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Bon résultat du "Oui" au référendum du 4 novembre 2018

L’idée d’indépendance
fait son chemin
en Kanaky Nouvelle-Calédonie

lundi 5 novembre 2018

Les résultats du référendum du 4 novembre 2018 montrent une progression du vote indépendantiste et sont un excellent résultat compte tenu de la composition du corps électoral. Un résultat très encourageant pour l’avenir de Kanaky Nouvelle-Calédonie. Nous publions ci-dessous la première réaction après l’annonce du résultat, publiée sur le blog de "AISDPK Kanaky" (de l’Association pour l’information et la défense des droits du peuple kanak) sur "Mediapart", par l’anthropologue Isabelle Leblic. Elle souligne que le vote indépendantiste est en progression dans toutes les régions.

Vote indépendantiste en progression au référendum
et excellent résultat du vote en faveur de l’indépendance

par Isabelle Leblic Source

Ça y est. Le vote historique du 4 novembre s’est déroulé.

Les résultats peuvent amener plusieurs lectures. Certes, l’indépendance n’est pas passée. Mais les résultats ne sont pas du tout ceux annoncés depuis des mois par les anti-indépendaitstes. 56,40% de vote "Non" certes, mais 43,60 % de "Oui".

Progression du "Oui" en Province sud
et nette victoire du "Oui" en Province nord

Avant le vote, je pensais qu’au-dessus de 40 % de "Oui", on pouvait considérer que ce serait une grande démonstration faite par les indépendantistes de leur capacité à convaincre des personnes qui n’étaient pas forcément ni Kanak ni indépendantistes. Et nous sommes à 43,60%. De même le taux de participation est imposant : 80,63 %.

Je trouve donc les résultats excellents, bien au-dessus de ce qui était annoncé, avec une progression du vote indépendantiste dans des communes qui ne l’étaient pas, une forte participation des jeunes alors qu’on nous avait claironné depuis plus d’un an qu’ils n’iraient pas voter, tout cela avec une liste électorale qui n’est pas du tout en faveur des indépendantistes et une campagne mensongère des anti-indépendantistes visant à effrayer les votants.

Je ne prendrais ce soir qu’un exemple, Bourail, ville très fortement antiindépendantiste pendant les Événements de 1984-1988, où des drapeaux bleu-blanc-rouge flottaient sur le plupart des maisons, comme si nous avions àchaque coin de rue ou de colline des édifices officiels ou des mairies. Et bien, Bourail a voté "Oui" à 30,9 % avec une participation de 88,6 %, soit une progression de 10 points pour l’indépendance. C’est une grande victoire.

Cela nous renforce sur le fait que les partis indépendantistes ont, contre tout ce qui était annoncé, réussi à mobiliser de façon massive leur base, et que le Parti travailliste de Louis-Kotra Uregei n’a pas su convaincre suffisamment de personnes pour que cela soit marqué dans les abstentions. Ce résultat global conforte donc le projet d’indépendance et l’absence de projet ou de propositions nouvelles des anti-indépendantistes.

Les gens du pays, en votant ainsi, ont pris la parole pour dire massivement quelque chose comme « on veut vivre ensemble, il faut y arriver, on est prêt à construire un avenir pour notre pays ». Et, une partie des Calédoniens qui ne sont pas indépendantistes (probablement environ 20 %) a voté "Oui", par solidarité avec les Kanak, pour marquer leur raz-le-bol de certains discours politiques passéistes et pour envoyer un message fort qu’il faut trouver une solution ensemble pour construire la case de Kanaky Nouvelle-Calédonie durablement.

Les élus anti-indépendantistes ainsi que leurs experts sur le plateau télévisé de la soirée électorale à Nouméa étaient de mauvaise foi, comme ils l’ont été durant la campagne en cherchant à effrayer ceux qui étaient hésitants et presque prêts à voter indépendantiste. Ils furent surpris, étonnés et mauvais perdants en disant haut et fort que leur victoire est écrasante. Mais ce n’est pas le cas : ils avaient prévus 70 % de votes "Non", à grand renfort de sondages qui se sont tous trompés sur le taux de participation, l’abstention des jeunes et le résultat final.

Entre Calédonie ensemble qui a un discours rôdé arguant d’une refondation politique, laquelle s’est écroulée hier soir au fur et à mesure des résultats, et les ex-RPCR qui ne sont pas à la hauteur et se réfugient dans la suppression de la suite du processus (les deux autres référendums prévus), les jeunes génération qui ont voté ce soir permettent de voir l’avenir avec espoir.

Car l’argumentaire d’un Brial et d’un Michel par exemple sur la non-nécessité d’un deuxième ou troisième référendum car ce sera du pareil au même est totalement faux. Les abstentionnistes peuvent changer d’avis, d’ici deux ans, d’autres nouvelles générations auront la majorité et pourront voter. Et puis, sur les îles Loyauté, il reste une grande marge de gens à convaincre et qui n’ont pas voté ce soir. Que ce soit pour suivre le mot d’ordre du PT (mais je n’y crois pas forcément et cela n’est pas démontrable de toutes les façons) ou bien parce qu’ils ont beaucoup plus cru ici qu’ailleurs aux arguments frauduleux des antiindépendantistes visant à faire peur sur l’avenir des retraites, l’accès à la santé ou autre dans le cadre d’une indépendance… Ou encore parce que certains n’ont pas été suffisamment convaincus par le programme de pays Kanaky Nouvelle-Calédonie et que donc, pour ne pas voter "Non", ils n’ont pas voté "Oui" non plus (car ils n’étaient pas encore prêts à le faire) et donc se sont abstenus !

Tout cela fait que le "Oui" peut grandir et passer largement dans les deux ou quatre ans à venir la barre des 50 %. Il faut laisser le temps au temps… Donc l’espoir est grand ce soir pour que Kanaky Nouvelle-Calédonie arrive un jour en État indépendant et souverain.

En tant qu’anti-colonialiste ayant soutenu le droit à l’indépendance du peuple kanak depuis près de quarante ans, je suis ce soir très émue et heureuse de voir et d’entendre les jeunes surtout, qui n’ont pas connu les Événements, et qui ont voté et disent avoir rendu hommage ainsi aux anciens, aux morts…

La terre remue là bas, comme un renouveau, après la terrible dépression du début du XXe siècle.

Isabelle Leblic