Histoire coloniale et postcoloniale

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de la liberté de commémorer la fin de la guerre d’Algérie...

jeudi 23 février 2012, par la rédaction

Faute de pouvoir interdire le colloque “Algérie 1962 : pourquoi une fin de guerre si tragique ?”, le maire de Nice, Christian Estrosi avait demandé à la Ligue des droits de l’Homme de « surseoir » à son projet. La LDH a refusé de céder à cette pression et le colloque s’est tenu les 10 et 11 février derniers, sans incident majeur, mis à part les cris d’oiseaux proférés par une vingtaine de perturbateurs nostalgériques, au début de la matinée.

D’autres réunions et colloques prévus pour les jours prochains, à l’occasion du cinquantenaire des Accords d’Evian, sont l’objet de menaces. À Samatan (Gers), la soirée couscous qui devait conclure la journée du 25 février a été annulée par le maire, suite à la pression d’un groupe d’activistes pour lesquels la seule vision acceptable de la guerre d’Algérie est celle de l’“Algérie française” – mais la projection-débat du film El gusto est maintenue.

Il importe que les autres colloques, notamment ceux qui sont prévus à Nîmes [1] et à Évian, puissent se tenir dans le calme et la sérénité.
Dans une démocratie, il incombe aux pouvoirs publics de veiller au respect de la liberté d’expression.

[Mis en ligne le 22 février 2012, mis à jour le 23]


Alain Lopez tient à renforcer les liens d’amitié avec le Maghreb. (Photo reprod.)

Samatan. El Gusto, une amitié d’une rive à l’autre [2]

Samedi 25 février, l’association Coup de soleil Midi-Pyrénées et l’association Citoyen en Savès organisent une animation pour marquer le cinquantenaire de l’indépendance en Algérie (4 juillet 1962). A 17 h 30, projection du film El gusto, à la salle Jean-Claude-Brialy. Ce film est une ode à l’amitié. La bonne humeur (el gusto) caractérise la musique populaire inventée au milieu des années « 20 » au cœur de la Casbah d’Alger par le grand musicien de l’époque El Anka. Elle rythme l’enfance de ses jeunes élèves du Conservatoire, Arabes ou Juifs. L’amitié et leur amour commun pour cette musique qui « fait oublier la misère, la faim, la soif », les rassemblent pendant des années au sein du même orchestre jusqu’à la guerre et ses bouleversements. El gusto, Buena Vista Social Club algérien, raconte avec émotion et bonne humeur comment la musique a réuni ceux que l’Histoire a séparés il y a 50 ans. Suivra un débat : “Colonisation et libération de l’Algérie : quel impact sur la société d’aujourd’hui ?”.

Dans le Gers, on ne « fête » pas la fin de la guerre d’Algérie [3]

A Samatan (Gers), la soirée couscous a été annulée. Le maire a jugé le risque de trouble à l’ordre public trop élevé. L’organisateur de l’événement, prévu le 25 février, crie à la censure. Il s’appelle Alain Lopez. Cet enfant des Hauts plateaux algériens est devenu exploitant agricole dans le Gers. Il est désormais retraité et a passé ces dernières semaines à organiser une commémoration de la « fin de la guerre d’Algérie » avec :

  • la projection d’un film, El gusto, au cinéma de Samatan ;
  • un débat, animé par des membres de l’association 4ACG (Anciens appelés en Algérie et leurs amis contre la guerre) ;
  • un couscous à la salle des fêtes.

Ainsi qu’il l’a écrit au maire de Samatan, il s’agissait d’ « une demi-journée de réflexion à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie, incluant la projection d’un film, une conférence/débat et un dîner convivial » afin de « revenir sur l’histoire de la colonisation et de la libération de l’Algérie, d’analyser son impact sur la société dans laquelle nous vivons aujourd’hui, et d’œuvrer au renforcement de l’amitié entre les citoyens des deux pays, qu’ils résident en France ou en Algérie [4] ».

Sitôt l’événement annoncé, des dizaines et des dizaines d’e-mails de protestation sont arrivés sur les ordinateurs de la mairie, raconte le maire de la commune. Ils provenaient de « membres d’associations de rapatriés, de Pieds Noirs, de harkis ». Tous choqués par un mot : « fête » – qui ne figure d’ailleurs pas sur l’affichette [*] – ils estiment qu’Alain Lopez s’est livré à une provocation :

« Pour nous, les 50 ans, c’est les 50 ans de l’exode. Un million de Français sont rentrés sans rien. 150 000 harkis ont été massacrés. On ne peut pas faire une fête », s’indigne celui qui a pris la tête de la fronde contre le « couscous festif » et ce « pseudo-débat avec des orateurs tous issus d’une même association qui fait l’apologie de militaires qui ont déserté ou aidé le FLN, qui ont combattu contre leur propre camp et applaudi le Manifeste des 121 ! »

Puis le maire a eu vent d’un projet de contre-manifestation « d’ampleur nationale ». « Ça prenait des proportions folles. » Il a pris contact avec la préfecture qui lui a rappelé qu’il était « responsable de la sécurité publique ». Il a renoncé à prêter la salle des fêtes. Mêmes pressions et même réaction à Lombez, commune voisine où Alain Lopez a voulu abriter son couscous.

Communiqué 4ACG/Coup de soleil Midi-Pyrénées [5]

Censure à Samatan

La Mairie de Samatan, sous la pression menaçante des ultras nostalgiques de l’Algérie française, a décidé de refuser l’accès à une salle municipale que nos trois associations avaient réservée depuis plusieurs semaines.

Nous comptions marquer le 50ème anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie par un moment fraternel (couscous de l’amitié) qui se trouve empêché par la décision du maire.

Vous trouverez [ci-dessus] l’affiche qui invitait à notre initiative : venez nombreux voir ce film qui met en scène la musique algéroise chaabi, commune aux Musulmans, Juifs, Espagnols...

La projection du film est maintenue.

Un colloque à Nîmes  [6]

Un colloque d’historiens consacré à “La fédération de France du FLN”, est programmé à Nîmes, les 10 et 11 mars prochains dans l’auditorium du conseil général du Gard.

« La présence et l’action en France, pendant la Guerre d’Algérie, de l’organisation clandestine du FLN algérien sont mal connues du grand public », expliquent les organisateurs qui insistent, dans le document de présentation de la manifestation, sur « le respect de la pluralité des points de vue [1] ».

Le collectif organisateur réunit notamment l’Association des Algériens du Languedoc-Roussillon et de l’Aveyron, France-El Djazaïr, France Palestine Solidarité, la CGT du Gard, le Mouvement de la Paix Nîmes ou Solidaires 30.

Le président de l’Union syndicale de défense des intérêts des Français repliés d’Algérie (Usdifra) a déjà dégainé la plume, pour saisir l’Élysée, l’Intérieur, le préfet du Gard et une pléiade d’élus afin de réclamer l’interdiction de cet événement. Et il a commencé à battre le rappel chez les organisations de pieds-noirs. « Si ce colloque n’est pas annulé, nous serons nombreux pour manifester », promet-il. En jurant mordicus que sa démarche est parfaitement apolitique. Même s’il s’affiche aux côtés de Marine Le Pen sur une photo de son site prise en août dernier lors du salon organisé par l’Usdifra au Barcarès (Pyrénées orientales)... [7]


[Note ajoutée le 23 février 2012] – L’indépendance de l’Algérie en 1962 a été un drame pour beaucoup de Pieds Noirs, et, plus encore, pour de nombreux Harkis, mais elle a été vécue comme une libération par la plupart des Algériens et par de nombreux appelés du contingent qui avaient dû quitter leurs foyers pour faire une guerre qu’ils n’approuvaient pas.

C’était le dénouement d’une histoire tragique qui a commencé avec le débarquement des soldats français sur la plage de Sidi-Ferruch le 14 juin 1830. Alors laissons à chacun la liberté de commémorer la fin de la guerre d’Algérie suivant sa sensibilité et dans le respect de celle des autres.



[1Le programme du colloque de Nîmes : http://www.grandensemble.fr/uploads....
Entrée libre.

[2Extrait de La Dépêche du 14 février 2012.

[3D’après Mathieu Deslandes, Journaliste Rue89 : http://www.rue89.com/2012/02/05/alg....

[*[Note ajoutée le 23 février 2012] – La première version de cette affichette avait pour titre “Fête du Cinquantenaire de la fin de la guerre
d’Algérie”.

[6Référence : Le Midi Libre, le 20 février 2012 : http://www.midilibre.fr/2012/02/20/....