Histoire coloniale et postcoloniale

Nous contacter

Accueil > l’accès aux archives > les essais nucléaires > Gerboise bleue, 55 ans après

Gerboise bleue, 55 ans après

mardi 17 février 2015, par la rédaction

Un anniversaire (presqu’) oublié : le 13 février 1960, Gerboise bleue se déroulait à Reggane dans le Sahara algérien. Cet essai nucléaire français était le premier d’une série de 4 essais atmosphériques qui fut suivie de 13 essais souterrains à In Ekker – à partir de 1966 les essais se déroulèrent dans le Pacifique.

Depuis ces essais, le nombre de cas de cancer n’a cessé d’augmenter dans des zones continuellement irradiées, des tares et des malformations sont apparues chez les nouveaux nés, et la région a subi une importante dégradation de l’environnement caractérisée par la destruction de la faune et de la flore.
Concernant les personnes contaminées, certains demandent une réparation financière de la part de la France, d’autres suggèrent une implication de celle-ci dans les programmes sanitaires déjà initiés, dans ce sens, par l’Etat algérien. [1]

« La politique de l’autruche est contreproductive »

par Nadjia Bouzeghrane, El Watan le 15 février 2015


Le 13 février 1960, à 7 heures 4 minutes 20 secondes, Gerboise bleue, la première bombe française, explose au Sahara. Sa puissance est comprise entre 60 et 70 kilotonnes, soit plus de trois fois la puissance de l’explosion d’Hiroshima. Cinquante-cinq ans après, la question de l’indemnisation des personnels et des populations victimes des conséquences des essais nucléaires n’est toujours pas réglée.

L’attentisme du gouvernement français sur le dossier des conséquences des essais nucléaires est intolérable pour les victimes et leurs ayants droit. » « La politique de l’autruche de la France sur les conséquences humanitaires – sanitaires et environnementales – de son programme d’armes nucléaires est totalement contreproductive », souligne Bruno Barrillot, cofondateur de l’Observatoire des armements, spécialiste des essais nucléaires, dans une note publiée par l’Observatoire des armements dans laquelle l’expert fait le point sur les blocages de la loi Morin de 2010, suite à sa réforme fin 2013 dont nous reprenons des extraits*. Une réforme « en panne », selon l’expert.

Analysant les insuffisances et les incohérences de la loi Morin et les difficultés d’accès aux archives des essais nucléaires, Bruno Barrillot précise qu’une de ces incohérences concerne aujourd’hui plus particulièrement les zones sahariennes. « La réforme du 20 décembre 2013 a conservé la limitation ubuesque des zones où il aurait fallu se trouver pour bénéficier de la loi : ce sont des ‘secteurs angulaires’ tellement étroits que seuls des géomètres patentés pourraient identifier. »

Et de rappeler qu’« une nouvelle série de documents déclassifiés par le ministère de la Défense le 5 avril 2013 fait apparaître que les quatre essais aériens de Reggane en 1960/61 ont contaminé l’atmosphère de toute l’Afrique, au nord de l’Equateur, pendant plus de dix jours. D’autres documents officiels publiés par la presse sont encore plus éloquents et précis sur les risques sanitaires auxquels les personnels des sites sahariens et les populations sédentaires et nomades du Sahara ont été exposés pendant toute la période des essais au Sahara : hélas, ils ne font pas partie des documents déclassifiés ».

L’accès aux archives des essais nucléaires est capital pour permettre d’étayer les dossiers des victimes des essais nucléaires et convaincre les tribunaux du bien-fondé des demandes d’indemnisation, relève Bruno Barillot. « Le ministre de la Défense a fait déclassifier 387 documents relatifs aux essais au Sahara et en Polynésie en 2013.

Non seulement certains de ces documents contiennent des pages ‘blanches’ restées secrètes, mais l’ensemble n’apporte guère d’informations utiles à la défense des victimes, même si quelques passages ont pu échapper à la censure de la commission consultative du secret de la défense nationale. » Et aussi : « Encore faut-il que la minime ouverture des archives puisse servir à la défense des victimes.

Ce n’est pas toujours le cas. » Bruno Barillot cite, pour l’exemple, le dossier de M. K. dans lequel le ministre affirme, le 20 octobre 2014, que « les mesures radiologiques suite à l’essai Gerboise verte du 25 avril 1961 ne doivent pas être remises en cause alors qu’il a déclassifié un document le 4 avril 2013, où il est écrit en toutes lettres en conclusion que ‘les appareils de mesure ne donnent pas entière satisfaction’ (…). Le ministre affirme également que ‘les essais sahariens n’ont pas entraîné de contamination importante’ alors que des cartes des retombées radioactives de ces mêmes essais attestant du contraire sont annexées à un rapport déclassifié en 2013. »

Le « groupe de travail mixte » algéro-français dont les travaux, depuis 2007, sont restés « secrets et sans résultats probants », tiendra-t-il compte du « nécessaire élargissement de la zone géographique et sollicitera-t-il des propositions des représentants des associations de victimes sahariennes » s’interroge Bruno Barillot. En décembre 2014, suite à la rencontre du Comité intergouvernemental de haut niveau entre la France et l’Algérie, « les deux parties ont convenu que le groupe de travail mixte, pour échanger sur les conditions de présentation des dossiers d’indemnisation par les victimes algériennes des essais nucléaires français au Sahara ou leurs ayants droit, se réunira avant la fin du premier trimestre 2015 ».

Nadjia Bouzeghrane



Pour aller plus loin, voir les autres articles du dossier consacré aux essais nucléaires français.