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communiqué de la section LDH de Toulon

expulsions de Roms : pas en notre nom

dimanche 17 mars 2013

Communiqué de la LDH de Toulon

Après avoir établi en 2012 des records de reconduites à la frontière, le ministre de l’Intérieur annonce son intention de démanteler les campements de Roms et d’en expulser les occupants. Selon des bruits qui circulent, une telle opération serait prévue à Toulon pour le début de cette semaine. Ne pouvant rester silencieux, nous reprenons la déclaration de Mgr Le Gall, archevêque de Toulouse, en août 2010 :

« Nous ne pouvons nous résoudre à voir les Roms et Gens du voyage victimes de préjugés et d’amalgames, boucs-émissaires désignés des difficultés de notre société, alors qu’ils en sont souvent les premières victimes. Nous sommes convaincus que le remède à la peur et à l’insécurité ne se trouve pas dans une surenchère sécuritaire mais passe par une action de longue haleine nourrie de respect et de connaissance réciproques. [1] »
Toulon, le 17 mars 2013


Expulsion de Roms à Vigneux-sur-Seine, le 11 mars 2013 :


Nous nous associons pleinement aux prises de position reprises ci-dessous :

  • la Ligue des droits de l’Homme
  • la Voix des Rroms
  • SOS Racisme
  • le Conseil d’État (avril 2011).

Communiqué LDH

Sur quelles flammes souffle le ministre de l’Intérieur ?

Provocation verbale assumée, retour du refoulé, dérapage soigneusement contrôlé ? Quelle que soit l’explication qu’on choisisse d’adopter, les propos du ministre de l’Intérieur reprenant une série de clichés détestables à l’encontre des Roms sont proprement intolérables, comme ils le seraient vis-à-vis de toute autre population. Alors que les Roms, citoyens européens, devraient bénéficier de la législation en vigueur, ils se voient assignés à résidence à travers une expression dépréciative, inimaginable pour tout autre membre de l’Union européenne. La déclaration du ministre exprime par ailleurs, et sur un mode catégorique, une sorte de vérité révélée selon laquelle les Roms « ne souhaiteraient pas s’intégrer ». C’est ahurissant : jusqu’à plus ample informé, ce sont bien les enfants roms qui tentent de faire valoir leur droit à la scolarisation et certains maires qui les en empêchent, pas le contraire. Il y a, de la même manière, une certaine indécence à leur reprocher les actes d’incendies volontaires dont ils ont été les victimes…

La Ligue des droits de l’Homme tient à exprimer sa condamnation de propos tout à la fois inconséquents et lourds de conséquences, très éloignés de la circulaire interministérielle du 26 août 2012. Les populations roms, les défenseurs des droits et de la solidarité qui sont à leurs côtés, ont besoin de tout autre chose que de propos incendiaires. La LDH invite le gouvernement à inscrire son action dans le respect des droits fondamentaux et de la dignité des personnes.

Paris, le 15 mars 2013

La voix des Rroms [2]

M. Valls appelle à la discrimination des Rroms

L’interview de M. Valls au Parisien d’hier, est un concentré de mensonges et de messages jetant l’opprobre sur les Rroms. Tout y passe. Des références à la délinquance, aux trafics, à la prétendue non-acceptation des Rroms par les habitants des quartiers populaires touchés par la crise, comme si les Rroms en étaient à l’origine…
Mais M. Valls va encore plus loin, même peut-être un peu trop par rapport à ce qu’impose la loi française, lorsqu’il dit que « Des familles sont désireuses de s’intégrer, mais elles sont une minorité », puis, reprenant en son compte une phrase qu’il attribue au Premier ministre roumain : « Les Roms ont vocation à rester en Roumanie, ou à y retourner. »

En vertu de quelle loi les Rroms auraient-ils vocation à rester en Roumanie ou à y retourner ? A supposer que M. Valls fait référence aux seuls Rroms de Roumanie et pas aux 10 millions de Rroms citoyens d’autres pays européens, parmi lesquels quelques 500.000 Français, une question reste en suspens :

Pourquoi les Rroms roumains seraient-ils exclus de la possibilité de vivre ailleurs dans l’Union européenne, dont leur pays fait partie ? Est-ce bien le rôle d’un ministre de la République française de leur assigner autoritairement une telle « vocation » ou même de la partager avec le Premier ministre roumain, si celui-ci en prend l’initiative ?

M. Valls dit que « la Roumanie doit utiliser davantage les fonds structurels européens en direction de cette population ». C’est sans doute vrai, mais la France peut aussi utiliser ces mêmes fonds, non pas que pour la résorption des bidonvilles, mais aussi plus largement pour une vraie politique du logement etc. Faute de pouvoir renvoyer les 4 millions de mal logés en Roumanie, il faudrait donc qu’elle y songe aussi.

Cette interview de M. Valls est de mauvais augure. Elle annonce un durcissement de la politique à laquelle nous assistons depuis 2003, lorsque M. Sarkozy devint ministre de l’Intérieur. Une politique qui refuse la conciliation avec une réalité simple et claire :

Parmi les 2 millions de Rroms citoyens roumains, seulement 15.000 environ vivent en France dans des bidonvilles et squats, et ceci depuis des années. Les expulsions répétées n’ont jamais été une solution, ce que reconnaissent aussi certains préfets, proches du terrain. La circulaire interministérielle du 26 août 2012 préconise un certain nombre d’actions à mener qui coûteraient bien moins cher que les expulsions et aboutiraient à de vraies solutions tant pour les habitants de ces bidonvilles que pour la société française en général.

Il y a cependant une condition sine qua non à cela : qu’on arrête la démagogie, trop coûteuse par ailleurs, et qu’on commence à travailler réellement avec ces personnes. Ces Rroms sont loin d’être un ramassis de cas sociaux désespérés. Ils veulent mener une vie normale en travaillant, en allant à l’école, en ayant un logement décent comme tout un chacun. Ceux qui disent le contraire ne sont pas seulement des menteurs, mais aussi des irresponsables dangereux pour la paix et la cohésion sociales.

Le 15 mars 2013

SOS Racisme [3]

SOS Racisme révoltée par les propos du Ministre de l’Intérieur à l’égard des Roms

Selon Manuel Valls, à propos de l’expérience des villages d’insertion, cette dernière « ne peut concerner qu’une minorité car, hélas, les occupants des campements ne souhaitent pas s’intégrer dans notre pays pour des raisons culturelles ou parce qu’ils sont entre les mains de réseaux versés dans la mendicité ou la prostitution ».

Pour SOS Racisme il est inqualifiable qu’un Ministre de la République verse dans un tel amalgame et vienne renforcer de la sorte une stigmatisation honteuse à l’endroit d’une population déjà victime de violences racistes et d’un rejet populaire anachronique.

En véhiculant de tels clichés au plus haut sommet de l’Etat, le Ministre de l’intérieur, par ailleurs en contradiction avec les engagements pris par le candidat Hollande sur le sujet, inflige à notre République et au principe d’égalité une blessure inouïe et révoltante.

A propos des fameux "camps", SOS Racisme alerte sur les conditions de vie en effet scandaleusement indignes et sur l’insalubrité de ces véritables bidonvilles, propices à de nombreux drames et qui constituent un affront à notre République.

Pour SOS Racisme, il s’agit surtout de s’inquiéter du devenir des occupants, dont de nombreux enfants, des camps promis au démantèlement, et demande à ce qu’ils soient relogés dans des structures adaptées afin que soit assurées correctement leur sécurité et leur dignité les plus élémentaires.

Le 15 mars 2013

Il y a deux ans, le Conseil d’État annulait une circulaire du ministre de l’Intérieur relative à l’évacuation des campements illicites :

Communiqué de presse du Conseil d’État du 7 avril 2011 [4]

Campements illicites de Roms

Le Conseil d’État était saisi par l’association « S.O.S. Racisme – Touche pas à mon pote » d’un recours en excès de pouvoir dirigé contre deux circulaires du 5 août 2010 et du 13 septembre 2010 prises par le ministre de l’intérieur, de l’outre-mer et des collectivités territoriales et relatives à l’évacuation des campements illicites.

Par la première de ces deux circulaires, le ministre donnait instruction à ses services de faire évacuer de manière prioritaire les campements illicites de Roms. Le Conseil d’État a annulé ce texte, en se fondant sur l’article 1er de la Constitution, qui pose le principe d’égalité devant la loi. Il a jugé que l’objectif, invoqué par le ministre, de protection du droit de propriété et de prévention des atteintes à la salubrité, la sécurité et la tranquillité publiques, ne l’autorisait pas à mettre en œuvre, en méconnaissance du principe d’égalité devant la loi, une politique d’évacuation des campements illicites désignant spécialement certains de leurs occupants en raison de leur origine ethnique.

[...] Lire la décision