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communiqué de la LDH 13

évacuation de Roms à Marseille : “un cynisme qui fait école en Europe”

jeudi 29 septembre 2011

Mardi matin, 27 septembre 2011, près de 200 Roms roumains ont été évacués par la police dans le quartier de Font Vert à Marseille. Parmi eux, figu­raient des enfants scolarisés et des nour­ris­sons.

Ces évacuations musclées de Roms comme le récent tramway de la honte en région parisienne relèvent de la communication médiatico-électorale et témoignent de l’absence d’une volonté de s’attaquer aux problèmes de fond. Pour la Ligue des droits de l’Homme, s’en prendre aux plus faibles, désigner des boucs émissaires n’est pas tolérable : toute personne a droit au respect de sa dignité et de l’égalité de ses droits.

Ci-dessous, après une vidéo enregistrée à Marseille le 27 septembre, un communiqué de la fédération des Bouches-du-Rhône de la LDH, et, pour terminer, un article datant d’il y a un an dans lequel le Guardian dénonçait un « cynisme qui fait école en Europe ».

Une vidéo publiée le 27 septembre 2011 par afpfr (1m 38s) :


Communiqué de la fédération des Bouches-du-Rhône de la LDH
 [1]

Marseille le 27 septembre 2011

Expulsion des Rroms de Marseille

….quand le Samu Social sert de caution morale à une politique inhumaine et xénophobe !

Le scénario est maintenant bien rodé. Un important déploiement policier s’est mis en place dès 6 heures ce matin pour procéder à l’évacuation de 200 personnes, dont de nombreux enfants, installées dans le quartier de St Barthélémy à Marseille.
La violence institutionnelle est criante et une journaliste qui voulait filmer cette intervention, a été violemment embarquée pour être placée en garde à vue. Les autres journalistes devront attendre sagement le feu vert de la préfecture pour prendre note des déclarations officielles.

Nous dénonçons cette atteinte au droit d’être informé, une atteinte à la liberté de la presse. Cette attitude vis-à-vis des médias est significative d’une politique qui, loin de travailler aux réponses possibles pour l’accueil et l’accompagnement social de ces familles en grandes difficultés, participe d’une politique d’exclusion, de discrimination. Une politique qui renforce une idéologie d’extrême droite, le racisme et la xénophobie déjà bien présents au sein de la population marseillaise en but à de réelles difficultés sociales.

Les échanges spontanés avec quelques habitants du quartier doivent nous alerter sur le devoir de mémoire des exactions commises à l’encontre de ce peuple avec la triste collaboration de la police et d’une partie de la population. Un relent de nationalisme s’exprime clairement et l’attitude irresponsable du maire de Marseille, laissant pourrir la situation, ne peut que renforcer représentations et clichés.
En guise de Mercédès et de BMW de luxe, ces familles sont reparties à la recherche d’un abri de fortune emportant dans des caddies toute leur vie
… et en prime le « quatre quart » généreusement distribué par le Samu social totalement instrumentalisé pour cette basse politique.

Rappelons ici à Monsieur le Maire son engagement à organiser une table ronde regroupant les collectivités territoriales, les partis politiques et les associations, pour travailler ensemble, au-delà de nos divergences, à des solutions concrètes et adaptées, pour l’accueil et l’accompagnement de ces familles.

Nous demandons que cesse immédiatement toute expulsion sans proposition concrète d’accueil et d’hébergement pérenne.

Nous en appelons à la conscience de tous les Marseillais pour que s’expriment résistance et solidarité, car l’histoire nous a montré qu’à travers le traitement réservé aux Rroms, ce sont les Droits de l’Homme qui sont menacés.

Pour la LDH 13
Bernard Eynaud


Vu du Royaume-Uni, il y a un an ... :

Racisme et violence d’Etat

par Ethel Brooks, The Guardian, 26 août 2010


Pour détourner l’attention de la crise, le président a décidé de s’en prendre aux Roms. Un cynisme qui fait école en Europe.

A quelle époque vivons-nous ? C’est malheureux à dire, mais il semble que nous vivions – une fois de plus – à une époque où la France harcèle et expulse ses Roms au nom de la loi et de l’ordre. Le gouvernement a commencé à démanteler des camps roms en juillet, et à ce jour plus d’une cinquantaine ont été évacués. Ces mesures font partie d’une vaste offensive sécuritaire lancée par le président Sarkozy après un week-end de juillet marqué par des émeutes dans le centre de la France. A Saint-Aignan, un Rom de 22 ans qui avait forcé un barrage routier a été tué par un gendarme. D’autres Roms, armés de haches et de barres de fer, ont alors riposté en abattant des arbres, en vandalisant des feux de signalisation, en incendiant des automobiles et en saccageant une boulangerie et la gendarmerie. C’est la première fois que la France voit de jeunes Roms manifester leur mécontentement par des actes de violence. Enfin, au lieu de messages de sympathie à l’attention des familles endeuillées ou d’excuses pour le décès causé par les forces de l’ordre, ces événements ont immédiatement été suivis de violences d’Etat, d’expulsions et de stigmatisation.

Les attaques du gouvernement Sarkozy contre les Roms ne révèlent rien d’autre qu’une politique cynique, un racisme d’Etat et une xénophobie ciblant les Tsiganes, et plus généralement les immigrés. Ces attaques ont été commises alors même que le jeune homme abattu par la gendarmerie était de nationalité française et que les expulsés étaient des ressortissants de pays membres de l’Union européenne, qui ont le droit d’entrer en France sans visa et d’y rester s’ils trouvent un emploi dans les trois mois qui suivent leur arrivée.

La France n’est pas le seul pays à s’en prendre à ses Roms et à ceux d’autres Etats membres de l’UE. Dans toute l’Europe, des dirigeants ont jugé opportun de se focaliser sur eux lorsque la crise économique devenait trop pressante ou les scandales politiques trop menaçants. De fait, M. Sarkozy semble avoir tiré les leçons de l’expérience de son homologue italien, Silvio Berlusconi, dont le gouvernement a progressivement pris les Roms pour cible d’une violence d’Etat et d’une xénophobie quotidiennes. Des tendances similaires sont à l’œuvre dans des pays comme la Slovaquie, la Hongrie, la Bulgarie et la Turquie.

Moi-même américaine d’origine rom, je suis épouvantée par ce que mon peuple vit en Europe. Je suis choquée que la communauté internationale n’ait pas davantage réagi, en actes comme en paroles, contre cette persécution d’Etat. Quand les Etats-nations seront-ils tenus de rendre des comptes de leur politique vis-à-vis des Roms ? Jusqu’à quand devrons-nous être témoins de ce qu’il faut bien appeler une violence protofasciste contre les Roms sans que les responsables soient poursuivis ?


[1LDH – Fédération des Bouches du Rhône
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06 80 95 22 39