Histoire coloniale et postcoloniale

Nous contacter

Accueil > racisme, antisémitisme, xénophobie > les étrangers > l’Europe et ses étrangers > Vintimille, l’hypocrisie franco-italienne

Vintimille, l’hypocrisie franco-italienne

mardi 19 avril 2011

En invoquant des troubles à l’ordre public, il semble que, sur le plan juridique, la France était dans son droit en bloquant, dimanche, les trains de Vintimille.

Mais quelle honte de voir ces deux populismes s’affronter, alors que selon l’agence des Nations Unies pour les réfugiés, ces derniers jours ce sont des dizaines de milliers de personnes qui cherchent à quitter les combats de Libye pour gagner la Tunisie [1].

La question de l’immigration sous ses multiples facettes mérite une vraie politique européenne, une politique qui ne se limite pas à des mesures sécuritaires. Encore faut-il la définir, avoir une vision à long terme, faire preuve de volonté...

Le regard de Plantu (Le Monde, 18 avril 2011)

Communiqué de Marie-Christine Vergiat - Députée européenne [MC]

Bruxelles, le 19 avril 2011

Blocage des immigrés à Vintimille :
L’hypocrisie sans borne des Etats européens

Le blocage du « Train de la dignité » ce 17 avril à Vintimille n’est rien d’autre qu’une nouvelle péripétie du "chacun-pour-soi" que les Etats membres, et notamment la France et l’Italie, jouent en matière d’immigration.

Avec ces migrants tunisiens, baladés entre deux Etats membres de l’espace Schengen, on franchit une nouvelle étape dans l’hypocrisie.

Les autorités françaises ont suspendu unilatéralement les liaisons ferroviaires entre l’Italie et la France via Vintimille pendant une bonne partie de la journée de dimanche au mépris des règles communautaires.

Cette décision met une nouvelle fois les autorités françaises au ban de la Communauté européenne mais les pouvoirs publics italiens ne sont pas en reste.

L’Italie n’est en effet pas très crédible d’en appeler à la solidarité européenne alors qu’au cours des derniers mois, elle a fait cavalier seul en signant des accords bilatéraux avec la Libye et la Tunisie de Ben Ali pour refouler massivement des immigrés notamment d’Afrique sub-saharienne vers ces pays où leurs droits les plus fondamentaux, et notamment leur droit à l’asile, n’étaient pas respectés.

Il est assez logique que l’Union européenne refuse de mettre en œuvre la directive 2001/55 [*] qui permet à l’Union européenne de prendre des mesures de solidarité entre les Etats membres en cas d’’arrivée massive de migrants.

Comment le gouvernement de l’Italie (pays de plus de 60 millions d’habitants) peut il soutenir que tel est le cas avec ces Tunisiens dont le nombre est estimé à 23 000 depuis le 1er janvier à comparer avec les quelques 150 000 personnes fuyant la Libye que les Tunisiens (très petit Etat en période de transition) ont accueillies avec une grande dignité et un grand esprit de solidarité ou encore avec les quelques 600 000 personnes accueillies par l’Allemagne au moment de la guerre du Kosovo.

Fidèle à ses déclarations xénophobes successives, Claude Guéant lance la chasse aux Tunisiens à la frontière franco-italienne et les deux gouvernements font de la surenchère en ce qui concerne l’application du droit européen qu’une fois de plus on brandit au service des égoïsmes nationaux. C’est pitoyable !

Quelle image envoit-on au peuple tunisien qui vient de se débarrasser de son dictateur et aspire à la démocratie et plus largement aux milliers de Franco-tunisiens qui vivent sur notre sol !

Décidément cette Europe là n’est pas à la hauteur des enjeux actuels sur le pourtour méditerranéen.

Le groupe GUE/NGL interpellera une fois encore la Commission européenne sur le respect du droit européen et notamment sur la conformité à celui-ci de la circulaire du 8 avril dernier en espérant qu’elle saura, un jour, exercer la même vigilance pour le respect des droits de l’Homme que pour le droit économique conformément aux promesses du Traité de Lisbonne.

Marie-Christine Vergiat


Vintimille, via della Stazione, le 17 avril 2011 (Photo Eric Dulière)

Le préfet : "Il fallait éviter des troubles à l’ordre public"

par Christophe Cirone, Var-Matin, 18 avril 2011


Il laisse au gouvernement français le soin de communiquer sur la bataille diplomatique. Francis Lamy a toutefois accepté de répondre en exclusivité à Nice-Matin, hier soir, « d’un strict point de vue opérationnel ». Ce dimanche, le rôle du préfet des Alpes-Maritimes a été au cœur de toutes les conversations, chez les manifestants italiens.

  • Est-ce vous qui avez pris la décision de stopper le trafic ferroviaire à la frontière ?

Je n’ai pas le pouvoir d’arrêter un train. Mais j’ai le devoir d’alerter l’autorité ferroviaire lorsqu’il y a un risque grave de trouble à l’ordre public. Considérant que tel était le cas, et que des militants d’extrême-gauche risquaient d’organiser une manifestation illicite en France, je l’ai signalé à la SNCF. C’est le transporteur qui a décidé d’interrompre le trafic, vers 11h30. Dès lors, le train français partant d’Italie s’est arrêté à Vintimille.

  • Qu’est-ce qui vous a amené à présager de tels troubles ? Les tensions d’il y a quinze jours, devant le consulat de France à Vintimille ?

Des informations, un faisceau d’indices et les événements récents nous ont conduit à penser que certaines personnes étaient mal intentionnées. Et qu’il y avait des risques, à la fois dans le train et en dehors.
Du reste, il y a eu un début de manifestation en gare de Nice, avec un risque de jonction. J’ajoute que, si le trafic a été arrêté, c’est aussi parce que les manifestants eux-mêmes ont bloqué les voies !

  • Mais ils l’ont fait une fois le trafic stoppé. Entre-temps, cette décision avait laissé à quai nombre de voyageurs, en ce début de vacances…

Qu’ils s’adressent à ces 300 personnes qui s’apprêtaient à troubler l’ordre public ! Pour ma part, je prends mes responsabilités.

  • S’agissait-il d’une situation inédite ?

Non. Il y a un an, j’avais demandé de renvoyer un train de Cannes vers Marseille, à cause de troubles dus à un groupe de jeunes à bord.

  • Avez-vous agi à la demande du gouvernement ?

Non. J’ai pris la décision de ma propre initiative.

  • Deux jours après que l’Italie a délivré les premiers titres de séjour aux clandestins, c’est un message politique que vous adressez là ?

C’est votre interprétation. Je le répète : mon unique motivation était de préserver l’ordre public.


[MCMarie Christine Vergiat est députée européenne, Front de Gauche - Membre de la commission Libertés civiles et membre de la délégation pour les relations avec le Maghreb.

[*Cette directive permet d’accorder une protection temporaire (une sorte d’asile) et une répartition de ces personnes entre les Etats membres, pour des ressortissants d’Etats tiers fuyant une zone de conflit ; elle a été adoptée après que l’Allemagne ait géré à peu près seule les réfugiés fuyant le conflit au Kosovo.