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communiqué LDH/FIDH

Rwanda : de nouveaux résultats dans une enquête judiciaire enfin sans entrave

vendredi 20 janvier 2012, par la rédaction

Après dix-sept années d’une enquête conçue pour justifier des conclusions définies a priori, le rapport d’expertise balistique demandé par les juges Poux et Trevidic confirme que l’enquête menée de Paris par le juge Bruguière n’était destinée qu’à justifier la politique de la France dans ce pays...

Ci-dessous, un communiqué LDH/FIDH, suivi d’un coup de gueule d’Albert Herszkowicz : Enfin la vérité éclate !

Communiqué LDH / FIDH

Paris, le 19 janvier 2011

Rwanda : de nouveaux résultats dans une enquête judiciaire enfin sans entrave

Après dix-sept années d’une enquête conçue pour justifier des conclusions définies a priori, le rapport d’expertise balistique demandé par les juges Poux et Trevidic confirme que l’enquête menée de Paris par le juge Bruguière n’était destinée qu’à justifier la politique de la France dans ce pays.

L’orientation de l’enquête défendue par le juge Bruguière attribuait au FPR, la rébellion à dominante Tutsi, dirigé par Paul Kagame, la responsabilité de l’attentat du 6 avril 1994 contre l’avion du président Juvenal Habyarimana. Cet attentat a déclenché un génocide soigneusement préparé qui, en trois mois, a provoqué la mort d’au moins huit cent mille Tutsi et de nombreux Hutu dont le Premier ministre, madame Agathe Uwilingiyimana..

L’accusation du FPR d’avoir enclenché une réaction de vengeance, contribuait, intentionnellement ou non, à débarrasser la France de toute erreur dans son soutien à un allié de longue date, le gouvernement rwandais. Il était ainsi suggéré que le rôle de la France avait été de s’interposer entre les deux factions engagées respectivement dans l’extermination de l’autre composante de la population : d’un côté Paul Kagame et le FPR, qui n’auraient pas hésité à risquer un génocide des leurs dans le but de s’accaparer le pouvoir, et de l’autre, le régime en place, qui s’engageait, au nom de la défense du pays contre une agression étrangère, dans un massacre systématique des Tutsi et des opposants Hutu. Ainsi, la théorie du « double génocide » faisait de la France un arbitre et justifiait que les forces françaises, dans le cadre de l’opération Turquoise qualifiée d’ « humanitaire », n’aient pas reçu l’ordre de désarmer les troupes du gouvernement intérimaire rwandais qui commettait le génocide.

Les résultats de l’expertise balistique remettent radicalement en cause cette construction orientée de l’histoire.

Cette enquête doit donc se poursuivre jusqu’à son terme. Comme doit se poursuivre l’instruction menée contre certains membres des forces armées françaises, contre lesquelles une plainte a été déposée en raison de leur comportement durant l’opération Turquoise. La FIDH et la LDH seront attentives à ce que ces instructions se poursuivent en toute sérénité et dans des délais normaux, pour que toute la lumière soit faite et toutes les responsabilités établies dans des exactions que la Cour pénale internationale a justement qualifiées d’entreprise génocidaire.


Repris du blog d’Albert Herszkowicz [1]

Une claque aux négationnistes

Enfin la vérité éclate !

Le 6 avril 1994, l’avion transportant le président du Rwanda Habyarimana était abattu par deux missiles à son approche de l’aéroport de la capitale Kigali. Le lendemain débutait le génocide déclenché par les extrémistes du « Hutu Power » contre les Tutsi et les Hutus modérés, entraînant la mort de 800 000 personnes en trois mois.

Les auteurs du génocide s’employèrent aussitôt à dissimuler l’ampleur de leurs crimes et la nature génocidaire de leurs actes, comme l’avaient fait avant eux les auteurs du génocide des Arméniens, les nazis auteurs de la Shoah et les massacreurs de Srebenica.

Lorsque la minorité tutsi qui avait survécu revint au pouvoir au Rwanda, les génocidaires accusèrent les Tutsis d’avoir été, à l’origine les auteurs de l’attentat déclencheur. La vérité sur l’attentat du 6 avril devint ainsi cruciale pour établir les responsabilités et définir les coupables du génocide. Grâce aux familles de l’équipage français de l’avion abattu, une instruction avait été ouverte en France et confiée au juge « anti-terroriste » Jean-Louis Bruguière. Celui-ci conclut, au terme d’une enquête partiale conduite depuis Paris, sans déplacement sur les lieux de l’attentat, à la responsabilité des rebelles tutsi (FPR) ; il lança des mandats d’arrêt internationaux contre de hauts responsables du FPR au pouvoir à Kigali. Le Rwanda répondit en rompant ses relations diplomatiques avec la France puis en procédant à la rédaction d’un rapport officiel sur le rôle de la France au Rwanda à l’époque du génocide (Commission Mucyo). Entre temps, avec les conclusions du rapport Bruguière, les thèses négationnistes se renforcent et obtiennent une sorte de droit de cité dans le discours public, notamment française et belge. L’attribution au FPR de la responsabilité de l’attentat du 6 avril a servi depuis 18 ans à protéger des questions embarrassantes les dirigeants politiques de cette époque de cohabitation : F. Mitterrand, Balladur, Léotard, Juppé, Roussin, Hubert Védrine, les responsables militaires et tous les officiels ayant joué un rôle dans la complicité militaire, politique, diplomatique et financière de la France dans le génocide.(voir) France-Rwanda : escalade et négation

Bruguière parti à la retraite après avoir tenté une carrière politique dans les rangs de l’UMP, son successeur, le magistrat anti-terroriste Marc Trévidic est chargé de clore le dossier. Avec la magistrate Nathalie Poux, il décide alors de reprendre toute l’enquête et se donne pour cela les moyens intellectuels, techniques et humains nécessaires. Il réalise un déplacement au Rwanda sur les lieux même de l’attentat, accompagné d’experts : trois spécialistes en aéronautique, deux géomètres, un balisticien et un acousticien. Cette équipe analyse les débris de l’avion et les témoignages recueillis sur la chute de l’avion mais aussi sur le bruit et la lumière signalant le lancement des deux missiles.

Les conclusions de rapport, qui ont été rendues publiques mardi 10 janvier à Paris, établissent que les deux missiles ont été tirés depuis le camp militaire de Kanombe contrôlé par des ultras du régime, recherchant à tout prix le basculement du Rwanda dans la guerre civile et la liquidation des Hutus modérés et des Tutsis. Le rapport démontre aussi que les missiles n’ont pas pu être tirés depuis la ferme de la colline de Masaka occupée par des rebelles tutsi.

Cette vérité établie a une conséquence historique et politique considérable.

En prouvant que les rebelles tutsi n’ont pas responsabilité dans l’attentat, elle détruit la thèse négationniste qui voulait que la preuve de la culpabilité tutsi du génocide soit apportée par leur responsabilité dans l’attentat du 6 avril 1994. Cette vérité établie possède une autre conséquence, capitale elle aussi, en ce que la planification du génocide par les extrémistes hutus s’impose dans son organisation criminelle. La préparation du génocide avait été accompagnée d’une violente campagne symbolisée par les dénonciations de la radio « Mille Collines », organe des génocidaires.

L’enquête précise du juge Trévidic inflige ainsi une double défaite aux négationnistes du génocide rwandais. Mais ces derniers n’ont pas tardé à réagir en portant le soupçon sur les méthodes et les experts, et en suggérant qu’il s’agît là d’une opération politique.

La lutte contre les négationnistes et leurs défenseurs a nécessité un travail d’enquête et d’établissement d’un constat rigoureux. Les faits existent, et notamment les 800 000 morts commises en vertu d’une injonction et d’une réalisation génocidaires. La connaissance de cette histoire est particulièrement essentielle en France, dont le rôle à cette époque au Rwanda est encore dissimulé derrière la raison d’Etat et le « secret défense »

Avec les associations qui combattent pour la vérité sur ce génocide, nous demandons la poursuite de l’instruction des juges Trévidic et Poux ainsi que :

  • La levée du secret défense sur tous les documents concernant l’implication française au Rwanda, y compris les archives de l’Elysée,
  • L’indépendance de la justice et l’arrêt des pressions politiques sur les juges notamment le juge Trévidic soumis à un harcèlement de sa hiérarchie
  • Une commission d’enquête parlementaire sur l’implication politique et militaire française.

Nous signalons la réédition du livre Survivantes sur le génocide rwandais coécrit par Esther Mujawayo et Souâd Belhaddad (éditions Metispresse)

Le 19 Janvier 2012

Albert Herszkowicz