Histoire coloniale et postcoloniale

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colloque à l’université de Guelma sur le 8 mai 1945 : intervention de Gilles Manceron

vendredi 9 mai 2008, par la rédaction

Le sixième colloque international sur les massacres du 8 mai 1945 à Guelma s’est tenu les 6 et 7 mai 2008 dans la salle de conférences de la bibliothèque centrale de l’université 8 mai 45 de Guelma.

Vous trouverez ci-dessous un résumé de quelques articles de la presse algérienne qui en rendent compte, suivie de l’intervention consacrée à la société française devant les massacres de mai-juin 1945 en Algérie, prononcée à l’ouverture du colloque par Gilles Manceron.

A Guelma, le 27 avril 2008, l’ambassadeur de France à Alger, Bernard Bajolet, salue Saci Benhamla, ancien militant du PPA. (Ph. ambassade de France)

Le colloque

Le quotidien Le Jour d’Algérie du 7 mai rapporte que le recteur de l’université du 8 mai 45, Mohamed Namemcha, a souligné à l’ouverture du colloque la nécessité pour les historiens algériens et français à aller « au fond  » de l’histoire, dans le but de « transmettre aux générations futures les réalités de la colonisation  ». Il a annoncé qu’un programme de recherches dans ce sens sera réalisé par une équipe d’historiens algériens et français pour parvenir à introduire un «  bond qualitatif  » dans la recherche scientifique sur les différents aspects de la période coloniale en Algérie à partir d’une vision «  scientifique de l’histoire  ».

On trouvera ci-dessous le texte de l’intervention d’ouverture, par Gilles Manceron, sur « L’occultation dans la société française du 8 mai 1945 en Algérie et le lent mouvement vers sa reconnaissance ». Rendant compte du débat qui l’a suivi, le quotidien Liberté du 7 mai rapporte que, selon l’intervenant, «  la société française est travaillée par des tendances contradictoires, ceux qui veulent la reconnaissance et ceux qui ne veulent pas d’elle, préférant que les manuels scolaires continuent à présenter la colonisation comme une œuvre de civilisation […] cette dernière tendance est forte dans la société française. Elle est même majoritaire contre l’autre tendance qui demande la vérité et la reconnaissance ». Toutefois, il perçoit des signes positifs comme la qualification des massacres du 8 mai 1945 par l’actuel ambassadeur de France en Algérie, il y a une semaine, à Guelma, d’actes abominables, et pense que cette position «  mérite d’être adoptée par les plus hautes des autorités de l’État français ».

El Watan du 7 mai rapporte que Jean-Louis Planche a consacré sa communication au « massacre du Constantinois en mai-juin 1945 vu par les services de renseignements américains ». Pour l’intervenant : « l’Office of Strategic Services (OSS) à Alger à travers la Jicame (Joint Intelligence Collection Agency for Africa and Middle East) reste un des postes les plus importants de l’OSS, la plus vaste agence de renseignement des Alliés, et la première dont les Etats-Unis se soient dotés ».

«  Les archives des services américains de l’époque peuvent être une piste d’une très grande utilité pour les chercheurs devant le black-out français », rapporte Liberté. L’OSS comptait en mai 1945 près de 20 000 agents civils ou militaires et suivait de près ce qui se passait en Algérie, où son commandement pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient était stationné. Pas moins de 77 militaires et civils faisaient fonctionner un véritable laboratoire d’écoute, d’analyse et de veille. Les Américains ont compris dès le début qu’ils étaient en face d’une vaste répression.
Un journaliste américain a pu accéder à un rapport confidentiel destiné aux généraux français sur les événements qui donne le chiffre de 17 400 morts. Pour la seule petite localité d’El-Achir dans la wilaya de Bordj Bou-Arréridj, dans ce qu’on appelait alors la commune mixte des Bibans, on comptait 3 000 morts.

Parmi les intervenants algériens, El Watan cite les professeurs Mohamed Saïdi, Mohamed El Korso et Abdelmadjid Merdaci, qui a, quant à lui, abordé les événements du 8 mai 45 dans la fiction, à travers le livre de Francis Zamponi, Le Boucher de Guelma [1]. Ourda Siari-Tengour a traité pour sa part du 8 mai 1945 dans l’Aurès Nemancha.

La deuxième journée du colloque a été marquée en particulier par les interventions de Benjamin Stora et de l’historien et archiviste algérien Fouad Soufi.

La gerbe déposée le 27 avril 2008, par Bernard Bajolet, ambassadeur de France en Algérie, au monument aux victimes algériennes du 8 mai 1945. (Ph. ambassade de France)

L’occultation dans la société française du 8 mai 1945 en Algérie et le lent mouvement vers sa reconnaissance

par Gilles Manceron

Au moment où les événements de mai et juin 1945 sont intervenus dans le Constantinois, ils ont été dissimulés ou largement déformés dans la presse française. Le déroulement de la manifestation du 8 mai 1945 à Sétif – marquée par la tentative d’un cortège formé d’Algériens de participer au défilé jusqu’au monument aux morts en arborant le drapeau algérien, puis par l’intervention violente de la police, puis, enfin, par la panique la foule violemment réprimée et aussi des violences aveugles contre des civils d’origine européenne de la part de certains éléments de cette foule – a été, en France, occulté ou travesti. Jamais l’ordre chronologique des événements tels qu’ils se sont réellement déroulés n’a été rapporté dans les journaux. Jamais le véritable objet de l’intervention policière – empêcher la présence du drapeau du Parti du peuple algérien (PPA) parmi les emblèmes nationaux des pays victorieux de la seconde guerre mondiale – n’a été restitué par eux comme le point de départ des incidents.

D’une part, la presse française n’a accordé à ces événements qu’une place très limitée. A l’origine de ce silence se trouve le « black out » imposé par l’armée sur les événements du Constantinois : la censure sévissait et seule l’Agence France Presse (AFP), étroitement surveillée par les services du gouverneur général d’Alger, diffusait les nouvelles. Le correspondant de guerre américain interrogé dans le film que France 2 va diffuser le 8 mai 2008 – et sur lequel nous reviendrons – explique qu’alors qu’il se trouvait en Italie, son journal l’a envoyé « enquêter en Algérie sur un événement que les Français étaient en train de cacher ».

Et, quand ce n’était pas le silence, la relation des faits était loin de correspondre à la réalité. L’armée française manipulait l’information. C’est elle qui est allé notamment photographier, sur son lit d’hôpital à Sétif, la victime européenne qui avait eu les deux mains amputées et qui a diffusé largement ce cliché. C’est elle qui a diffusé abondamment les informations sur les victimes européennes et s’est soigneusement gardé de laisser filtrer les faits sur l’ampleur et l’arbitraire de la répression.

Dans ces conditions, la presse française a donné à l’événement une place très limitée par rapport à sa gravité. D’abord parce que ses colonnes étaient prises par d’autres sujets, les Français étaient tout entiers à la célébration de la défaite allemande. Et, quand elle en a parlé, elle en a publié une relation tout à fait déformée, reprenant l’accusation selon laquelle, à l’origine des incidents, il ne pouvait y avoir que des « agents hitlériens ». Ce fut le cas y compris dans la presse du Parti communiste, puissant au sortir de la guerre, qui incarnait le courant politique de la société française le plus critique vis-à-vis du colonialisme, mais qui s’était nettement séparé des nationalistes de l’Étoile-nord-africaine dans les années 1934-1938, et voyait dans le Parti du peuple algérien (PPA) des adversaires. Déjà, dans les années 1930, on avait accusé le leader du PPA Messali Hadj d’être l’homme des fascistes italiens ou des nazis, ou d’être proche du PPF de Jacques Doriot, ce qui était faux puisque Messali avait soutenu le Front populaire en France et la République espagnole. Mais le réflexe était bien ancré, et, en mai et juin 1945, pour la majorité de la gauche, ceux qui voulaient détacher l’Afrique du nord de la France étaient, dans le meilleur des cas, « objectivement » des complices des nazis.

Par la suite, les événements de mai-juin 1945 dans le Constantinois ont été largement ignorés en France. La mémoire des massacres commis dans la région de Sétif et de Guelma est restée longtemps enfouie dans la société française. Les événements de la guerre d’indépendance qui a suivi le 1er Novembre 1954 ont ensuite largement « recouverts » ceux de 1945. Il a fallu attendre les années 1990 pour que le voile commence à se lever lentement sur un épisode qui apparaît comme le premier jalon de la lutte d’indépendance algérienne.

L’affaire a été occultée également par la restriction de l’accès aux archives organisée par la loi française de 1979 – un accès que la nouvelle loi actuellement en discussion au parlement français risque d’aggraver. L’historienne Annie Rey-Goldzeiguer a expliqué, par exemple, qu’elle n’a pu écrire son livre Aux origines de la guerre d’Algérie dans les années 1990 que parce que l’armée a accepté alors d’ouvrir certaines de ses archives de la guerre d’Algérie. Elles avaient, certes, souvent été épurées. Par exemple, dans un carton contenant la correspondance du général Duval de janvier à juin 1945, elle n’a rien trouvé entre le 8 et le 15 juin 1945 : manifestement, cela avait été retiré. Elle a regretté aussi de ne pas avoir eu la possibilité de consulter les archives du Deuxième bureau, service commandé par le colonel Schoen, à l’origine de toutes les opérations d’infiltration et de manipulation contre le PPA puis le FLN. Mais, à un certain moment, à la fin de la présidence de François Mitterrand et sous le gouvernement, ensuite, de Lionel Jospin, l’accès a été, un moment, facilité. Depuis 2002, la tendance est actuellement à la fermeture, la discussion récente de la nouvelle loi au Sénat le montre clairement.

Jusqu’en 1995, année du cinquantenaire de l’événement, aucun livre ni film, en France, ne lui est consacré. Les seuls travaux qui lui sont spécifiquement voués paraissent en Algérie : de nombreux articles de presse ; le livre de Redouane Aïnad Tabet, 8 mai 45 en Algérie, qui paraît en 1987 ; un film documentaire diffusé à la télévision ; etc.

En France, il faut attendre le 50e anniversaire pour que cet événement refasse surface. En 1995, c’est la sortie du film documentaire, Les Massacres de Sétif, un certain 8 mai 1945, de Mehdi Lallaoui et Bernard Langlois diffusé sur Arte le 10 mai 1995. C’est la sortie du livre publié par l’association « Au nom de la mémoire » chez Syros, Chronique d’un massacre : 8 mai 1945, Sétif-Guelma-Kherrata, de Boucif Mekhaled. Puis, en 2001, la publication du livre de Annie Rey-Godzeiguer, Aux origines de la guerre d’Algérie, 1940-1945. De Mers-el-Kebir aux massacres du nord-Constantinois. On note qu’à quelques années de distance, deux épisodes du mouvement national algérien occultés en France, celui-ci et la manifestation parisienne du 17 octobre 1961, ont été l’objet d’une résurgence de la mémoire – du fait, d’ailleurs, souvent des mêmes porteurs de mémoire, dont cette association, et, plus généralement, le mouvement associatif des jeunes issus de l’immigration algérienne en France. Et cela, en lien avec des dates anniversaires, celles des 50e et 60e anniversaires : 1991 et 2001 pour le 17 octobre 1961 ; 1995 et 2005 pour le 8 mai 1945.

Le 60e anniversaire du 8 mai 1945 a été d’autant plus marqué qu’il s’est inscrit comme une étape de la réaction contre la loi du 23 février 2005 enjoignant les enseignants de montrer la colonisation comme « positive », notamment en Afrique du nord. Depuis les années 1990, la connaissance de l’histoire coloniale avait progressé en France, elle commençait à être de mieux en mieux enseignée au collège et au lycée et prise en compte par les manuels scolaires. C’est contre ces progrès que les lobbies nostalgiques de la colonisation – qui se revendiquent de l’« algérianisme », c’est-à-dire qui cultivent le fantasme d’un pays et d’une époque imaginaires qu’ils appellent eux-mêmes l’« Algérianie » – ont fait pression sur les parlementaires pour faire adopter cette loi. Mais la réaction des historiens, des enseignants, d’une partie de l’opinion française, des citoyens des pays qui ont été colonisés, dont les départements d’outre-mer, a été forte.

Le 60e anniversaire du 8 mai 1945 s’est inscrit dans cette mobilisation et a été l’occasion d’une nouvelle étape dans la ré-émergence de cet événement en France. Une projection du film de Mehdi Lallaoui et Bernard Langlois, suivie d’un débat, a été organisée par la ville de Paris dans la grand auditorium du Forum des Halles – ville qui, comme d’autres en banlieue, s’est aussi engagée pour la vérité sur le 17 octobre 1961. Un colloque a été organisé par la Ligue des droits de l’Homme à l’Ecole des Hautes études en sciences sociales (EHESS), avec à la fois des témoins historiques comme le docteur Chawki Mostefaï ou Hocine Aït Ahmed, avec des historiens qui ont été également des témoins comme Mohammed Harbi et Annie Rey-Goldzeiguer, et aussi des historiens plus jeunes. En même temps, la LDH publiait sur son site internet un dossier sur le 8 mai 1945 comprenant le rapport de la commission Tubert, encore inédit alors dans son intégralité, et elle consacrait un numéro de sa revue Hommes et Libertés au compte rendu de ce colloque titré « Le trou de mémoire colonial » (n°131, juillet-septembre 2005).

Une manifestation a même lieu le 8 mai 2005 dans les rues de Paris – dans un contexte controversé, d’ailleurs, puisque cette initiative a été lancée par un appel des « Indigènes de la République » qui avait le mérite de demander la fin de l’occultation en France de l’époque coloniale, mais tendait, de manière ambiguë, à assimiler la situation d’injustice et de discriminations dans les banlieues françaises actuelles à l’indigénat colonial.

C’est au lendemain de ce 60e anniversaire que paraissent, en 2006, deux livres importants : celui de Jean-Louis Planche Sétif 1945, histoire d’un massacre annoncé, et le carnet de Marcel Reggui, Les massacres de Guelma. Algérie, mai 1945 : une enquête inédite sur la furie des milices coloniales.

Il s’est passé pour ces événements de mai-juin 1945 la même chose que pour un événement qui l’avait précédé, le débarquement de Provence : leur 60e anniversaire ont été davantage commémoré en France que leur 50e anniversaire. En effet, lors des cérémonies du débarquement de Provence en août 2004, le président Abdelaziz Bouteflika avait été invité à Toulon et le premier ministre Jean-Pierre Raffarin avait glissé une petite phrase à l’adresse des Algériens : « Nous franchissons une étape historique qui est la reconnaissance d’une histoire qui a porté sa part de blessure, de cicatrices. Il faut savoir se souvenir, il ne faut pas oublier  ». Une déclaration qui, au même titre que la présence du président algérien, avait suscité l’indignation des élus régionaux de son propre parti et des nombreux groupes nostalgiques de la colonisation.

L’automne dernier, le 26 septembre 2007, a eu lieu une autre étape importante : la soutenance de la thèse de Jean-Pierre Peyroulou sur les événements de Guelma, qui va être suivie par la parution d’un livre très attendu, annoncé pour septembre 2008, qui va en reprendre l’essentiel.

Du côté des déclarations officielles, il y a eu, ces dernières années, des nouveautés et des progrès, mais c’est un peu la cacophonie. Le 27 février 2005, l’ambassadeur de France en Algérie, Hubert Colin de Verdière, a parlé d’une « tragédie inexcusable », déclaration importante car c’était la première fois que la France reconnaissait à demi-mot un massacre colonial – mais la déclaration suivait de quelques jours la promulgation de la loi du 23 février… Ce fut ensuite les déclarations du président Chirac lors d’une visite à Madagascar en juillet 2005, puis le retrait par lui en janvier 2006 de l’article 4 de la loi sur la « colonisation positive ». Avec le nouveau président, Nicolas Sarkozy, on est en pleine contradiction. Lors de sa campagne électorale, il a exalté « l’aventure » coloniale, réussissant à rallier, notamment grâce à cela, les électeurs du Front national. Puis, lors de sa visite en Algérie fin 2007, on a entendu une autre musique : il a même, à l’université de Constantine le 5 décembre 2007, rendu hommage au patriotisme des défenseurs de Constantine contre la conquête française en 1837 – ce qui allait à l’opposé de ses propos de campagne…

Très récemment, ici même, l’ambassadeur de France, Bernard Bajolet, a fait une déclaration très importante, par rapport à laquelle je ne peux qu’exprimer mon soutien et même mon admiration (voir cette page). Le 27 avril, à l’occasion de la signature d’une convention de coopération entre les universités de Guelma, Biskra, Skikda et l’université Marc-Bloch de Strasbourg, il a déclaré que le « temps de la dénégation » des massacres perpétrés par la colonisation en Algérie « est terminé ». Devant les étudiants de l’université du 8 mai 1945, il a parlé des « épouvantables massacres » commis il y a 63 ans : « Aussi durs que soient les faits, la France n’entend pas, n’entend plus, les occulter. Le temps de la dénégation est terminé ». Il a parlé de « la très lourde responsabilité des autorités françaises de l’époque dans ce déchaînement de folie meurtrière [qui a fait] des milliers de victimes innocentes, presque toutes algériennes  ». Il a dit que ces massacres « ont fait insulte aux principes fondateurs de la République française et marqué son histoire d’une tache indélébile  ». Ajoutant que « condamner le système colonial n’est pas condamner les Français qui sont nés en Algérie », il a appelé « les deux ennemis d’hier à porter plus haut un message d’entente de concorde et d’amitié  ». Et de conclure : « Pour que nos relations [les relations algéro-françaises] soient pleinement apaisées, il faut que la mémoire soit partagée et que l’histoire soit écrite à deux […] Il faut que les tabous sautent, des deux côtés, et que les vérités révélées fassent place aux faits avérés.  »

On ne peut néanmoins que se poser des questions. Ce sujet fait toujours l’objet d’un silence au plus haut niveau. Vu l’importance de cette question, pourquoi n’entend-on pas à son sujet le ministre des Affaires étrangères, le président de la République ? Comment cela s’articule-t-il avec les propos du président de la République sur le « refus de la repentance » ? Avec les discours qu’il tient à Nice ou à Toulon pour plaire à des groupes nostalgiques de la colonisation, avec les cadeaux faits ou promis aux anciens de l’OAS ? Les propos de l’ambassadeur de France vont-il être confirmés par les plus hautes autorités de l’Etat, ou sont-il simplement un « produit d’exportation » ?

Le discours tenu dans cette même salle par l’ambassadeur Bernard Barjolet le 27 avril l’a été devant une salle d’étudiants remplie pour la circonstance et à la demande de l’Elysée – contrairement à ce colloque mis en place par les instances de cette université et ouvert en présence des autorités de la willaya et de la ville, auquel je suis, pour ma part, très honoré de participer. J’ajouterai que, lors de sa venue, l’ambassadeur a fait un geste fort, il a déposé une gerbe au monument des victimes de la répression du 8 mai 1945 et aux martyrs de la lutte de libération. Or aucune photo de ce moment n’a été diffusée en France à ce jour. Etant fiers de ce geste, nous sommes un certain nombre parmi les Français présents à ce colloque qui vont aider à ce que ces photos le soient. Comme le temps des colonies, celui des rassemblements sur ordre et du contrôle de l’information est terminé !

Pour le 63e anniversaire, le 8 mai 2008, pour la première fois, un documentaire sur cet évènement va être diffusé sur une chaîne de la télévision publique française, France 2 (voir cette page). C’est à la fois une nouvelle étape et un progrès limité. En effet, ce film, qui avait été commandé il y a deux ans sous la présidence de Jacques Chirac et sera diffusé sous celle de Nicolas Sarkozy, va l’être dans une extraordinaire discrétion. Il est programmé après minuit. Aucune communication à son sujet n’a été faite par la chaîne. Un bon exemple de l’absence de publicité donnée à ce film est le supplément radio-télévision du journal Le Monde qui ne le mentionne qu’en tout petit… Chacun pourra en juger lors de sa diffusion jeudi soir – en Algérie, ce sera un peu moins tard, à 23h… faut-il y voir la confirmation que ce serait un « produit d’exportation » ?… –, mais ce film, qui peut certes être critiqué sur tel ou tel point, est un nouvel élément qui contribue, à mon avis, à la lente ré-émergence de ces événements longtemps occultés en France.

On le voit, dans la reconnaissance claire de cet événement en France, des pas sont encore nécessaires. Dans ce pays, en particulier, d’importantes clarifications sont à attendre de la part des autorités. C’est ce à quoi les historiens et un grand nombre de citoyens français ou d’associations vont s’attacher patiemment à provoquer, pour la cause de la vérité historique et de l’avenir démocratique des deux peuples.

Gilles Manceron
L’ambassadeur de France en Algérie, le 27 avril 2008 à Guelma, lors du dépôt d’une gerbe au monument aux victimes algériennes du 8 mai 1945. (Ph. ambassade de France)

Lire, sur ce site, un article consacré au déplacement à Guelma de l’ambassadeur de France en Algérie, le 27 avril 2008.


[1Le boucher de Guelma, de Francis Zamponi, Seuil, 272 pages, 16 euros.