur épiderme identique, mais bien sur des valeurs de respect mutuel, d’entraide que des éducs de toute origine tentent patiemment de leur inculquer au quotidien !

Au sein de nos institutions, nos jeunes apprennent la richesse de la diversité culturelle et savent bien souvent s’adapter à l’autre qui est différent. C’est en cela que nos institutions sociales et médico-sociales sont de véritables écoles du vivre ensemble, du respect des valeurs sur lesquelles reposent notre commun vouloir de vie commune se traduisant par les principes de Liberté, Egalité et Fraternité !

Ces jeunes, cabossés de la vie, ont bien souvent des choses à nous apprendre à nous adultes. Sachons parfois nous mettre à leur école.

Nous, adultes, d’aujourd’hui et de demain, ne devons jamais perdre de vue que les enfants et les jeunes nous regardent et attendent de nous des comportements et des paroles dignes et respectueux de la dignité humaine, c’est-à-dire qui les tirent vers le haut !

Le racisme est une honte, une infamie, une ignominie qu’il nous incombe de combattre et de dénoncer comme telle.

Insurgeons-nous contre le racisme au quotidien au travers d’actions fortes autour de nous ! Se taire et ne rien dire participe hélas à sa banalisation !

Le monde de demain, que nous le voulions ou pas, sera multiculturel ou ne sera pas !

L’équipe de France de foot qui vient de se qualifier si merveilleusement à la Coupe du monde au Brésil (juin 2014) nous a tous fait vibrer à l’unisson. D’un seul cœur et dans un même élan nous avons célébrer notre joie d’appartenir tous ensemble à ce grand et beau pays ! Comment après une telle hystérie collective qui nous a fait tant de bien, des gens pourront se permettre demain de traiter de « guenons » des fils et des filles de notre cher pays, uniquement parce qu’ils seraient des noirs ou des métisses ?

Chers Educs, sachons ensemble, nous insurger contre cette bêtise du racisme et cette haine de l’autre qui nous tirent tous hélas vers le bas !

Modestement, mais fermement, j’en appelle donc à une insurrection contre le racisme ! Sachons, nous Educs, « organiser l’épidémie du bien et qu’il contamine le monde », selon le vœu cher à Raoul FOLLEREAU (in Le baiser aux lépreux !)

A bas le racisme !!!

Toulon Le 21 novembre 2013

Emmanuel
Educateur et pas « Guenon » !
Educateur et fier de l’être !


Une vidéo de la manifestation, avec une interview d’Alex Massari, président de la section LDH de La Seyne :