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Mélenchon/Moscovici : le vrai problème, par Albert Herszkowicz

lundi 25 mars 2013

Jean-Luc Mélenchon reproche à Pierre Moscovici d’avoir « un comportement de quelqu’un qui ne pense plus en français » mais « qui pense dans la langue de la finance internationale »

Mélenchon/Moscovici : le vrai problème

[repris du blog Memorial98, le 25 mars 2013]


Comme souvent c’est dans les réactions et commentaires que se dévoile l’ampleur des dégâts de la polémique lancée par les phrases prononcées lors du congrès du Parti de Gauche à Bordeaux.

Il y a bien sûr ceux et celles qui traitent Mélenchon d’antisémite et entonnent le refrain du retour des années 1930 ; il y a aussi la « mise au point » de l’orateur lui-même qui aggrave la portée de ses propos.

Qu’a donc déclaré Mélenchon ? Nous reprenons ici la version tirée de l’enregistrement de ses propos, diffusée par le journal Politis proche du dirigeant du PG (http://www.politis.fr/Ce-qu-a-VRAIM...)
Il dit à propos de Moscovici, après avoir décrit ses positions dans les négociations européennes « … Donc c’est un comportement irresponsable. Ou plus exactement c’est un comportement de quelqu’un qui ne pense plus en français … Qui pense dans la langue de la finance internationale. Voilà.  »

Interpellé plus tard sur le sens de sa qualification et de son éventuelle portée antisémite, Mélenchon répond qu’il ne connaissait pas la « religion » de Moscovici, comme s’il s’agissait de croyances et de pratiques confessionnelles dont effectivement il n’a pas à connaître ; il fait semblant de ne pas comprendre qu’il s’agit évidemment de l’origine des uns et des autres. Ignore-t-il vraiment que Moscovici est d’origine juive d’Europe de l’Est ? Difficile à croire.

Mélenchon voulait tenir un propos à tonalité « française » et n’a pas cherché à éviter le piège du nationalisme qui constitue une vieille maladie de la gauche et du mouvement ouvrier français.

Ce n’est pas la première fois que Mélenchon s’embrouille à propos des origines et de l’antisémitisme. Nous avions relevé ses propos à l’époque, à l’occasion de l’escalade de la xénophobie de la droite et de la riposte qu’il convenait d’y apporter (voir Sarkozy-Le Pen : l’apocalypse ?).

En mars 2011, l’UMP s’est lancée dans une campagne visant à discréditer Dominique Strauss-Kahn qui apparaissait à l’époque comme le favori des sondages. Pour le dissuader de se présenter, les dirigeants UMP se montraient prêts à recourir à des attaques fortement teintées d’antisémitisme.

La première salve est venue de Christian Jacob, président des députés UMP et proche de Copé. Elle faisait référence aux « terroirs » dont DSK serait exclu, selon le modèle des attaques contre Léon Blum et Pierre Mendès-France.
Puis pour montrer qu’il ne s’agissait pas d’une simple plaisanterie, était ensuite venue l’explication de texte d’un « intellectuel » du gouvernement, Laurent Wauquiez lors du pèlerinage « chrétien » de Sarkozy au Puy-en-Velay. Il déclarait : « ... Son discours [de DSK] est celui d’une mondialisation sans couleur, ni saveur, qui se joue dans des grandes capitales internationales, c’est très loin de nous tout ça. Avoir le Président chez nous en Haute-Loire est un vrai geste de reconnaissance. Dominique Strauss-Kahn, c’est Washington, c’est sûrement une très belle maison qui donne sur le Potomac. C’est pas la Haute-Loire et c’est pas ces racines-là ». C’est le mot « racines » qui était crucial, visant à disqualifier celui qui en serait privé, selon le stéréotype historique du Juif errant, issu directement de l’anti-judaïsme de l’Eglise catholique. Jean-Luc Mélenchon avait alors étrangement critiqué ceux qui relevaient la tonalité antisémite de ces mises en cause. Il écrivait sur son site :

« … J’en profite pour dire que la façon de surévaluer deux phrases de Christian Jacob sur un tel thème, dans ce registre, de cette façon, aggrave le mal qu’elle prétend dénoncer. Qui a intérêt à incriminer d’antisémitisme dans une déclaration de cette sorte ? Pour menacer tous ceux qui s’opposeraient à Strauss Kahn d’antisémitisme ? La ficelle est grosse ! Surtout que l’accusation est particulièrement vicieuse. Sachant que l’antisémitisme n’est pas une opinion mais un délit en France grâce à la loi Gayssot (PCF) [erreur importante et embarrassante, la loi Gayssot condamne la négation de la Shoah et pas l’antisémitisme NDLR] on voit quel procédé inquisitorial et venimeux est ainsi mis en scène ... Christian Jacob n’est pas un antisémite. C’est juste un gros agrarien archaïque !...  »

Mélenchon faisait mine d’ignorer à quel point le recours à l’antisémitisme structurait les campagnes de la droite contre Léon Blum et Mendès-France. Il semblait aussi ignorer qu’une partie de la gauche se présentant comme « nationale » avait repris ce type de thèmes. Ainsi le PCF avait de nombreuses fois attaqué Blum avec des descriptions physiques et intellectuelles copiées de l’univers de la droite. Ainsi Georges Marchais avait-il en mai 1968 attaqué «  l’anarchiste allemand Cohn Bendit » ; des centaines de milliers de manifestants lui avaient alors répondu «  Nous sommes tous des Juifs allemands ».

Ainsi le « républicain national » Chevènement avait-il qualifié le même Cohn-Bendit de « représentant des élites mondialisées » que les Verts sont allés « chercher en Allemagne » (10 janvier 1999 sur TF1).

La gauche, héritière et porteuse du combat internationaliste, doit faire le ménage dans ses idées et son langage.

Albert Herszkowicz



D’autres points de vue :

  • « Ce qu’a vraiment dit Mélenchon... » par Michel Soudais, politis.fr, le 24 mars 2013
  • « Mais qui est donc Moscovici ? » par Raoul Marc Jennar, jennar.fr, le 25 mars 2013