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guerre de Libye : et si les commanditaires étaient sanctionnés…

mercredi 3 septembre 2014

La Libye nouvelle sombre dans le chaos en se disloquant. Les milices ont succédé à la dictature féroce de Mouammar Kadhafi que nombre de nombreux Libyens disent maintenant regretter ...

Dans son éditorial du 30 juillet 2014, le journal Le Monde écrit : « Impossible de ne pas poser la question de la pertinence de l’intervention des Etats-Unis, de la France et de la Grande-Bretagne à l’appui de la rébellion de 2011 ». Et il poursuit en posant la question « Washington, Paris et Londres ont-ils eu raison de mener cette campagne de bombardements aériens qui a permis aux rebelles de l’emporter sur Kadhafi ? » [1]

Dans un entretien donné à la BBC, Rony Brauman va plus loin en demandant s’il ne faudrait pas envisager de « sanctionne[r] du moins politiquement » « ceux qui ont été à l’origine de la guerre en Libye. » [2]. C’est ce qu’expose ci-dessous le journal en ligne malien MaliActu [3].

Guerre de Libye : Et si les commanditaires étaient sanctionnés…

par Sidiki Bouaré, MaliActu, le 3 septembre 2014


Le conflit libyen revient de plus en plus avec insistance sur l’opportunité ou non de vouloir mener la guerre dans ce pays en pleine déliquescence aujourd’hui depuis un certain temps. Dans son éditorial du 31 juillet 2014, le journal Le Monde faisait amende honorable : Bien qu’ayant « approuvé sans réserve à l’époque… les bombardements franco-atlantistes sur la Libye ont été une erreur au vu du chaos actuel ».

Jeune Afrique, dans sa dernière parution, évoque le sujet du pour et du contre de cette guerre libyenne. Ce jeudi 28 août 2014, le président François Hollande demande à l’ONU « d’organiser un soutien exceptionnel » pour ce pays. Ce sont surtout les déclarations de Monsieur Rony Brauman, professeur associé à Sciences Po Paris et ancien président de Médecins Sans Frontières sur la chaîne BBC, le samedi dernier 23 août 2014, qui ont retenu notre attention.

Selon Rony Brauman, (invité de BBC le week-end dernier) « ceux qui ont été à l’origine de la guerre en Libye doivent être sanctionnés du moins politiquement…. De même qu’on a inventé des armes de destruction massive en Irak, on a inventé une destruction de la ville de Benghazi et de ses enfants pour justifier les frappes aériennes en Libye », poursuit-il. Il est vrai que le pétrole libyen avec un budget de reconstruction de 150 milliards d’euros pouvait justifier une guerre aux yeux de certains faucons et au détriment du peuple libyen que les alliés étaient censés défendre.

Cela dit, si sanction il devrait y avoir comme le préconise Rony Brauman, deux personnages devraient en subir pour faute gravissime. Il s’agit d’abord du philosophe français Bernard-Henry Levy et de l’ancien Président Nicolas Sarkozy. En effet, Bernard-Henry Levy s’est battu corps et âme pour forcer la main de Sarkozy à mener la guerre en Libye. Il s’en est même vanté sur le plateau de télévision de France 2 dans l’émission « On est pas couché » du 12 novembre 2011. Lors de cette émission, il a décrit comment il a manœuvré pour convaincre Sarkozy de faire la guerre. Commentant « ses prouesses », il dira que c’est sur son insistance que M. Mahmoud Djibril (CNT Libyen) se rend dans un Grand Hôtel parisien pour discuter avec Mme Hilary Clinton venue à Paris pour le sommet du G8. Selon BHL, la discussion durera trois heures d’horloge pour convaincre Mme Clinton ; peu de temps après Mme Clinton s’entretiendra avec le ministre américain de la Défense. Les deux personnalités échangent au téléphone avec Obama et le commandement des forces américaines. Tout a été mis aussitôt mis en branle.

La décision de faire la guerre en Libye venait d’être prise, à Paris. C’est BHL lui-même qui le dit. L’homme déterminé et très en verve sur le plateau de France 2 dira qu’il va tenter de faire la même chose pour la Syrie (ce qu’il n’a pas réussi). Le 12 septembre 2012, BHL publie dans Le Monde une tribune pour rendre hommage à Chris Stevens, l’ambassadeur américain assassiné la veille en Libye [4]. Et revient sur les préparatifs de l’intervention en Libye : « Dans ce combat commun, de Paris à Benghazi puis Washington, nos routes se sont plusieurs fois croisées. Cela a commencé à Paris, le 14 mars 2011. Et tout semblait perdu quand j’ai prié Mahmoud Jibril, l’envoyé du Conseil national de transition [...] de revenir de toute urgence à Paris pour y rencontrer Hillary Clinton qui venait, elle, pour un G8. Christopher Stevens assiste à l’entretien. » Et pour se vanter de cette guerre, Bernard-Henry Levy publie un livre sur cette guerre dont le titre est évocateur La guerre sans l’aimer en jouant sur les subtilités de la langue française, comme pour dire « la guerre que j’ai aimée ». Quid du président Sarkozy ?

Juste après le déclenchement des frappes de l’OTAN, il a eu l’audace de dire ceci : « Je me suis affranchi des règles internationales, car il fallait agir ». En d’autres termes, agir sans l’aval des Nations unies comme ce fut le cas pour le Mali. Citant Malraux, Bernard-Henri Levy disait : « Il n’y a pas d’armée juste, mais il y a des guerres justes ». Comment une guerre peut être considérée comme juste en faisant fi des règles internationales ?

Sarkozy et Bernard-Henri Levy l’ont fait… et, comme l’a soutenu Rony Brauman, ils doivent être sanctionnés.

Sidiki Bouaré



[2Pour écouter un enregistrement audio de cette émission : http://www.bbc.co.uk/afrique/nos_emissions/2014/08/140822_debat23.shtml

[3Source : MaliActu qui annonce comme source "Le Reporter"