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action collective

à Calais, l’Etat tombe le masque

dimanche 6 mars 2016

Le ministre de l’Intérieur s’est félicité du jugement du tribunal administratif de Lille qui, selon lui « conforte en tout point la démarche de mise à l’abri des migrants de Calais et de résorption du campement de la lande engagé par l’État ».

Bernard Cazeneuve a donc considéré que l’Etat était « autorisé à procéder à la mise à l’abri de migrants à Calais » [1].

Quelques jours plus tard la démolition de la “jungle” de Calais commençait ... et le gouvernement britannique offrait de payer vingt-deux millions d’euros à la France pour cantonner les réfugiés à distance de ses côtes.

[Mis en ligne le 1er mars 2016, mis à jour le 6]



Action collective

À Calais, l’État tombe le masque

A Calais, la destruction de la « jungle » de Calais a brutalement commencé ce lundi 29 février au matin. Plusieurs compagnies de CRS ont investi les lieux, qui ont dévasté des cabanes encore occupées, lancé des grenades lacrymogènes et usé de canons à eau contre des réfugiés grimpés sur les toits de leurs abris. Des centaines de personnes ont été jetées dans un froid glacial sans rien d’autre que les vêtements qu’elles portent sur elles, sans savoir où aller... Faut-il s’en étonner ?

Les pouvoirs publics ont écarté tout témoin : les soutiens des réfugiés ont été interdits d’entrée dans le périmètre de l’opération. Le ministre de l’Intérieur n’a cessé de le proclamer ces jours derniers : certes, il entendait mener à bonne fin ce qu’il appelle « la résorption » du camp de Calais ; mais il voulait le faire « de façon progressive » et « dans le respect des personnes » [voir entre autres son discours du 22 février au Mans]. Et c’est bien en se référant expressément à cet engagement de l’État à procéder à une évacuation progressive que le Tribunal administratif de Lille a validé l’arrêté d’expulsion de la jungle de Calais (25 février 2016, ordonnance n° 1601386).

Force est de constater que le « démantèlement » qui vient de commencer n’a rien de progressif ou d’humanitaire, et qu’il ne prend pas en compte la situation des personnes : les choses se déroulent comme s’il s’agissait de punir quiconque s’obstine à vouloir se rendre en Grande-Bretagne. Rappelons qu’un quart des habitants de la jungle de Calais aurait des proches outre-Manche ; ils seraient donc parfaitement fondés à demander à les rejoindre... Mais de même que la Turquie est priée de faire le garde-frontière de l’Union européenne, la France se charge de « protéger » la Grande-Bretagne, à grand renfort de moyens policiers quasi militaires, contre les migrants que celle-ci refuse d’accueillir.

La première a-t-elle voulu donner des gages à la seconde, en perspective du sommet franco-britannique qui aura lieu ce 3 mars ? Quant aux autres, leur méfiance face aux « solutions » alternatives qui leur ont été présentées ne peut qu’être confortée par la violence mise en œuvre pour les chasser. « Les services de l’État se mobilisent sans relâche pour permettre à tous ceux qui le veulent de pouvoir quitter la lande », déclarait vendredi la ministre du Logement.

Aujourd’hui, les masques tombent. Nous n’aurons plus d’excuses pour ne pas voir ce qui se passe sous nos yeux. Dans un État de droit, l’État n’a pas tous les droits. La justice n’a pas délivré au gouvernement un permis de chasse contre les réfugiés. Partout, des voix se sont élevées pour exiger que s’organise l’accueil des personnes chassées de leurs pays en guerre ou dévastés. Ces voix ne vont pas se taire. Il faudra bien qu’on les entende. Rappelons-le : l’asile est un droit ; la répression des réfugiés est donc un déni de démocratie.

Le 1er mars 2016

Premiers signataires (parmi ceux de l’appel “Calais : Les bulldozers ne font pas une politique !”) [2]

- Éric Fassin, professeur de science politique à l’université Paris VIII - Saint-Denis-Vincennes
- Camille Louis, dramaturge, doctorante et enseignante en Philosophie à l’Université Paris 8
- Étienne Tassin, agrégé, docteur en philosophie, titulaire d’une habilitation à diriger des recherches en lettres et sciences humaines

Les organisations :

Actes et Cités ;
Auberge des migrants (Calais) ;
Barcelona Accio Solidaria ;
Conseil d’urgence citoyenne ;
Ecole laïque du Chemin des dunes ;
Emmaüs France ;
Groupe d’information et de soutien des immigré.e.s - Gisti ;
Ligue des droits de l’Homme ;
RESF ;
Tenons et mortaises

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Communiqué LDH

Paris, le 4 mars 2016

Réfugiés à Calais : vingt-deux millions d’euros pour servir de garde-chiourme !

Vingt-deux millions d’euros, c’est ce que le gouvernement britannique offre de payer à la France pour cantonner les réfugiés à distance de ses côtes. Peu importe les attaches familiales, peu importe les devoirs de la Grande-Bretagne, l’essentiel est que la France continue à faire obstacle. Et le gouvernement français accepte de jouer ce jeu aussi malsain qu’honteux, s’inscrivant ainsi dans les accords du Touquet souscrits par N. Sarkozy.

Pourtant, l’Elysée et Matignon savent que la situation actuelle est intenable et qu’elle ne peut que générer drames humains et affrontements en série. Les conditions particulièrement brutales dans lesquelles le gouvernement procède à la destruction d’une partie de la « jungle » en attestent.

Il est plus que temps que les gouvernements français et britannique, et l’Union européenne dans son ensemble, changent de politique. Accueillir ces réfugiés est un devoir d’humanité ; cesser de les balloter au gré de procédures qui ont fait la preuve de leur nocivité relève du simple bon sens politique. C’est ce qu’on attend de gouvernements qui se disent soucieux de respecter les valeurs proclamées de l’Union européenne.

Vingt-deux millions d’euros pour laisser des milliers de personnes, hommes, femmes et enfants, croupir dans le dénuement ! Cet argent peut être mieux utilisé. Plutôt que de parquer, décidons enfin d’accueillir.


[1Voir, à la date du 26 février 2016, sur le site du ministère de l’Intérieur : « L’État autorisé à procéder à la mise à l’abri de migrants à Calais. »

[2La liste des signataires sera actualisée régulièrement sur le site de Mediapart.