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Théo Balalas ... hélas, hélas ...

mercredi 28 septembre 2011

Ancien de l’OAS « où il a travaillé avec Gilles Buscia [1] », puis cofondateur en 1972 du Front national à Marseille, Théodore Balalas (alias Théo) est passé au socialisme sous Gaston Defferre. Tout en restant membre de l’Adimad, association des anciens détenus de l’OAS, Théo Balalas a adhéré au Parti socialiste vers la fin des années 70. Il y a joué les intermédiaires avec l’extrême droite locale jusqu’au début des années 90, et il y a présidé pendant une dizaine d’années l’importante Commission des adhésions de la fédération du PS des Bouches-du-Rhône.

Dans son livre Derrière les lignes du Front récemment publié, Jean-Baptiste Malet, journaliste d’investigation et rédacteur à Golias Hebdo, rapporte que Théo Balalas est toujours membre de l’Adimad, association de nostalgiques dont un fait de gloire est la pose d’une stèle commémorative des combattants de l’Algérie française au cimetière de Marignane.

Mais, aujourd’hui, Malek Boutih demande son exclusion du PS, au motif qu’un « facho n’a pas sa place au Parti socialiste » – démarche fréquemment mal comprise dans le midi méditerranéen, l’organisation terroriste y bénéficiant souvent d’une indulgence pour le moins surprenante [2].

Théo Balalas s’explique

Entretien exclusif avec Théodore Balalas, figure historique du PS marseillais impliqué dans une polémique concernant ses anciennes activités au sein de l’OAS (date : 22 septembre 2011 – ? –) :


Théo Balalas, socialiste

extrait de Derrière les lignes du Front, de Jean-Baptiste Malet [3]


Après avoir été membre de l’OAS puis incarcéré à la prison de la santé pour son activisme durant la guerre d’Algérie, Théo Balalas part en Espagne et s’exile quatre ans chez Franco. Quand il revient en France, c’est pour contribuer à l’aventure d’Ordre Nouveau, le mouvement qui rassemble notamment François Duprat, Alain Robert et Gérard Longuet. En 1972 naît le Front national et Théo Balalas, ami de Jean-Jacques Susini, contribue à implanter ce nouveau parti dans la cité phocéenne. Puis, en 1973, c’est l’heure des législatives. Théo Balalas fait imprimer des bulletins de vote à son nom, frappés de la flamme tricolore : il est candidat pour le FN. À l’époque, il se présente comme commerçant, bien qu’il soit également correspondant local pour Minute. Aux législatives, Théo Balalas ramasse 926 voix, soit 1,9 % des voix.

Mais en 1973, il rencontre l’un des bras droits de Gaston Defferre et ce dernier lui propose des missions électorales. Dès lors, il rejoindra le PS. Depuis plus d’une décennie, il occupe l’une des places les plus importantes de l’organigramme de la fédération des Bouches-du- Rhône : « responsable des adhésions », comme cela est toujours indiqué sur le site Internet du PS13. Mais n’allez pas croire que ce cadre « socialiste » marseillais souhaite s’expliquer sur son passé, ni même réaliser un mea culpa, ce qui constituerait le minimum syndical. « Théo Balalas ne donne pas d’interviews », informe la secrétaire de la fédération socialiste. En réalité, depuis les premières fuites médiatiques, le robinet a été sévèrement vissé, car Théo Balalas peut toujours servir. « Deferre a su fédérer des personnes de toutes tendances, affirmait-il en 2006. Il faut avoir des amis partout. Au moins cent mille rapatriés se sont installés à Marseille, ça fait autant d’électeurs. » (Propos recueillis par CQFD au siège du PS des Bouches-du- Rhône, le 3 juillet 2006). Et à Marseille, comme ailleurs, ce sont des voix qui comptent.

Balalas a-t-il renié son passé ? C’est la question que je me pose toujours en ce 4 décembre 2010, lors d’un meeting FN de Bruno Gollnisch. Après la harangue du député européen, alors en pleine campagne pour tenter d’accéder à la présidence du parti, ses supporters dînent dans la convivialité et sont rassemblés autour de tables thématiques. Parmi elles, certaines sont dédiées aux nostalgériques ultras, comme ceux de l’Association pour la mémoire de l’empire français (AMEF). Mais il y a aussi des anciens activistes de l’OAS émargeant à l’Adimad, dont son président, Jean-François Collin, que j’interviewe brièvement. Alors que je l’ai déjà questionné sur Balalas par le passé et qu’il m’a déjà répondu qu’il ne communiquait pas sur les anciens OAS, je décide de récidiver. Et là, surprise, il me répond jovial : « Ah, Balalas ! Je viens de recevoir son chèque de ré-adhésion. C’est un gros chèque en plus, il a les moyens ! ».

La confirmation est donc bien là : Théo Balalas est toujours adhérent de l’association d’extrême droite Adimad-OAS et cadre du PS marseillais.

Jean-Baptiste Malet


Jean-Baptiste Malet décide alors d’interpeller par courrier électronique le service de presse du PS ainsi que de nombreuses personnalités du parti, mais il n’obtiendra aucune réponse – pas plus que d’autres qui ont également tenté de sensibiliser le PS à ce “problème” [4].

Marseille 1973 : la ratonnade oubliée

25 août 1973, à Marseille, le meurtre d’un conducteur de bus par un immigré algérien fait les titres des quotidiens. L’éditorial de Gabriel Domenech dans Le Méridional met le feu aux poudres en appelant à la vengeance. Pendant plusieurs mois, des meurtres vont être commis dans tout le sud de la France. Une seule et même cible : des Arabes… Cette chasse à l’homme atteint son paroxysme le 12 décembre 1973 avec l’attentat du Consulat algérien.


Un entretien avec Malek Boutih, membre du bureau national du PS qui a saisi en juillet la commission des conflits du PS pour demander l’exclusion de Théo Balalas :

Malek Boutih : "Un facho n’a pas sa place au Parti socialiste"

La Provence, le 20 septembre 2011


  • Pourquoi vouloir exclure un homme qui a rejoint le PS dans les années 70 ?

Parce que c’est un facho et que pour moi, un facho n’a pas sa place dans ce parti. Il a été à l’OAS et a fait de la prison pour cela, il a participé à la création du Front national et a été candidat. Surtout, il est un de ceux qui ont inspiré un épisode totalement passé sous silence de notre histoire : des assassinats d’Arabes en 1973 à Marseille, une flambée de violence dont le point d’orgue sera un attentat contre le consulat d’Algérie.

  • Comment avez-vous découvert le passé de Théo Balalas ?

Enfant, j’avais entendu parler de l’histoire de ces gens tués à Marseille par pur racisme. Voici quelques mois, j’ai vu un documentaire sur Canal +intitulé "La Ratonnade oubliée". Et à la fin, au bout de l’horreur, j’ai découvert que Théo Balalas était l’un des animateurs du "Comité de défense des Marseillais", une association domiciliée au siège du FN dont les tracts honteux ont mis le feu aux poudres. Dans la vie, on peut changer, il y a des gens qui ont été trotskistes et qui sont aujourd’hui à l’UMP. Mais là, c’est une histoire de sang, il y a eu une quarantaine de victimes, à qui la France n’a jamais rendu justice. Que le PS ferme les yeux sur l’un des acteurs de ce drame est insupportable, intolérable. L’exclure, c’est une maigre réponse à la mémoire des victimes et à la douleur des familles, mais c’est le minimum que nous puissions faire.

  • L’histoire de Balalas est loin d’être secrète. Des livres en ont parlé, en 1994 puis en 2004...

C’est peut-être ce qui me trouble le plus. Que des gens au PS aient accepté sa présence tout en connaissant son passé montre que, consciemment ou inconsciemment, ils avaient renoncé sur bien des principes. D’ailleurs, ça continue : on m’a rapporté que lorsque la commission d’enquête sur le fonctionnement du PS 13 l’a mis un peu de côté, Balalas a été applaudi lors d’une réunion ! En ce qui le concerne, la commission Richard a vraiment été très light : c’est elle qui aurait dû faire ce que je fais. Elle était parfaitement informée puisque plusieurs personnes lui ont raconté qui est vraiment Balalas.

  • Vous croyez vraiment que le PS va prendre enfin ses responsabilités alors que Balalas a survécu à toutes les tempêtes depuis plus de 30 ans...

J’en ai discuté avec Harlem Désir et j’ai saisi la commission des conflits dans les formes, ce qui me rend confiant. De toute manière, ce n’est pas compliqué : si Balalas n’est pas exclu, je quitte illico le PS. Pour moi, cette affaire est très grave et d’ailleurs, je ne comprends pas que la presse nationale ne s’en soit pas emparée. C’est beaucoup plus qu’une affaire marseillo-marseillaise…

Propos recueillis par Fred Guilledoux


Vient de paraître :

“Derrière les lignes du Front”, de Jean-Baptiste Malet  [5]

Immersions et reportages en terre d’extrême droite. [6]

À l’heure où le Front national modernise sa communication et développe un nouveau marketing politique dont les médias de masse sont friands, ce livre d’enquête a fui la tyrannie de l’actualité.

Partant à la rencontre de ceux qui font l’extrême droite contemporaine, son auteur a pratiqué, par l’immersion et l’enquête, un journalisme aux multiples figures.

Il a surtout pris le temps de réaliser un reportage au long cours s’échelonnant sur une année, à travers la France.

Par un travail de terrain inédit et minutieux, le Front national s’y révèle être plus que jamais d’extrême droite, à mille lieux de son dangereux et fallacieux euphémisme « droite populiste ».
Le lecteur, lassé du verbiage des ouvrages du genre, y trouvera une authenticité nouvelle et l’occasion d’une réflexion sans concession.
C’est à ce voyage derrière les lignes du Front que vous invite ce livre.


[1Rémi Kauffer, OAS, histoire d’une guerre franco-française, éd. Seuil, avril 2002, pages 410-411.

[2"Je comprends que Malek Boutih soit touché dans sa chair mais ça fait plus de quarante ans quand même", a déclaré Patrick Mennucci, patron du PS marseillais (référence : Les Inrocks du 20 septembre 2011).

[3Pages 111-113.

[4Voir la lettre de Henri Pouillot adressée à François Hollande : http://www.henri-pouillot.fr/spip.p....

[5Éditions Golias, 270 pages - 15 euros.

[6Reprise de la 4e de couverture.