Histoire coloniale et postcoloniale

Nous contacter

Accueil > Roms et gens du voyage > François Hollande reconnaît la responsabilité de la France dans l’internement (...)

François Hollande reconnaît la responsabilité de la France dans l’internement de milliers de Tsiganes

dimanche 30 octobre 2016

François Hollande a reconnu la responsabilité de la France dans l’internement de milliers de Tsiganes par Vichy, ce samedi, lors de la cérémonie d’hommage sur le site du camp de Montreuil-Bellay. Soixante-dix ans après la libération des derniers Tsiganes internés en France, un hommage national a été rendu ce samedi matin 29 octobre 2016, sur l’ancien camp de concentration de Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire). François Hollande a reconnu la responsabilité de la France dans l’internement de milliers de Tsiganes par le régime de Vichy entre 1940 et 1946.

"Le jour est venu et il fallait que cette vérité soit dite", a déclaré le président. "La République reconnaît la souffrance des nomades qui ont été internés et admet que sa responsabilité est grande dans ce drame", a-t-il poursuivi lors d’une cérémonie d’hommage, où étaient présents plusieurs survivants.

François Hollande reconnaît la responsabilité de la France dans l’internement des Tsiganes entre 1940 et 1946

par Marine Lamoureux, La Croix, le 29 octobre 2016


Samedi 29 octobre, le chef de l’État a assisté à une cérémonie d’hommage sur le site d’un ancien camp à Montreuil-Bellay, au sud d’Angers.

« La République reconnaît la souffrance des nomades qui ont été internés et admet que sa responsabilité est grande dans ce drame. » Par ces mots, prononcés samedi 29 octobre lors d’une cérémonie d’hommage à Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire), François Hollande a admis la responsabilité de la France dans l’internement des Tsiganes durant la Seconde guerre mondiale.

Soixante-dix ans après la libération tardive des derniers internés, le chef de l’État s’exprimait devant 500 personnes réunies sur le site d’un des 31 camps gérés par les autorités françaises entre 1940 et 1946. Au total, entre 6 000 et 6 500 nomades y ont été enfermés. À Montreuil-Bellay, au sud d’Angers, 2000 personnes ont été internées, dont une centaine a péri.

Un livret de circulation depuis 1969

Samedi, François Hollande, qui était accompagné d’Emmanuelle Cosse, ministre du logement et de Jean-Marc Todeschini, secrétaire d’État aux anciens combattants, a également fait référence à l’éventuelle suppression du livret de circulation encore imposé aux gens du voyage en France. Le président a ainsi rappelé que le député PS Dominique Raimbourg avait « proposé l’abrogation de la loi de 1969, dans le cadre du projet de loi Égalité et Citoyenneté. Il en sera, je l’espère, décidé par le Parlement, pour que les gens du voyage n’aient plus ce livret de circulation à produire, pour qu’ils soient des citoyens comme les autres. » Ce projet de loi doit être à nouveau examiné à l’Assemblée à partir du 7 novembre.

Avec cette première visite présidentielle dans un camp d’internement de Tsiganes, une page peu connue de l’histoire s’éclaire. Pour Karim Fikri, de l’association Les Amis de la Mémoire du camp tsigane de Montreuil-Bellay, cette reconnaissance, ainsi que l’installation d’un mémorial national, étaient attendues « depuis longtemps ». C’est « un aboutissement après beaucoup de fausses joies et de désespoir », a-t-il souligné, rappelant que l’ancien camp avait failli « devenir un rond-point ».

Les préfets en charge des camps

Dès avril 1940, les nomades – déjà sous étroite surveillance – avaient été interdits de circulation sur tout le territoire car suspectés de collusion avec l’ennemi. Quand six mois plus tard, l’occupant allemand ordonne aux préfets d’interner les Tsiganes, les gendarmes arrêtent en priorité les familles déjà assignées à résidence. « Si l’ordre est allemand, tout sera français après ? : les arrestations, le choix des camps, la gestion », assure l’historienne Marie-Christine Hubert. Selon elle, même à l’issue de la guerre, les autorités françaises « n’auront aucun scrupule » à laisser les familles dans les camps jusqu’en 1946.

« La faim, la crasse »

« C’est la première fois qu’on va nous reconnaître. On va passer de l’ombre à la lumière, c’est extraordinaire ?! », confie de son côté Jean Richard, dit « Jeanjean », 75 ans, en parcourant le site où furent internés 17 de ses proches, « marqués à vie par l’enfermement, la faim, la crasse ». Il témoigne du long silence de ses aînés face au drame. « Mon sentiment, c’est qu’ils sont morts la peur au ventre qu’on revienne les chercher et qu’on les enferme encore. » L’État avait franchi un premier pas vers la reconnaissance de la participation de la France dans cet internement familial en 2010, par la voix de l’ancien secrétaire aux anciens combattants Hubert Falco, l’évoquant lors d’une « Journée nationale de la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français ».

_____________________

Le discours de François Hollande, le 29 octobre 2016, à Montreuil-Bellay :



Discours à l’occasion de l’hommage national aux...
par elysee