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communiqué cosigné par la LDH

affaire Ben Barka : poursuites contre l’avocat de la famille

samedi 15 février 2014

Un appel en faveur de l’avocat de la famille Ben Barka, Me Maurice Buttin, qui sera jugé le 18 février à Lille pour « violation du secret professionnel », après une plainte déposée par Miloud Tounzi, membre présumé du commando qui a enlevé l’opposant marocain en 1965.

Affaire Ben Barka :
après les blocages, on s’attaque à l’avocat de la famille

Nous, associations et organisations signataires, sommes scandalisées d’apprendre que l’avocat de la famille Ben Barka, Me Maurice Buttin, sera jugé le 18 février à Lille pour « violation du secret professionnel ».
Force est de constater qu’au lieu d’agir dans le sens de la levée des blocages pour favoriser la manifestation de la vérité sur le sort de la disparition de Mehdi Ben Barka, les autorités judiciaires françaises n’ont mieux trouvé que de poursuivre en justice le plus ancien avocat de la famille Ben Barka qui prend en charge l’affaire depuis 50 ans.

Elles reprochent à Me Maurice Buttin d’avoir divulgué des secrets de l’instruction à propos des mandats d’arrêt internationaux lancés contre les sécuritaires marocains en 2007[*].

Cette plainte fait curieusement suite à celle de Miloud Tounsi, concerné par ces mandats d’arrêt, contre le journaliste Joseph Tual, spécialiste de l’affaire. Ce procès a, rappelons-le, été perdu par Miloud Tounsi.

Au moment où les blocages politiques continuent d’empêcher la justice de progresser dans l’établissement de la vérité, les autorités judiciaires françaises s’en prennent scandaleusement à l’avocat de la famille de la victime.

Par ces procédés d’intimidation, on tente vainement d’empêcher la famille Ben Barka et son avocat de poursuivre ce travail acharné, entamé il y a presque 50 ans, et de rechercher la vérité quant aux circonstances exactes de la disparation du leader marocain.
Cela confirme malheureusement la volonté de poursuivre la même politique de complaisance et de complicité avec les autorités marocaines pour que rien ne soit dévoilé sur ce crime abominable commis au cœur de Paris.

Les associations et les organisations signataires dénoncent ces procédés et réaffirment leur soutien à Maître Buttin et à la famille Ben Barka. Elles considèrent que rien ne pourra arrêter le combat engagé pour que triomphent la vérité et la justice.

Paris, le 13 février 2014

Pour signer ce texte, veuillez envoyer un message à cherbib[at]gmail.com ou ayadahram[at>orange.fr

[*] Les cinq personnes visées par ce mandat d’arrêt international sont le général Hosni Benslimane, chef de la gendarmerie royale marocaine, Abdelkader Kadiri, ancien patron de la Direction Générale des Etudes et de la Documentation (DGED, renseignements militaires), Miloud Tounsi, alias Larbi Chtouki, l’un des membres présumés du commando marocain qui aurait enlevé Ben Barka, Boubker Hassouni, infirmier et agent du Cab 1, une des unités des services marocains ultrasecrète, et Abdelhaq Achaachi, également agent du Cab 1.

Organisations signataires

Institut Mehdi Ben Barka-Mémoire Vivante, ASDHOM, AMBDH, AMF, ATMF, FMVJ-France, APADM, FEMED, CRLDHT, Vérité et Justice pour Farhat Hached, LDH, FIDH, PG, Elghorba, FORSEM, AMDH-Paris, PADS-Maroc, Voie Démocratique-Région Europe, Solidarité Maroc 05, Assemblée des Citoyens-Maroc, AMDH-Nord France, AMRVT-Maroc, Al Wasl, CEDETIM/IPAM, MRAP, EMCEMO-Pays Bas, Maroc Solidarités Citoyennes, ADTF, Parti des Travailleurs de Tunisie, Ailes-Femmes du Maroc, UTIT, Une Autre Voix Juive, LMCDH-Maroc, PCF, Ensemble !, Manifeste des Libertés, LO, Fondation FRANTZ FANON.

Reportage France 3 national (2007) :


L’avocat de la famille Ben Barka jugé à Lille pour violation du secret professionnel

France3 Nord Pas-de-Calais - AFP, le 14 février 2014


Me Buttin, qui encourt un an d’emprisonnement et 15.000 euros d’amende, est accusé d’avoir révélé en 2007 à un journaliste de France 3 spécialiste de l’affaire Ben Barka, Joseph Tual, qu’un mandat d’arrêt international à l’encontre de Miloud Tounzi, aujourd’hui commissaire de police marocain à la retraite, allait être délivré par le juge d’instruction alors chargé du dossier, Patrick Ramaël.

Figure du tiers-mondisme, Mehdi Ben Barka a disparu le 29 octobre 1965 à Paris lors d’une opération menée par les services marocains avec
la complicité de policiers et de truands français. L’affaire n’a jamais été totalement élucidée et le corps de Ben Barka n’a jamais été retrouvé.

"C’est aberrant", a déclaré mardi à l’AFP Me Buttin, âgé de 85 ans et qui ne s’occupe plus que du dossier Ben Barka. "On essaie de bloquer la justice, du côté marocain par une non-exécution d’une commission rogatoire, et du côté français, du mandat d’arrêt".

Miloud Tounzi, alias Larbi Chtouki, est l’un des cinq Marocains à être visés par un mandat d’arrêt international pour l’enlèvement de Ben Barka, auquel il nie avoir participé. "On est dans une situation tout à fait surréaliste où on risque d’avoir comme seule personne réellement condamnée dans l’affaire Ben Barka l’avocat qui défend la famille Ben Barka depuis maintenant 50 ans", a déclaré le conseil de Maurice Buttin, Me Alexis Gublin.

"La décision qui va être rendue est une décision politique. Il s’agit de savoir si oui ou non, cinquante ans après, on a décidé d’enterrer définitivement l’affaire Ben Barka", a-t-il poursuivi.

"Ce qu’a fait [Maurice Buttin] ) n’est pas quelque chose qui entrave la justice, cela va dans le sens de la défense des intérêts de ses clients", a assuré son conseil. Joseph Tual sera entendu comme témoin assisté. Me Gublin a fait citer comme témoins M. Tual et le fils de Mehdi Ben Barka, Bachir.


Voir en ligne : il y a 40 ans, Mehdi Ben Barka disparaissait