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désintox : les maires FN n’ont pas été de bons gestionnaires

vendredi 28 mars 2014

Au cours de la campagne des élections municipales, les candidats du FN ont répété à satiété que Toulon, Marignane et Vitrolles se portaient mieux "sur le plan fiscal et des finances publiques" après le passage de maires issus de ce parti. Marine Le Pen a entonné le même refrain : pour elle, ce sont "les rapports de la cour régionale des comptes" qui le disent.

Vrai ou faux ?

Réponse : globalement faux !

France-info l’a mis en évidence le 27 mars dans une émission que l’ont peut [ré]écouter. Le résultat était connu pour Toulon – Les Echos le redisent ci-dessous. France-info le confirme pour les autres villes.

[Mis en ligne le 27 mars 2014, mis à jour le 28]



Marine Le Pen dit-elle vrai sur les comptes des anciennes villes FN ? [1]

La lecture attentive des différents rapports est éclairante sur la manière dont ont été gérées les communes gagnées dans le sud-est de la France par le Front national en 1995 et 1997.

Toulon

Jean-Marie Le Chevallier est maire de 1995 à 2001. Il quitte le FN en cours de mandat. En 2007, la cour régionale des comptes sort son rapport.
Résultat, sur le plan fiscal, pointé par Marine Le Pen, les taux de la taxe d’habitation et de la taxe foncière étaient supérieurs à ceux des communes de taille comparable au début du mandat de Jean-Marie Le Chevalier. A la fin de son mandat, les écarts sont encore plus grands.
Les dépenses de personnel augmentent de 15% entre 1997 et 2001. La dette par habitant diminue, mais les investissements chutent. Par exemple, les cantines scolaires ne sont plus aux normes et la voirie n’est pas entretenue.

Vitrolles

Catherine Mégret est élue en 1997 sous l’étiquette Front national. La femme de Bruno Mégret quitte le FN en cours de mandat et perd la mairie en 2002.
Cette année là, sort un rapport de la cour des comptes. Il note que la fiscalité est restée stable à Vitrolles et que la dette a baissé. Marine Le Pen est dans le vrai sur ces deux indicateurs.

Reste que pour atteindre ces objectifs, Catherine Mégret a utilisé plusieurs leviers peu orthodoxes.
D’abord, les remboursements de la dette ont été repoussés d’une année sur l’autre, à plusieurs reprises. Ensuite, les dépenses d’équipement, les investissements, se sont retrouvé à des niveaux "extrêmement faible", selon les termes du rapport. Et puis, pour assurer sa trésorerie, la commune s’est servie de l’eau. Les tarifs de l’eau ont augmenté très fortement dés 1997, ce qui a permis de dégager beaucoup d’argent.

Marignane

Daniel Simonpiéri, élu en 1995 sous l’étiquette Front national, qu’il quitte lui aussi. Il perdra la mairie en 2008.
Cette année là, sort un rapport de la cour des comptes. Sur la fiscalité, la taxe foncière est lourde à Marignane, et pour ne rien arranger, les taux de toutes les taxes locales augmentent au cours du 2ème mandat du maire.
La dette de la ville grimpe de 16% entre 1997 et 2003. Les dépenses de personnel décollent. La cour de compte parle de "dérapage des dépenses" et de budget "déséquilibré".

Orange

C’est la seule ville que Marine Le Pen ne cite pas et c’est celle qui s’en sort le mieux sur les impôts et la dette.
Jacques Bompart en est toujours le maire, élu sous l’étiquette FN, qu’il a ensuite quitté en 2005. Les impôts ont diminué à Orange et la dette a fortement baissé. "La situation financière de la commune est bonne", d’après le rapport de la cour de comptes de 2011.

Jean-Marie Le Chevallier, Jean-Marie Le Pen, Jacques Bompard, Daniel Simonpieri


Toulon : Le clientélisme et la gabegie à l’oeuvre

par Christiane Navas, Les Echos, le 28 mars 2014


« FN tête haute, mains propres », le slogan de campagne de Jean-Marie Le Chevallier, élu maire de Toulon avec 37 % des voix en 1995, n’a pas résisté à l’épreuve des faits. Clientélisme et népotisme ont marqué son mandat, qui s’est soldé par une défaite dès le premier tour des municipales en 2001. Le rapport de la chambre régionale des comptes est éloquent : les effectifs de la ville ont progressé de plus de 11 % de 1997 à 2001. Militants du FN, proches et parents des élus en place ont bénéficié à plein du système. L’épouse du maire, adjointe chargée de la jeunesse, présidait Jeunesse toulonnaise, une association paramunicipale créée en 1995, qui a employé jusqu’à 205 salariés. Celle-ci déposera le bilan en 1999, laissant une ardoise de 2,14 millions d’euros plus 700.000 euros d’intérêts, qui devront être soldés, une fois épuisés tous les recours, par la ville en 2010. Les époux Le Chevallier seront condamnés pour détournement de fonds publics et complicité d’abus de confiance. Pas moins de cinq adjoints ont été mis en examen. Jean-Marie Le Chevallier a laissé, selon la chambre régionale des comptes, « une situation financière fragile » malgré une fiscalité élevée, supérieure à la moyenne nationale pour des villes de même taille. Si l’endettement a bien été réduit, c’est essentiellement dû, souligne-t-elle, à une quasi-absence d’investissement de 1997 à 2001.