Histoire coloniale et postcoloniale

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Faites ce que je dis ...

... pas ce que je fais.

mardi 28 décembre 2004, par la rédaction

Mardi 14 décembre 2004, on pouvait lire dans la presse :

La reconnaissance par la Turquie du génocide arménien de 1915 est "une question", mais pas "une condition" posée par la France à la Turquie dans le cadre du débat sur l’adhésion d’Ankara à l’Union européenne, a expliqué mardi le ministre des Affaires étrangères Michel Barnier.

Le ministre a toutefois précisé que la France demandera à la Turquie de reconnaître le génocide arménien de 1915. "Le moment venu, la Turquie devra faire ce devoir de mémoire par rapport à cette tragédie du début du siècle qui a touché des centaines de milliers d’Arméniens", a-t-il dit, soulignant que "le projet européen est fondé sur l’idée-même de la réconciliation".

La réaction de Karim Kettani [1]

" Il serait effectivement indispensable que l’Etat turc reconnaisse sa responsabilité dans le génocide arménien [...]. On imagine mal par exemple une Allemagne n’ayant pas reconnu l’existence même du génocide juif comme membre de l’Union européenne, laquelle est fondée sur l’idée de démocratie et de non-discrimination.

" Il est cependant inconvenant de la part de la France, qui n’a toujours pas reconnu les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre commis par elle lors des guerres coloniales d’Indochine et d’Afrique du nord, d’exiger de la Turquie ce qu’elle a du mal à faire elle-même : voir son passé en face, sans retouches. Il est vrai que la France a tardivement fait son travail de mémoire sur son rôle dans l’extrermination des juifs d’Europe, mais elle est loin d’un effort comparable pour ce qui est de sa sanglante histoire coloniale, lors de laquelle elle s’est rendue coupable d’esclavagisme, d’apartheid, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre. Au contraire, puisque le gouvernement actuel envisage de rendre hommage aux harkis, pieds-noirs et troupes coloniales, sans évoquer d’un mot les victimes du règne colonial français en Algérie."

Karim Kettani


[1Karim Kettani, juriste et militant des droits de l’homme, publie sur le site www.minorites.org.