Histoire coloniale et postcoloniale

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il est temps que notre pays reconnaisse officiellement qu’il a eu vis-à-vis des harkis un comportement indigne

mercredi 5 octobre 2005, par la rédaction

Vous trouverez ci-dessous la lettre que Jean-Pierre Dubois, président de la LDH, a adressée au président de la République le 20 septembre 2005, au sujet de la situation des anciens harkis et de leur famille.
La lettre a été signée par des personnalités dont vous trouverez la liste plus bas.

Cette lettre fait suite à la tribune publiée par Michel Tubiana en 2001 : Harkis : un crime d’État.

[Mise en ligne, le 21 septembre 2005,
mise à jour des signatures le 25 octobre 2005]

Paris, le 20 septembre 2005

Monsieur le Président,

N’est-il pas temps que notre pays reconnaisse officiellement qu’il a eu vis-à-vis de ceux que l’on a l’habitude d’appeler les harkis un comportement indigne de lui ?

  • par les promesses qu’il a faites pendant la guerre d’Algérie pour impliquer de son côté des “ musulmans ” à qui il assurait que l’Algérie resterait française quoi qu’il arrive ;
  • par l’abandon de ces personnes ainsi que leur famille après le cessez-le-feu de mars 1962 et le refus de les rapatrier, malgré les risques qu’elles encouraient de subir une violence inexcusable mais largement prévisible compte tenu des drames qui avaient marqué cette guerre ;
  • par les discriminations inouïes infligées ensuite en France aux rescapés et à leur famille, parqués dans des camps, maintenus en marge de la société, condamnés à des emplois médiocres ou à l’assistanat pur et simple, tandis que leurs enfants subissaient une scolarité amputée.

Ces faits sont advenus dans le cadre de l’histoire coloniale de la France en Algérie, et, pour ce qui est des camps après 1962, de la poursuite de la même logique coloniale sur son propre sol.

Ces réalités du passé, n’est-il pas temps que notre pays les regarde en face ? Comme vous-même, Monsieur le Président, avez su inciter notre pays à le faire, lors de votre visite à Madagascar, le 21 juillet dernier, en l’invitant à “ assumer son histoire ” et en évoquant le caractère “ inacceptable ” des “ dérives du système colonial ”. Et comme y invitait, au sujet d’autres faits, les massacres du 8 mai 1945 dans le Constantinois, notre ambassadeur en Algérie, à propos desquels il a parlé, le 27 février dernier à Sétif, de “ tragédie inexcusable ” et ajouté : “ c’est la connaissance lucide du passé et des mémoires diverses, complétée par la vision d’un avenir différent, qui conduit à la tolérance, à la construction de l’espace démocratique et aux valeurs universelles ”.

Dans d’autres moments tragiques de son histoire, vous avez su, Monsieur le Président, reconnaître publiquement les responsabilités de la France. Et notre pays demande légitimement à d’autres États de reconnaître leurs propres responsabilités dans des drames passés qui leur incombent. Nul ne comprendrait qu’il ne s’impose le même effort de vérité sur son passé colonial et en particulier sur le drame des harkis qui s’y s’inscrit ; à l’inverse de la loi malheureuse du 23 février 2005, dont l’article 4 met en avant “ l’œuvre positive de la France outre-mer ”, et à laquelle les harkis et leurs familles, attachés à un long et difficile travail de réappropriation de leur mémoire confisquée, loin de toute histoire officielle, ne veulent pas être associés.

Parmi les signataires de cette lettre, certains ont approuvé la lutte du peuple algérien pour son indépendance, d’autres non, mais quelle qu’ait été notre opinion, nous ne pouvons admettre que la République ne reconnaisse pas, au regard des droits de l’Homme, ses torts vis-à-vis des harkis et de leurs familles.

Nous vous prions de croire, Monsieur le Président de la République, en l’expression de notre haute considération.

Jean-Pierre Dubois

SIGNATAIRES de la lettre adressée au président de la République le 20 septembre 2005, au sujet de la situation des anciens harkis et de leur famille.

Ali AISSAOUI, président de l’association UNIR ; Henri ALLEG, journaliste et militant anticolonialiste ; Ali AMRANE, président du Collectif harkis des Alpes-Maritimes ; Mouloud AOUNIT, secrétaire général du MRAP ; Nacer ARROUM, président de l’association socioculturelle Grande-Synthe Dunkerque ; Toufik BAALACHE, chargé de mission à la Ligue de l’enseignement ; Jean-Pierre BACRI, comédien ; Paul BALTA, écrivain ; Patrick BAUDOUIN, président d’honneur de la FIDH ; Mohamed BENELMIHOUB, président de France Afrique Solidarité ; Hamida BEN SADIA, responsable associative, membre de la LDH ; Fatima BESNACI-LANCOU, présidente de Harkis et droits de l’Homme ; Ali BOUALEM, vice-président de l’Association des
rapatriés du pays d’Arles ; Smaïl BOUFHAL, Générations mémoire harkis ; Khédidja BOURCART, adjointe au maire de Paris chargée de l’intégration et des étrangers non communautaires ; Saïd BOUZIRI, trésorier national de la LDH ; Dominique CABRERA, réalisatrice ; Omar CHALBI ; Abdallah CHERIFI, président de l¹association AJIR pour les harkis ; Mohamed CHERIFI ; Georges-Henri CLOPEAU, membre de la LDH ; Monique CLOPEAU, membre de la LDH, fille de harki ; Boris CYRULNIK, neuropsychiatre, écrivain ; Pierre-Gilles De GENNES, prix Nobel de chimie ; François DELLASUDDA, secrétaire général adjoint de la LDH ; Slimane DJERA, secrétaire général du collectif des associations de la communauté harkie d’Aix et du Pays d’Aix ; Driss DKHAILI ; S. DKHAILI ; Driss EL YAZAMI, secrétaire général de la FIDH ; Claire ETCHERELLI, écrivain ; Jean-Jacques FAURE ; Jean-Marie FAWER, réalisateur de documentaires ; Betoule FEKKAR-LAMBIOTTE ; Stanislas GALL, ancien officier des Affaires algériennes (SAS) ; François GÈZE, éditeur ; Jean-Pierre GRANIER ; Maklouf HABBAZ, président de l’association de défense de Français musulmans dans la fonction publique ; Alain IOULALEN, chirurgien ; Albert JACQUARD, professeur ; Camille JOSEPH, petite-fille de harki ; Djamila KANFAR ; Mohamed Ali KHENNOUCHE, fils de harki et adhérent de l’association APSECT ­ Gaillac ; Abdelkrim KLECH, président du collectif justice pour les harkis ; Jean LACOUTURE, écrivain ; Bernard LELIEVRE, libraire ; Claude LIAUZU, professeur émérite université Paris VII ; Hocine LOUANCHI, président du Collectif harkis ; Marie-Pierre MAGNAN ; Djamaa MEKMOUCHE, femme de harki ; Saïd MEKMOUCHE ; Amar MENIKER, président de l’USF 2000 JH ; Gilbert MEYNIER, historien ;
Najia MOUSTABCHIR ; Youssef MOUSTABCHIR ; François NADIRAS, LDH Toulon ; Aliette DE PANAFIEU, membre de l’association Harkis et droits de l’Homme ; Anise POSTEL-VINAY ; Denis PRYEN, directeur des éditions l’Harmattan ; Leïla RAIB ; Mohamed RAIB ; Christine RAY, journaliste ; Daniel RIOU ; Kadhra SAFRIOUNE, association des harkis et des rapatriés d’Algérie et de leurs enfants de Bourgogne ; Anne SAVIGNEUX-LOINTIER, vice-présidente de la fédération de l¹Isère du MRAP, fille de résistant, petite-fille de déportée résistante ; Djelloul SEDDIKI ; Françoise SELIGMANN, présidente d’honneur de la LDH ; Huguette TANCHOUX ;Bertrand TAVERNIER, cinéaste ; Ali TEBIB, président de l’APSECT ; Pierre TOURNEMIRE, secrétaire général adjoint de la Ligue de l’enseignement ; Christian VIGNES ; Serge VOLLIN, peintre-artiste ; Mohamed ZERAOULA, président de l’association Espoir.