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Lille : grévistes de la faim contre la circulaire Valls

vendredi 11 janvier 2013

Quarante-deux sans-papiers en grève de la faim depuis 69 jours contre la circulaire Valls du 28 novembre qui durcit les critères de régularisation.

Grève de la faim ... une solution de désespoir pour ceux qui sont acculés, méprisés et qui n’arrivent à rien obtenir alors qu’on ne peut que soutenir les revendications.

Faisant état d’une « désapprobation grandissante » face au traitement réservé aux sans papiers, la LDH a adressé le 10 janvier 2013 une lettre ouverte à Manuel Valls dans laquelle elle demande au gouvernement de changer de cap en matière d’immigration. « Nous attendons autre chose de votre gouvernement », écrit Pierre Tartakowsky, président de la LDH.

[Mis en ligne le 9 janvier 2013, mis à jour le 11]


Communiqué

Ce 1er janvier 2013, les organisations soussignées, membres de l’Union contre l’Immigration jetable, déclarent :

« Humanité et fermeté », disent-ils toujours !

Il n’est désormais plus possible d’avoir le moindre doute sur ce que recouvre cette rhétorique. Pour le gouvernement socialiste, il n’est pas inhumain de s’acharner en appel contre une décision de justice opposée pour arracher le droit d’expulser deux grévistes de la faim dans un état alarmant et de procéder "fermement" à cette expulsion à l’aube de l’avant-dernier jour de l’année.

Nous affirmons hautement notre volonté de nous opposer, par tous les moyens à notre disposition à la poursuite de cette politique durant l’année qui vient.


Signataires :

Association de solidarité en Essonne aux familles Roms, ATMF, FASTI, GISTI, MRAP, RESF, Réseau Stop Précarité,
FSU, Solidaires, Alternatifs, FASE, GA, NPA, PCF, PCOF, PG

Des sans-papiers en grève de la faim à Lille prennent à partie le PS

par Elise Vincent (avec Bastien Bonnefous), Le Monde, le 07.01.2013


Un mouvement de grève de la faim de sans-papiers démarré il y a plus de deux mois pourrait prendre de l’ampleur : leurs soutiens ont décidé, à partir de lundi 7 janvier, de se rassembler tous les jours, à 18 heures, devant le siège du Parti socialiste, à Paris. Une mobilisation délicate à gérer pour le PS, alors que le 28 novembre 2012, le ministère de l’intérieur a publié une circulaire censée faciliter les démarches de régularisation pour les étrangers en situation irrégulière.

Le mouvement est parti de Lille, le 2 novembre 2012, quand plus d’une centaine de personnes ont décidé d’entamer une grève de la faim afin d’obtenir des papiers en occupant une église. Après avoir investi le bâtiment pendant quelques heures, les grévistes en ont été expulsés. Mais depuis, ils campent sous une grande tente sur le parvis de l’édifice religieux et refusent de quitter les lieux tant qu’ils n’auront pas obtenu gain de cause.

Pendant plusieurs semaines, la grève de la faim de ces étrangers, principalement d’origine algérienne, n’a pas mobilisé au-delà de la métropole lilloise, théâtre régulier de manifestations de ce genre. Mais au fil des jours, leur situation a suscité l’intérêt d’organisations de défense des droits des étrangers comme le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP) ou le Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti). Le syndicat de la fonction publique FSU leur a emboîté le pas, suivi aujourd’hui par plusieurs partis du Front de gauche.

"NANO-ÉVÉNEMENT"

A l’origine, la mobilisation des sans-papiers de Lille fait suite à des crispations de longue date entre une association locale, le CSP 59 – qui soutient les grévistes – et la préfecture du Nord. En 2007, après l’élection de Nicolas Sarkozy, le CSP 59, jugé trop radical, a été exclu d’un dispositif local qui permet aux associations de la région d’avoir rendez-vous une fois par mois en préfecture afin d’y faire passer un certain nombre de dossiers de régularisations.

Cette "exception lilloise", comme la qualifiaient les militants, avait été peu médiatisée. Le dispositif était parfois appelé "accord Delarue", du nom du médiateur qui avait été envoyé en 2004, du temps du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, pour déjà, à l’époque, mettre fin à une grève de la faim d’étrangers sans papiers.

Aujourd’hui, la direction du PS tente de relativiser la situation, estimant que c’est un "nano-événement qui ne mérite pas d’être monté en épingle". Le PS n’a, à ce titre, aucune critique à émettre concernant la politique d’immigration de Manuel Valls. "Le parti soutient totalement la politique du gouvernement en matière d’immigration", explique un proche du premier secrétaire, jugeant cette politique "équilibrée". "Il ne faut pas que les associations se méprennent, Manuel Valls ce n’est pas Claude Guéant !", ajoute-t-il.

"REVOIR CETTE CIRCULAIRE"

A Lille, Martine Aubry, maire de la commune, très engagée en faveur des étrangers en situation irrégulière du temps où le PS était dans l’opposition, se tait depuis le début du mouvement. Les grévistes ont seulement pu rencontrer son premier adjoint, Pierre de Saintignon, le 3 janvier, après avoir brièvement tenté d’occuper les locaux de la municipalité.

Afin de déminer la situation, la préfecture du Nord a accepté d’examiner les dossiers des grévistes. Une maraude sociale a aussi été mise en place depuis le 4 janvier, avec la Croix-Rouge, pour leur suivi social et sanitaire, la quarantaine de sans-papiers qui restent encore en grève de la faim alternant les séjours à l’hôpital pour y être perfusés et les nuits sous tente. Le 30 décembre, la préfecture a toutefois éloigné vers l’Algérie deux des grévistes qui faisaient l’objet d’une obligation de quitter le territoire français antérieure à la mobilisation.

Au ministère de l’intérieur, où l’on a reçu une délégation d’associations, le 4 janvier, on explique que la feuille de route des régularisations reste la circulaire du 28 novembre. "Si on l’a publiée, c’est justement pour faire en sorte que les critères soient uniformes sur tout le territoire et mettre fin à l’arbitraire", explique-t-on.

La difficulté de ce texte est qu’il lâche surtout du lest sur la régularisation des familles. Or la plupart des grévistes de Lille sont des célibataires. Ces derniers, pour être régularisés, doivent justifier d’un emploi et apporter des fiches de paye. Mais là encore, la plupart sont employés au noir. "C’est impossible, comment voulez-vous qu’ils demandent cela à leur patron, estime Monseigneur Gaillot qui les soutient. Il faut absolument revoir cette circulaire."

Elise Vincent (avec Bastien Bonnefous)