Histoire coloniale et postcoloniale

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Lagoubran : la stèle de la fin de l’empire

lundi 2 mai 2016, par la rédaction

Plus d’un demi-siècle après l’arrêt des combats, les batailles mémorielles se poursuivent au sujet de la guerre d’Algérie. Des "stèles du souvenir" apparaissent ...
Le plus ancien de ces monuments semble être celui de Narbonne [1]. Réalisé en 1969, il a été inauguré le 30 mai 1970 par le général Edmond Jouhaud avec la complicité du maire Francis Vals (SFIO).

Il s’agit bien de l’ex-général putschiste, ancien adjoint du général Salan à la tête de l’OAS et responsable de la région d’Oran. Arrêté le 25 mars 1962, il est condamné à mort le 13 avril 1962 par le Haut tribunal militaire. Sa peine de mort est commuée en peine de détention criminelle à perpétuité le 28 novembre 1962. Il a été libéré de la prison de Tulle en décembre 1967, et une succession d’amnisties lui a permis de retrouver tous ses droits et prérogatives [2].

Érigé par l’Amicale des rapatriés d’outre mer de Narbonne et sa région et par un “comité de la stèle”, le monument de Narbonne n’est pas représentatif des stèles qui ont été mises en place ici ou là : tout d’abord, il est dépourvu du caractère violent que l’on retrouve chez beaucoup de celles-ci. D’autre part, il s’agit d’un véritable monument funéraire encastré parmi d’autres, au sein d’un cimetière (le Cimetière de la Cité). La stèle de Lagoubran est également située dans un cimetière de Toulon, mais on devrait plutôt la qualifier de mausolée de l’empire ...

En 1970, des élus de Toulon, rapatriés d’Afrique du Nord constituent un Comité pour l’édification d’une stèle de l’empire français et des rapatriés. Patronné par le général Jouhaud, son secrétaire général est le colonel Jean-Marie Reymond, militant très actif des causes “Algérie française“ à Toulon. Elu au conseil municipal de Toulon en 1965, il en démissionne en 1976, en réaction à la décision du maire de Toulon d’attribuer le nom du général de Gaulle à une artère de la ville. Outre l’érection de la stèle de l’empire français au cimetière de Lagoubran dont nous allons évoquer ci-dessous l’inauguration officielle le 14 février 1971, et de celle de la porte d’Italie, le colonel Reymond est à l’origine du transfert de la vierge de Notre-Dame du Cap-Falcon au Cap-Brun à Toulon.

Les personnes qui ont assisté à cette inauguration évoquent le caractère apaisé et nostalgique de la manifestation. Nous avons repris à part le discours inspiré du Préfet du Var, Jean Deleplanque, ancien sous-préfet de Batna (Algérie)

Lagoubran : la nostalgie de l’Empire

Voici le compte rendu par les Renseignements généraux du déroulement de la journée d’inauguration [3]

Le 14 février 1971, de 10h 45 à 12h 25, a été inaugurée au Cimetière de Lagoubran à TOULON, une stèle du souvenir à la mémoire des morts des anciennes possessions françaises, en présence de M. Le Préfet du Var, de M.
Le Sous-Préfet de TOULON, des Hautes Autorités civiles et militaires du département, du Général JOUHAUD et de M. Jacques S0USTELLE.

Cette manifestation organisée par le comité de la stèle du souvenir, que préside le Général JOUHAUD, a groupé près de 1.500 personnes, en majorité rapatriés et anciens militaires.
Plusieurs allocutions furent prononcées après que les honneurs eurent été rendus.

Le Colonel REYMOND, au nom du Comité de la stèle, après avoir évoqué le caractère de cette manifestation de la fidélité, du souvenir et de l’esprit qui a animé les promoteurs de ce monument a remercié tous ceux qui à un titre quelconque, y ont coopéré, en premier la municipalité toulonnaise et plus
particulièrement le Général JOUHAUD, qui a bien voulu en assumer la présidence.

Le Colonel CHABRIEL a excusé le Général REVOL et a parlé de la part importante prise par la *Coloniale", dans 1a conquête et la défense de
l’empire.

M. Jacques SOUSTELLE ancien Ministre, ancien Gouverneur Général de l’ALGÉRIE a évoqué les bâtisseurs de l’Empire, déclarant notamment "que par deux fois la France au cours de son histoire a été une nation impériale et deux fois a cessé de l’être dans une profonde indifférence ; qu’elle avait apporté dans un élan généreux, toute une civilisation faisant reculer la misère et la maladie. Il a souhaité que d’autres horizons puissent s’ouvrir maintenant pourvu que ne soient pas oubliés ceux qui ont contribué à la grandeur de l’empire et à un idéal de civilisation.

Le Général JOUHAUD, après avoir remercié tous ceux qui ont participé à l’élaboration de cette stèle et en particulier le bachaga BOUALEM, symbole du loyalisme, a retracé la vocation coloniale de TOULON, depuis le jour où a commencé la conquête de l’ALGÉRIE Il a aussi rappelé le débarquement de 1944 sur les côtes de Provence et a souligné le goût de la lutte, l’amour de la vie et du panache qui avaient caractérisé les Français d’Outre-Mer, et en terminant, il a dit "si nous avons tout perdu nous ne saurions oublier".

M. ARRECKX, Maire de TOULON, a parlé de l’accueil des rapatriés, de leur intégration dans la population toulonnaise, et évoqué les pages d’histoire de Toulon, port de guerre et refuge des anciens combattants dans leurs vieux jours.

M. DELEPLANQUE, Préfet du Var, n’a pas manqué de rappeler qu’en ce lieu, il ne pouvait exister que recueillement, simplicité, et vérité. Il a longuement retracé l’histoire de la France et de son empire. Il a surtout mis en relief que cette manifestation n’était que respect, souvenir et tendresse humaine et comme le souhaitait M. Le Président de la République, effacer définitivement les rancunes nées des amères divisions qui ont dressé les français les uns contre les autres depuis trente ans. Il a ajouté "il ne peut y avoir qu’une seule politique c’est celle du coeur et nous ne formons qu’un tout au service de la France". Il n’y a rien de plus important que la réconciliation des Français qui n’interdit nullement la diversité des opinions et la liberté de leur confrontation.

Cette manifestation s’est terminée par une courte cérémonie religieuse des trois cultes dans une ambiance de ferveur et de recueillement

La stèle de l’empire français, érigée en 1972 à Lagoubran, photographiée en mai 2002)

Hélas, le palmier a disparu ...

Pour aller plus loin : Il existe à Toulon deux stèles : la plus ancienne à Lagoubran dont l’inauguration est exposée ci-dessus, et une seconde installée en 1980 à la Porte d’Italie dans une ambiance tendue.
Pour en savoir plus, cliquez.


[3Référence : Ministère de l’Intérieur. Direction générale de la police nationale. Direction des renseignements généraux. Objet : inauguration de la stèle du souvenir à Toulon. 5e section. Réception datée du 16 fév 1971.
Consulté en mars 2016 aux archives du Var