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Syrie : ils brisent les mains d’un caricaturiste

jeudi 1er septembre 2011

Selon l’ONU, au moins 2.200 personnes, en majorité des civils, ont été tuées depuis la mi-mars par les forces de “sécurité” du tyran syrien. Ali Ferzat est un des milliers de blessés : enlevé le 25 août 2011 à Damas, des sbires de Bachar al-Assad lui ont brisé les mains...

Pourquoi parler de lui ? ... C’est qu’Ali Ferzat est caricaturiste. Ses armes sont ses mains, qui combattent à coups de crayon les cruautés humaines. Nous n’oublierons pas Ali Ferzat, comme nous n’avons oublié ni le pianiste Miguel Angel Estrella dont les tortionnaires uruguayens brisaient les doigts il y a trente ans, ni le chanteur Victor Jara, assassiné le 15 septembre 1973 dans les geôles chiliennes, après avoir eu les doigts coupés à la hache.

Dessin d’Ali Ferzat

Les sbires de Bachar-el-Assad enlèvent le caricaturiste syrien Ali Ferzat et lui brisent les mains [1]

L’emblématique caricaturiste Ali Ferzat a été enlevé le 25 août, en plein centre de Damas sur la place des Omeyyades, alors qu’il rentrait chez lui en voiture. Les assaillants masqués lui ont volé le contenu de son cartable, notamment ses dessins et d’autres affaires personnelles. Ils l’ont durement frappé, notamment sur les mains. Des passants, qui l’ont trouvé sur la route de l’aéroport, l’ont conduit à l’hôpital. Les agresseurs du dessinateur lui ont cassé deux doigts de la main gauche, brisé le bras droit et abîmé l’oeil gauche. (L’Orient le jour, 26-08-2011)

Même si la police syrienne annonce avoir ouvert une enquête et être à la recherche des responsables, il ne fait pas de doutes, pour la Coordination des comités locaux, qu’il s’agit d’un avertissement du pouvoir, réalisé par des membres de services de sécurité, des miliciens favorables au régime de Bachar-El-Assad. Ali Ferzat raconte que deux de ses agresseurs criaient : « Frappez-le aux mains pour qu’il arrête de dessiner et d’attaquer ses maîtres ».

Immensément connu dans le monde arabe, reconnu au-delà, Ali Ferzat avait provoqué un scandale et une tempête diplomatique à l’Institut du monde arabe à Paris, à l’occasion d’une exposition en 1989. Saddam Hussein l’avait alors menacé de mort pour son portrait du dictateur donnant ses décorations à manger à une population affamée, et ses dessins avaient été interdits, notamment en Libye et en Jordanie. (Rue 89, 25-08-2011). En 1994, il avait été élu par le magazine Time comme l’un des meilleurs caricaturistes défenseurs des libertés dans le monde. (Le Figaro, 26-08-2011).

Sa revue satirique Al Domari, créée en Syrie début 2001, avait été interdite fin 2002.
Il mettait quotidiennement ses dessins en ligne sur son site.

[Ce dessin de soutien n’est évidemment pas dû au crayon d’Ali Ferzat, tout bonnement incapable de se servir de ses mains.]

473 personnes tuées dans les manifestations pendant le ramadan

Le Nouvel Observateur avec AFP, le 31 août 2011


473 personnes ont été tuées lors de manifestations au cours du ramadan qui a pris fin lundi en Syrie, a indiqué mercredi 31 août l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), alors que les forces de sécurité menaient des opérations dans la région de Homs au centre du pays.

Le bilan des morts tombés au cours du mois sacré du ramadan s’élève à 473, dont 360 civils et 113 membres des forces de sécurité et de l’armée, a détaillé l’OSDH, basée en Grande-Bretagne. Parmi ces morts, figurent 25 personnes âgées de moins de 18 ans, 14 femmes et 28 personnes ayant péri en détention ou sous la torture, la plupart dans la province de Homs, a précisé l’ONG dans un communiqué.

Près de six mois de contestation

Le régime du président Bachar al-Assad est contesté par des manifestations quasi-quotidiennes depuis la mi-mars. Au moins 2.200 personnes en majorité des civils ont été tuées depuis, selon l’ONU. La province de Homs était le théâtre mercredi d’opérations des forces de sécurité et de l’armée qui ont lancé un assaut sur la localité de Houlé, à 20 km de la ville de Homs, arrêtant 16 personnes, a d’autre part indiqué l’OSDH.

Dans cette même localité, les autorités avaient remis lundi à leurs familles 13 corps de personnes enlevées par les forces de sécurité début août, provoquant la colère des habitants, a ajouté l’OSDH. Les Comités locaux de coordination (LCC), un groupe qui anime les manifestations en Syrie, ont indiqué pour leur part que les forces de sécurité avaient mis le feu à Houlé aux domiciles deux hommes et menacé d’arrêter leurs épouses et enfants s’ils ne se rendaient pas.

Communiqué de la FIDH [2]

Enfin, une commission internationale d’enquête sur la Syrie !

Flash - 1er Septembre 2011

Depuis mi-mars, la répression du régime contre les manifestants pacifiques, qui réclament plus de liberté et des réformes démocratiques, a fait plus de 2 000 morts, dont plusieurs centaines au cours du seul mois du ramadan.

La FIDH, grâce au travail de recueil de témoignages de ses organisations membres sur le terrain, fournit des informations précises sur les violations des droits humains commises dans le pays. Leur courage est extraordinaire au regard des risques encourus.

Son rapport sur les violations des droits de l’Homme commises de mars à juillet, publié en anglais fin juillet, et aujourd’hui en arabe, dénonce la perpétration de crimes internationaux.

Ce rapport et la mobilisation de la FIDH ont contribué à encourager des interventions plus fortes de la communauté internationale condamnant les violences perpétrées par les autorités contre les civils, isolant un peu plus le régime dans sa barbarie.

Ainsi les membres du Conseil des droits de l’Homme des Nations unies réunis en session extraordinaire ont adopté le 24 août une résolution établissant une commission internationale d’enquête pour faire la lumière sur les graves violations des droits de l’Homme perpétrées en Syrie et établir les responsabilités.


Voir le site Cartooning for peace.