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Rachid Feraoun : mon père était avant tout un éducateur

samedi 30 novembre 2013, par la rédaction

Quarante-huit ans après l’assassinat perpétré le 15 mars 1962 à Ben-Aknoun par l’OAS, qui a coûté la vie à l’écrivain algérien Mouloud Feraoun et à ses cinq compagnons des Centres sociaux éducatifs, Marcel Basset, Robert Eymard, Ali Hamoutène, Max Marchand et Salah Ould-Aoudia, l’Algérie a commémoré ce triste anniversaire [1].

Dans le cadre de la 10e édition du Festival culturel du film amazigh, un colloque sur la vie et l’œuvre de l’écrivain et romancier Mouloud Feraoun avait été organisé à la maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou. Un film documentaire de Ali Mouzaoui, retraçant la vie et l’œuvre de l’auteur du Fils du Pauvre, a été projeté en ouverture du festival.

[Mis en ligne le 15 mars 2010, mis à jour le 30 novembre 2013]


48 ans après son assassinat, le fils de Mouloud Feraoun se remémore du passionné de l’enseignement [2]

L’enseignement et la formation étaient la raison d’être et de vivre de l’écrivain Mouloud Feraoun, dont on commémore lundi le 48è anniversaire de son assassinat par l’OAS le 15 mars 1962, a indiqué à l’APS dimanche son fils Rachid.

« Mon père a passé toute sa vie dans le milieu de l’éducation et occupé successivement le poste de maître d’école, de directeur et d’inspecteur. Son véritable métier était éducateur pas écrivain. L’écriture venait en second plan chez mon père, bien après l’enseignement », confie Rachid, fils de l’auteur de plusieurs ouvrages notamment Le fils du pauvre, roman dans lequel il met en exergue son amour pour l’instruction. « Pour lui, sa voie était toute tracée. Sa vie devait se passer à former les enfants. C’était plus qu’un choix. Une passion », relève son fils, qui rappelle le parcours d’enseignant de son père qui a débuté sa carrière en 1936 en qualité d’instituteur à l’école d’Aït Abdelmoumen, un village ne disposant à l’époque que d’une unique classe où tous les niveaux étaient regroupés. A ses élèves il disait : « Il faut étudier pour mieux servir l’Algérie » Mouloud Feraoun sera muté ensuite à Taourirt Moussa où il enseigna quelques années, puis ouvrit à Fort national, actuellement Larbaâ Nath Irathen, le premier cours complémentaire où il eut comme élèves des adolescents à qui il disait : « Il faut aller le plus loin possible dans les études pour pouvoir mieux servir l’Algérie ».

« En ces temps-là, il y avait la misère et il fallait convaincre les parents d’envoyer leurs enfants à l’école. Lors de la cueillette des olives, les élèves étaient obligés de s’absenter et mon père fermait les yeux comprenant la détresse dans laquelle vivaient les enfants et leurs familles », explique le fils de Mouloud Feraoun, ajoutant que son père, persécuté et menacé par le chef de la garnison de l’armée coloniale, a été obligé de quitter le village pour Alger où il occupera le poste de directeur à l’ex-école Nador (actuelle école Fatma-Ghazel) d’El Madania. « Là, comme dans ses précédents postes, il s’occupait de ses élèves, même en dehors des heures de cours. Après cinq heures, il donnait des cours de rattrapage gracieusement aux élèves. Il ramenait également à l’école un imam érudit qui leur enseignait l’arabe et l’éducation religieuse », dit-il. « Les enfants faisaient partie de sa vie. Il considérait ses élèves comme ses propres enfants », relève Rachid Feraoun, qui rappelle, par ailleurs, son travail de pédagogue-auteur de « L’Ami fidèle », une série de livres scolaires parus entre 1958 et 1961 et dans lesquels « il a sélectionné des textes recueillis à travers le monde mais proches de notre culture ».

Il était très respecté par les élèves et estimé par leurs parents. Les anciens élèves de Mouloud Feraoun ont gardé un « excellent souvenir » de cet « enseignant modèle » et directeur à l’écoute des enfants auxquels il consacrait tout son temps, comme en témoigne Rachid Tarefet, qui a fréquenté l’école Nador en 1958. « Il était très respecté par les élèves qui le considéraient comme un père », a indiqué ce sexagénaire, mettant en exergue l’estime dont jouissait Mouloud Feraoun également auprès des parents. « Quand notre directeur nous faisait classe à la place de l’instituteur français absent et nous surprenait à dessiner l’emblème national, son visage s’illuminait », se souvient avec émotion cet ancien élève de Mouloud Feraoun dont la mémoire est restée vivante à travers notamment les registres d’appel paraphés d’une écriture artistique et conservés précieusement par l’actuel directeur d’école.

Né le 8 mars 1913 à Tizi-Hibel (Tizi-Ouzou), Mouloud Feraoun, assassiné par l’OAS à Ben-Aknoun (Alger), le 15 mars 1962, avec cinq de ses collègues inspecteurs de l’éducation, a publié en 1950 son premier roman Le fils du pauvre, écrit en 1934, suivi en 1957 par Les chemins qui montent, paru aux éditions du Seuil. Son Journal, rédigé de 1955 à 1962, et remis au même éditeur, ne verra le jour qu’après sa mort et son oeuvre Lettres à ses amis est éditée en 1969. Toujours à titre posthume seront publiés « L’Anniversaire (1972) et son dernier manuscrit La cité aux roses en l’an 2007 aux éditions Yamcom. Un colloque international sur Mouloud Feraoun est organisé dimanche par le commissariat du Festival culturel annuel du film amazigh à la maison de la Culture de Tizi-Ouzou, rappelle-t-on.


[1En cette douloureuse occasion, il a été procédé à des cérémonies de recueillement sur la tombe de Ali Hamoutène au cimetière de M’douha de Tizi Ouzou, puis sur celle de Mouloud Feraoun au cimetière de Tizi Hibel, et à El Biar sur la tombe de Salah Ould-Aoudia.