Histoire coloniale et postcoloniale

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Débat sur la célébration du colonialisme par les monuments et noms de rue

Une campagne « Faidherbe doit tomber »

lundi 14 mai 2018

A l’occasion du bicentenaire, le 3 juin 2018, de la naissance de Louis Faidherbe (1818-1889), héros de la guerre de 1870-1871 contre les Prussiens, mais figure majeure du colonialisme français en Afrique, une campagne est menée à l’initiative de l’association Survie Nord, en partenariat avec l’Atelier d’histoire critique, le Collectif Afrique, le Front uni des immigrations et des quartiers populaires et le Collectif sénégalais contre la célébration de Faidherbe. Pour continuer à documenter la réflexion déjà engagée sur ce site sur la "décolonisation" des toponymes et des monuments, nous publions des extraits du site internet qui relaie cette campagne "Faidherbe doit tomber. Le colonialisme tue" : une présentation de la carrière de ce pacificateur colonial, "Bugeaud du Sénégal", ainsi qu’un "questions-réponses (à ceux qui veulent garder Faidherbe)".

Qui était Louis Faidherbe (1818-1889) ?

Un jeune Lillois sans éclat

Rien au départ ne destinait Faidherbe à un avenir radieux. Né à Lille le 3 juin 1818, Louis Léon César Faidherbe, fils de la petite bourgeoisie locale, eut dans sa jeunesse beaucoup de mal à se faire remarquer. Au collège de Lille, ses professeurs le trouvaient certes « affectueux » et « serviable », mais ils avaient grand peine à repérer d’autres qualités chez ce garçon « peu assidu » et « peu appliqué ». C’est seulement grâce à la bienveillance d’un de ses professeurs de mathématiques qu’il obtiendra, par piston, une demi-bourse pour entrer en 1838 à l’école Polytechnique. « On sourit un peu quand on lit, dans l’annuaire du département du Nord, que Faidherbe est entré à Polytechnique “grâce à un travail opiniâtre…” », s’amuse son biographe Alain Coursier, pourtant très complaisant.

La suite n’est pas meilleure. Intégré à l’école du génie de Metz (1840) puis nommé à Arras (1842), le jeune officier reçoit des appréciations salées. « La tenue est assez correcte mais sa conduite est très dissipée », commente un de ses supérieurs. « Ses travaux sont médiocres et incomplets », ajoute un autre. Sans doute pressés de se débarrasser d’un tel élément, ses chefs demandent sa mutation en Afrique. Et cela tombe bien car, tout médiocre qu’il soit, Faidherbe rêve pour sa personne de gloires exotiques et d’aventures épiques.

Un petit soldat de la conquête de l’Algérie

En 1844, Louis Léon est donc expédié en Algérie, où l’on se bat depuis quelque temps pour imposer aux indigènes les bienfaits de la civilisation. Sous la houlette du général Bugeaud, la « patrie des droits de l’homme » massacre en masse les Algériens pour leur apprendre les vertus de la culture française. Faidherbe est le témoin direct cette généreuse effusion de sang : « Vous voyez une guerre d’extermination et, malheureusement, il est impossible de la faire autrement, écrit-il à sa mère en 1844. Après bien des tentatives pour lui inspirer le respect du droit des gens, on est réduit à dire : un Arabe tué c’est deux Français de moins assassinés. »
En bon militaire, Faidherbe rêvait de participer à cette macabre leçon d’arithmétique. Mais sa mission en tant qu’officier du génie se limite à la construction de routes et de fortifications. « Quand j’étais à Mostaganem, on se battait à Djemaa ; maintenant que je suis à Djemaa, on se bat à Mostaganem, note-t-il plein d’amertume. Il faut avouer que j’ai du malheur. » Après un court séjour en Guadeloupe, Faidherbe est de nouveau affecté en Algérie en 1849. Passé à côté de la gloire la première fois, Faidherbe est bien décidé à saisir cette nouvelle chance.

Pendant ce deuxième séjour algérien (1849-1852), il participe avec zèle à la campagne de « pacification » et se forme à la « méthode Bugeaud » (pillages, massacres, enfumages, destruction de villages, décapitation de rebelles, etc.). Au cours de l’expédition de la petite Kabylie, à laquelle il prend part en 1851 sous les ordres du sanguinaire général de Saint-Arnaud, il envoie à sa mère une lettre satisfaite : « J’ai détruit de fond en comble un charmant village de deux cents maisons et tous les jardins. Cela a terrifié la tribu qui est venue se rendre aujourd’hui » (30 juin 1851).

Cette participation enthousiaste au rayonnement de la France outre-mer vaut à Faidherbe, pour la première fois de sa carrière, les encouragements de sa hiérarchie. Saint-Arnaud le propose à la légion d’honneur – qu’il n’obtient pas. Une mésaventure lui vaudra cependant la reconnaissance de ses chefs : pris dans une tempête de neige au cours d’une mission de reconnaissance dans les montagnes du Djurdjura, Faidherbe glisse dans un torrent d’eau glacée. Il en réchappe de peu mais obtient enfin la légion d’honneur. Il souffrira cependant toute sa vie des séquelles de ce faux-pas : celui que les statues représentent dans de viriles postures fut en réalité toute sa vie diminué par d’innombrables ennuis de santé. Et l’arthrite le laissera paralysé dès l’âge de 57 ans.

Le factotum des affairistes

Affecté au Sénégal, Faidherbe débarque à Gorée le 6 novembre 1852. C’est là qu’il se fera enfin un nom. Simple « sous-directeur du génie » dans un premier temps, il connaît une ascension fulgurante : il sera nommé gouverneur de la colonie deux ans seulement après son arrivée. Comme l’a démontré l’historien Leland C. Barrows, cette promotion inespérée est l’œuvre d’une poignée d’affairistes locaux, et en particulier de la maison de négoce bordelaise Maurel et Prom, implantée au Sénégal et très introduite dans les milieux politiques parisiens.

Le Sénégal n’est alors qu’une collection de comptoirs commerciaux. Voyant fondre leurs profits, suite à l’abolition de l’esclavage et à l’érosion des cours de la gomme, les négociants français sont à la recherche d’un homme à poigne capable de soumettre les États africains environnants, qui ont l’énervante habitude de taxer les marchandises et de perturber la navigation sur le fleuve Sénégal. Une manie d’autant plus détestable qu’on cherche à cette période à implanter une culture prometteuse : l’arachide.

Le petit officier lillois attire rapidement l’œil de ses futurs parrains. En mars 1853, il rédige un rapport très favorable aux sociétés de commerce installées sur la côte sénégalaise. De mai à novembre 1853, il participe à une expédition le long de la côte Atlantique qui l’amène à participer à des opérations militaires visant à défendre les intérêts commerciaux français. Et lorsque Faidherbe prend part, en mars 1854, à la bataille de Dialmath (près de Podor) pour défendre – à nouveau – les négociants français contre les populations locales, Maurel et Prom engage un lobbying actif pour le propulser à la tête de la colonie.

Nommé gouverneur du Sénégal en décembre 1854, Faidherbe n’oubliera jamais ceux qui l’ont adoubé : il travaillera toute sa vie main dans la main avec le patronat colonial.

Le « pacificateur » du Sénégal

Cornaqué par les colons, Faidherbe engage dès sa nomination une vaste entreprise de « pacification » du Sénégal, y appliquant scrupuleusement la féroce « méthode Bugeaud ». Objectif : favoriser le commerce sur le fleuve Sénégal en soumettant les État africains voisins. Il s’agit, selon ses termes, de devenir les « suzerains du fleuve ».

Le gouvernorat de Faidherbe (1854-1861 et 1863-1865) est marqué par une série ininterrompue de campagnes militaires, du Fouta Toro au Khasso et du Kayor à la Casamance. « Avant d’être un “constructeur”, relève l’historien Vincent Joly, Faidherbe est d’abord un destructeur. » Pendant des années, les peuples de la région sont soumis à la mitraille française. Les hommes sont massacrés. Les villages réduits en cendre. La famine, savamment entretenue dans les « zones rebelles », devient une arme de guerre.

Participant personnellement aux opérations, Faidherbe revendiquera toute sa vie cette politique de terreur. « En dix jours, nous avions brûlé plusieurs villages riverains de la Taouey, pris 2 000 bœufs, 30 chevaux, 50 ânes et un important nombre de moutons, fait 150 prisonniers, tué 100 hommes, brûlé 25 villages et inspiré une salutaire terreur à ces populations », écrit-il un jour. « Rien ne peut donner une idée de la terreur que notre poursuite inspira à ces malheureuses populations, entraînées dans cette guerre par quelques chefs vendus aux Maures », ajoute-t-il. « Si un pillage est commis par les habitants d’un village, tout le pays auquel appartient le village en est responsable et doit s’attendre à toute espèce de représailles de notre part », commente-t-il encore. Ces campagnes de terreur font un nombre incalculable de victimes.

Se vivant comme le Bugeaud du Sénégal, Faidherbe exige que les militaires envoyés au Sénégal aient une expérience algérienne. Car c’est en Algérie, explique-t-il en janvier 1856, qu’ils apprennent « comment on arrive à dominer et à organiser les peuples barbares et comment on fait la guerre commune à l’Algérie et au Sénégal ».

Un technicien du colonialisme

Faidherbe n’a pas seulement massacré les Sénégalais : il a beaucoup œuvré pour les contrôler et les faire marcher droit. En bon spécialiste du génie militaire, il a fait construire toutes sortes d’infrastructures pour quadriller le territoire et en extraire les richesses. C’est pour cette raison qu’il est qualifié, par ses biographes zélés, de « bâtisseur ».

Il a également manœuvré avec soin pour amadouer les autochtones qui pouvaient être utiles à la suprématie française. Il faut, écrit-il du haut de sa grandeur, « donner, quand il nous plaira, quelques preuves de notre munificence aux chefs dont nous serons contents ». Il offre donc quelques faveurs aux chefs africains les plus dévoués, auxquels il sous-traite la répression quotidienne tout en attisant à travers eux les rivalités entre les « races » qui peuplent ce territoire. Diviser pour régner : vieille technique impériale.

Pour pallier le manque d’effectif, Faidherbe cherche dans la population locale des intermédiaires pour « défendre » et « mettre en valeur » les territoires soumis. Il s’appuie pour ce faire sur les deux institutions mères de toute autorité : l’école et l’armée.

En 1856, il crée notamment l’« école des otages », dont l’idée est simple : en gage de paix, les chefs soumis devaient laisser certains de leurs enfants au bon soin de l’administration française, qui se chargeait d’en faire de dociles subordonnés. En 1857, il met sur pied un nouveau corps d’armée inspiré des Tirailleurs indigènes d’Algérie : les « tirailleurs sénégalais ». Les Noirs font de bons soldats, écrit Faidherbe en 1859, « parce qu’ils n’apprécient guère le danger et ont le système nerveux très peu développé ». Dans les décennies suivantes, les tirailleurs sénégalais serviront à défendre les intérêts de la France sur tous les champs de bataille (et nourriront plus tard l’imaginaire colonial grâce au sourire chocolaté du gentil tirailleur « Banania »).

Faidherbe investit résolument dans l’enseignement du français, pour ancrer dans les jeunes esprits africains les subtilités de la langue de Molière et les aider ainsi à découvrir le génie éternel de la France, « cette vieille et noble nation qui marche depuis des siècles à la tête de la civilisation du monde » (ainsi qu’il la décrit en 1855). Pareil altruisme s’accompagne toutefois d’une visée plus immédiate : éloigner les Africains des institutions traditionnelles locales, que l’administration coloniale tente par ailleurs de contrôler.

Faidherbe entretient en particulier un rapport ambigu avec l’islam. S’il déteste à l’évidence cette « demie-civilisation », comme il l’appelle, qui met en péril les généreux efforts de la France au Sénégal, il voit dans les institutions musulmanes un outil potentiel pour faire régner l’ordre et garantir l’unité de la colonie. Comme le note un observateur, Faidherbe considère l’islam comme « une étape entre la barbarie africaine et l’acclimatement définitif de l’influence européenne ».

Un idéologue raciste

Si Faidherbe bénéficie, encore aujourd’hui, d’une réputation de « négrophile » et d’« islamophile », c’est que son racisme était plus sophistiqué que celui de ses contemporains et qu’il a réussi à lui donner un caractère « scientifique ». Conscient qu’il faut connaître pour soumettre, Faidherbe a étudié en détail les peuples qu’il entendait dominer.

Dès son arrivée au Sénégal, il se met en relation avec les sociétés savantes parisiennes et participe à l’effort de classification des peuples locaux. Contrairement à ses prédécesseurs, qui se contentaient de descriptions et de typologies, Faidherbe s’attache à établir un système raciologique cohérent et hiérarchisé. Il décrit ainsi l’histoire du Sénégal comme une interminable « guerre des races ».

Cette analyse aboutit naturellement à magnifier la geste coloniale qui, après avoir divisé « les Africains » en deux camps, confie aux Blancs la mission de protéger les plus fragiles (les gentils) contre les autres (les méchants). Les premiers ont la particularité d’avoir la peau noire, indique Faidherbe, et un cerveau singulièrement étriqué. « L’infériorité des Noirs provient sans doute du volume relativement faible de leurs cerveaux », note-t-il en 1879. Les seconds, au teint plus clair, sont congénitalement portés à la violence physique et au mahométisme le plus fanatique. Par la carotte ou le bâton, tous ces gens sont sommés de se soumettre au maître blanc.

Contrairement à ceux qui préconisent l’extermination pure et simple des peuples « arriérés », Faidherbe fait partie des optimistes. Si les races inférieures sont sans doute vouées à disparaître, pense-t-il, nul besoin de les passer par le fil de l’épée. Humaniste, il recommande plutôt le métissage, dont il a lui-même su apprécier les plaisirs.

Selon la conception de Faidherbe, les métis bénéficient en effet des qualités respectives des « races » qui les ont engendrées (à savoir : l’intelligence supérieure des Blancs et la robustesse physique des Noirs). Outre que le métissage fournira les intermédiaires indispensables à l’administration coloniale, cette théorie permet au gouverneur de présenter la colonisation française sous un jour humanitaire : peut-être pouvait-elle régénérer les « races » déliquescentes et offrir un espoir aux Noirs que les lois implacables de l’histoire naturelle avaient condamnés ?

Une icône de la République coloniale

Bien que ses « exploits » militaires se soient révélés largement inutiles pendant la guerre de 1870 – la Prusse écrase la France à plate couture –, Faidherbe, fait général par le Second Empire en 1863, devient immédiatement une icône de la IIIe République. Née de la débâcle, cette dernière cherche des symboles patriotiques. Elle élève Faidherbe au rang de héros national. Ne s’est-il pas battu vaillamment contre l’ennemi germain ? N’a-t-il pas apporté nos Lumières universelles à nos amis africains ?

Député du Nord en 1871, sénateur en 1879, Faidherbe jouit d’une heureuse retraite, au cours de laquelle il soigne son arthrite et bichonne la légende rétrospective de sa vie. Membre de nombreuses sociétés savantes, il partage abondamment ses théories racistes, défend la conquête coloniale entreprise par la jeune République, prodigue ses conseils aux militaires qui partent civiliser l’intérieur de l’Afrique et aux hommes d’affaires qui se proposent de les seconder.

C’est auréolé de gloire que Faidherbe décède le 28 septembre 1889. Les Républicains de toutes obédiences se disputent son héritage. Grand défenseur de la mission civilisatrice des « races supérieures », Jules Ferry écrit à sa veuve cet émouvant hommage : « J’ai étudié son œuvre africaine, […] et lutté de toutes mes forces pour que cette grande entreprise fût énergiquement continuée. »

Lille et sa région sont également en pleurs. Des milliers de personnes assistent à ses obsèques. Les autorités de la ville baptisent de son nom la rue de la gare et une souscription nationale est lancée pour ériger une statue à son effigie. Lorsque celle-ci est enfin inaugurée, en 1896, les patriotes reconnaissants se répandent en éloges exaltés. « Par l’unité de sa vie, la droiture de son caractère, ses qualités privées, sa vaillance et son dévouement à la patrie, il touche presque à la vraie grandeur, écrit l’éditorialiste du Petit Parisien. Il n’y a pas une tâche, pas une défaillance, pas une contradiction dans cette existence. Trois affections suprêmes l’ont tissée et remplie : la famille, la science, la patrie ; je devrais ajouter : l’humanité. »

Septembre 2017, la statue de Faidherbe à Saint-Louis du Sénégal, tombée de son piédestal

Questions & réponses (à ceux qui veulent garder Faidherbe)


- Vous voulez vraiment déboulonner les statues de Faidherbe et débaptiser les institutions qui portent son nom ?

- Oui. En ce début de XXIe siècle, on ne peut plus, sous prétexte qu’il a remporté deux victoires mineures en 1870-1871, glorifier un homme qui a servi le colonialisme pendant toute sa vie (1818-1889).

- Mais il n’a pas fait que des mauvaises choses : il a lutté contre l’invasion de la France par les Prussiens en 1870-1871 !

- Comme Philippe Pétain en 1914-1918 ?

- On peut bien faire la part des choses entre les aspects positifs et les aspects négatifs de sa carrière, non ?

- C’est précisément ce que font les adorateurs de Faidherbe, qui « oublient » pudiquement de mentionner son « œuvre coloniale » et ce qu’elle a d’odieux. Mais cela prouve l’hypocrisie de leur adoration : ils célèbrent un homme qui a lutté contre l’invasion allemande de la France… mais qui a participé à l’invasion française de l’Afrique !

- Oui, mais vous jugez une histoire passée avec vos yeux d’aujourd’hui !

- En effet. Et c’est justement l’objectif poursuivi par ceux qui érigent des statues, baptisent des rues et créent des « lieux de mémoire ». Dans le cas d’espèce, ils voulaient perpétuer le culte de Faidherbe. Or leurs idéaux, s’ils étaient peut-être acceptables hier, ne le sont plus aujourd’hui.

- Mais il faut relativiser ! Comme vous le dites vous-mêmes, les idées de Faidherbe étaient banales à son époque.

- Banales certes, mais pas généralisées. Dès cette époque, de nombreuses personnalités contestaient le colonialisme et ses fondements idéologiques. Sur le plan politique, on peut citer Clemenceau, qui était un opposant farouche à la colonisation. Sur le plan scientifique, on peut mentionner Joseph Anténor Firmin qui a publié en 1885 De l’égalité des races humaines, ouvrage beaucoup plus sérieux que les élucubrations racistes de Faidherbe.

- De toute façon, votre haine anti-Faidherbe n’aboutira à rien. On ne débaptise pas les rues et on ne déboulonne pas les statues si facilement !

- C’est vrai, mais c’est à cause du conservatisme ambiant. Et ce n’est pas impossible, comme le prouve le changement de nom de la rue de Paris à Lille, devenue fin 2017 « rue Pierre-Mauroy ». Quand on veut, on peut… Notez également qu’une rue de Lille qui portrait le nom du maréchal Canrobert (1809-1895) a récemment été débaptisée parce que ce personnage, dont la carrière a quelque similitude avec celle de Faidherbe, avait « un passé colonial un peu douteux [1]

- Et qui voulez-vous honorer alors ?

- Nous ne sommes pas des adeptes des célébrations des soi-disant « grands hommes ». Mais s’il faut nommer les rues, les lycées, les hôpitaux ou les stations de métro – c’est assez commode, il est vrai –, nous connaissons des noms plus sympathiques que celui de Faidherbe. Il est temps de rendre hommage à celles et ceux qui se sont battu.e.s pour le peuple et pour la justice, et non à leurs ennemis.

- Concernant les statues de Faidherbe, ne vaudrait-il pas mieux les laisser, pour expliquer ce qu’est le colonialisme, plutôt que les supprimer et effacer ainsi toute trace de ce passé ?

- Si c’est pour raconter que le colonialisme a des aspects « positifs », comme le croient encore beaucoup de gens, pas sûr que cela soit la solution. S’il s’agit en revanche d’indiquer clairement, sur ces statues elles-mêmes, ce qu’est fondamentalement le colonialisme, à savoir un crime abominable dans son principe même, alors une telle solution pourrait se défendre.

- On transformerait ainsi ces statues en monuments anticolonialistes…

Monument au général Faidherbe, place Richebé à Lille (1896).


- Exactement. Et, avec un peu d’imagination, on pourrait même les transformer davantage, pour en inverser le sens et en faire des hommages aux victimes de la colonisation et/ou à ceux qui y ont résisté. C’est finalement ce que réclament tou.te.s celles et ceux qui veulent renverser les symboles colonialistes.

- Reste qu’il est peu probable, dans cette hypothèse, que les autorités municipales souhaitent conserver longtemps des monuments qui mettraient ainsi en lumière un des pires crimes de l’histoire de France. Elles seraient sans doute les premières à vouloir déboulonner ces édifices…[1]

Le site "Faidherbe doit tomber. Le colonialisme tue"

Nos publications précédentes sur ce thème :

Pourquoi tant de noms à la gloire de la colonisation

Faut-il débaptiser les lieux publics Colbert

Monuments et statues du temps des colonies dans la capitale


[1Voir « De l’extrême difficulté qu’il y a à changer le nom d’une rue », La Voix du Nord, 23 juin 2017. ».