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Kadhafi invite Nicolas Sarkozy à accorder des réparations à l’Algérie

jeudi 16 juillet 2009, par la rédaction

Lors de la réunion du G8 à l’Aquila, le président libyen a demandé à la France d’indemniser son ancienne colonie, l’Algérie, en suivant l’exemple de l’Italie qui avait présenté, l’an dernier, ses excuses à la Libye et proposé une indemnisation. « Cela ferait de vous un grand président », a-t-il lancé à l’intention de Nicolas Sarkozy. [1]

Il interpelle Sarkozy : Kadhafi plaide pour l’indemnisation des Algériens

par Moncef Wafi, Le Quotidien d’Oran, le 16 juillet 2009


Alors que la question de la repentance de la France envers l’Algérie est toujours d’actualité et semble enfler à cause d’une polémique née d’une intervention jugée « maladroite » du président de l’APN, Abdelaziz Ziari, en visite alors à Paris, c’est le leader libyen Mouammar Kadhafi qui s’est invité dans le débat lors du dernier rendez-vous des pays du G8, qui s’est tenu la semaine dernière à Aquila, en Italie.

Le président libyen, fort de son statut de président en exercice de l’Union africaine, a demandé ouvertement à Paris d’indemniser son ancienne colonie, l’Algérie, en suivant l’exemple de Rome qui, rappelons-le, avait présenté, l’an dernier, ses excuses à Tripoli et proposé une indemnisation de 5 milliards de dollars. Ainsi, selon l’agence officielle libyenne Jana, Kadhafi a invité le chef de l’Etat français à accorder des réparations à l’Algérie. « Cela ferait de vous un grand président », a-t-il lancé à l’intention de Nicolas Sarkozy. Cette intervention ira certainement en ravivant le sentiment de frustration des Algériens par rapport à cette question d’indemnisation, qui ne saurait se dissocier de l’épineux dossier de la repentance que ce même Sarkozy avait rejetée en estimant qu’il appartient aux historiens d’effectuer un « travail de mémoire ». En effet, après la décision de l’Italie d’indemniser la Libye, qualifiée de fait sans précédent dans les annales du colonialisme européen en Afrique, l’espoir s’est emparé des Algériens de voir la France emboîter le pas à son voisin transalpin, mais en vain.

En septembre 2008, le ministère français des Affaires étrangères avait indiqué que cet accord « n’est ni un précédent ni une référence et que chaque histoire bilatérale avance comme elle le souhaite, chaque histoire est spécifique », pour justifier le refus de Paris d’indemniser Alger. Une attitude « hypocrite » et une fuite des responsabilités historiques et morales quand on connaît l’acharnement, presque obsessionnel, de la France officielle sur la Turquie pour qu’elle reconnaisse le génocide arménien.

Pourtant, la classe politique algérienne n’a jamais cessé de rappeler les crimes de la France coloniale et la nécessité de s’en absoudre pour envisager un avenir dépassionné et serein entre les peuples des deux pays. Une revendication soutenue par la position de Abdelaziz Bouteflika qui avait conditionné la signature d’un traité d’amitié avec la France à la présentation, par cette dernière, d’excuses pour les massacres commis le 8 mai 1945, durant la guerre de libération, ainsi que durant la colonisation.

Pourtant, cette unité de « façade » a été battue en brèche par la déclaration de Abdelaziz Ziari qui, devant les députés français, avait rappelé que pour l’Algérie, la question de la repentance de la France vis-à-vis du peuple algérien n’est pas une condition posée par Alger pour ses relations futures avec l’ancienne puissance coloniale. La question de la repentance « ne constitue nullement un point d’achoppement, ni un préalable ou une condition fixée par l’Algérie » dans ses relations avec la France, a-t-il indiqué. M. Ziari rappellera que « la question s’est posée après l’adoption par la France de la loi du 23 février 2005 glorifiant le passé colonial de la France. Nous avons ressenti cela comme une provocation. Il est normal que nous réagissions chaque fois qu’il y a provocation », avait-il précisé.

Des voix discordantes sur un sujet d’autant plus sensible que le ministre des Moudjahidine, Mohamed Chérif Abbas, avait souligné, durant la même période, que « l’Algérie maintient ses revendications liées à la repentance de la France sur les crimes commis par le régime colonial entre 1832 et 1962 ». Les revendications de l’Etat algérien relatives à « l’incrimination et à la reconnaissance des crimes de guerre français sont toujours maintenues jusqu’à aboutissement », avait-il déclaré en marge du troisième congrès de l’Association nationale des anciens condamnés à mort.

L’autre pendant du dossier est celui de l’indemnisation par la France des victimes des essais nucléaires au Sahara, qui a été accueilli avec beaucoup de circonspection de la part des chercheurs algériens. En effet, la décision du gouvernement français d’indemniser les victimes des essais nucléaires effectués dans le Sahara algérien et en Polynésie avait fait naître peu de satisfaction et beaucoup de méfiance. Des dossiers toujours en suspens, qui continuent à plomber les relations bilatérales.

L’Italie s’excuse et paie une dette à la Libye pour la colonisation subie

[LEXPRESS.fr, le 1er septembre 2008]


Silvio Berlusconi, en visite à Tripoli, a signé un accord incluant le paiement d’une dette de 5 milliards de dollars sur 25 ans. Le chef du gouvernement s’est également fendu d’excuses auprès du colonel Kadhafi pour l’occupation de la Libye entre 1911 et 1942.

L’Italie a présenté samedi ses excuses solennelles à la Libye et s’est engagée à verser à ce pays cinq milliards de dollars sur les 25 prochaines années au titre de dédommagements pour la période coloniale.

« L’accord portera sur un montant de 200 millions de dollars par an durant les 25 prochaines années sous forme d’investissements dans des projets d’infrastructure en Libye », a indiqué Silvio Berlusconi à son arrivée à Benghazi, dans le nord-est de la Libye.

Cet accord censé régler le contentieux hérité de plusieurs décennies d’occupation et colonisation au siècle dernier a été signé un peu plus tard par le chef du gouvernement italien et le numéro un libyen Mouammar Kadhafi dans le jardin d’un ancien palais du gouverneur italien de Benghazi, alors sous l’occupation italienne.

« Un moment historique qui atteste de la défaite du colonialisme »

« Il est de mon devoir, en tant que chef du gouvernement, de vous exprimer au nom du peuple italien notre regret et nos excuses pour les blessures profondes que vous nous avons causées », a déclaré Silvio Berlusconi dont les propos étaient traduits en arabe.

Il s’est auparavant incliné devant le fils du héros de la résistance libyenne contre l’occupant italien, Omar Mokhtar, dans un geste symbolique.

« Il s’agit d’un moment historique durant lequel des hommes courageux attestent de la défaite du colonialisme », a déclaré de son côté Mouammar Kadhafi en levant la main en signe de victoire.

« Le peuple libyen a subi une injustice et a été agressé chez lui et il mérite excuses et compensations », a-t-il dit, en présence des ambassadeurs accrédités à Tripoli et des fils et petits-fils des héros de la résistance.

Un accord qui va renforcer les liens économiques entre les deux pays

« L’accord doit mettre fin à 40 ans de désaccord. C’est une reconnaissance concrète et morale des dommages infligés à la Libye par l’Italie pendant la période coloniale », avait déclaré le chef du gouvernement italien à son arrivée à Benghazi.

Il a précisé que parmi les projets qui seront financés par son pays figurait la construction d’une autoroute traversant la Libye d’ouest en est, de la Tunisie à l’Egypte, réclamée par Tripoli.

L’accord prévoit également la construction "d’un très grand nombre » de logements, l’installation d’entreprises italiennes en Libye, des bourses à des étudiants libyens en Italie et des pensions pour des mutilés victimes de mines anti-personnel posées par l’Italie pendant la période coloniale, a dit Silvio Berlusconi.

Il prévoit aussi une coopération dans la lutte contre l’émigration clandestine.
L’Italie réclame davantage d’efforts de la part de la Libye pour lutter contre l’immigration clandestine, mais une telle coopération achoppait sur les compensations réclamées par Tripoli pour plus de trente ans d’occupation italienne de 1911 à 1942.

"Il cavaliere" avait emmené avec lui à Benghazi la "Vénus de Cyrène", magnifique statue sans tête du IIe siècle après JC découverte en 1913 par des archéologues italiens sur le sol libyen.
La statue a été officiellement remise par Silvio Berlusconi au colonel Kadhafi à l’issue de la signature de l’accord.

La visite de Silvio Berlusconi a coïncidé avec les festivités marquant le 39e anniversaire de la révolution libyenne, le 1er septembre 1969, qui a porté au pouvoir le colonel Kadhafi.

L’accord sur les compensations signé par la Libye et l’Italie intervient deux semaines après la signature d’un accord sur les indemnisations des victimes américaines et libyennes du conflit entre les deux pays dans les années 1980.

A Rome, l’association des rapatriés italiens de Libye a fait part de son indignation sur le montant des dédommagements.
L’association se bat depuis 38 ans pour obtenir de l’Etat italien une loi de compensation en faveur des milliers d’Italiens chassés de Libye par le colonel Mouammar Khadafi en 1970.


[1Sur ce thème, voir également cette page Berlusconi rentabilise le passé colonial de l’Italie en Libye.