Histoire coloniale et postcoloniale

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France-Algérie : des feux mal éteints ravivés par des incendiaires de la mémoire

mercredi 10 février 2010, par la rédaction

Faute d’avoir jusqu’à présent accepté de l’assumer, la France se trouve maintenant violemment confrontée à son passé colonial en Algérie : un projet de loi visant à « juger les responsables de crimes coloniaux » a été récemment déposé au Parlement algérien – réplique tardive à l’article 4 de la loi française du 23 février 2005 qui décrétait « le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord ».

La proximité des élections régionales explique sans doute l’émotion manifestée par Thierry Mariani, député UMP du Vaucluse et tête de liste de l’UMP pour les élections régionales en PACA, qui a refusé mardi matin 9 février de voter en faveur de la ratification d’une convention de partenariat avec l’Algérie signée il y a deux ans [1]. L’après-midi du même jour, à l’occasion d’une séance de questions au gouvernement, Hubert Falco, secrétaire d’Etat aux anciens combattants, répondait aux inquiétudes de Thierry Mariani, en célébrant une fois encore les vertus d’une Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie ...

[Mise en ligne le 9 février 2010, mise à jour le 10]


Alger veut criminaliser le colonialisme français

[Nouvelobs.com avec AFP – 7 février 2010 17:59]


Une proposition de loi soumise au parlement algérien prévoit la création de tribunaux spéciaux pour juger les responsables de crimes coloniaux et demande à la France excuses et indemnités.

Le parlement algérien envisage d’adopter une loi criminalisant le colonialisme français (1830-1962), a indiqué, dimanche 7 février, un député du Front de libération nationale (FLN). "Une proposition de loi criminalisant le colonialisme français a été déposée le 13 janvier au bureau de l’Assemblée populaire nationale (APN, chambre basse du parlement). Le projet sera soumis au gouvernement avant d’être adopté par le Parlement probablement lors de la session de printemps", a déclaré à Alger Moussa Abdi, député du FLN (conservateur), au cours d’un débat au Forum du quotidien El Moudjahid (gouvernemental).
Cette proposition de loi a été signée par 125 députés de différents partis, notamment le FLN, le Rassemblement national démocratique (RND) du Premier ministre Ahmed Ouyahia, le Mouvement pour la société de la paix (MSP, islamiste) et El Islah, a indiqué Moussa Abdi.

"Injuste par nature"

Le FLN, le RND et le MSP forment l’Alliance présidentielle, largement majoritaire au Parlement. "Nous envisageons de créer des tribunaux spéciaux pour juger les responsables de crimes coloniaux ou de les poursuivre devant les tribunaux internationaux", a précisé Moussa Abdi à l’AFP. Les représentants du MSP et du parti Islah (réforme, islamiste) ont demandé à la France de "présenter ses excuses pour la période coloniale et d’indemniser le peuple algérien".
Lors d’une visite en Algérie en décembre 2007, Nicolas Sarkozy avait fermement dénoncé le système colonial "injuste par nature". Mais le président français refuse toute idée de "repentance", estimant qu’il s’agit d’une forme de "haine de soi" et de "dénigrement" de son pays.

France/Algérie : une convention de partenariat ratifiée dans un climat tendu

[AFP – 9 février 2010 11h16]


Les tensions entre Paris et Alger ont dominé les débats mardi matin à l’Assemblée nationale lors de la ratification d’une convention de partenariat franco-algérienne.

Le feu vert définitif du Parlement, puisque le Sénat l’avait déjà ratifiée en juillet, intervient alors qu’un député algérien du Front de Libération nationale (FLN) avait indiqué dimanche que le Parlement algérien envisageait d’adopter une loi criminalisant le colonialisme français (1830-1962).

Bernard Derosier (Parti socialiste), tout en reconnaissant certaines tensions entre les deux pays, a espéré que le gouvernement français aurait "la sagesse de ne pas écouter les ultras".
Une allusion directe à Thierry Mariani (UMP), candidat à la présidence du conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur, Région comptant de nombreux rapatriés et harkis, qui a réclamé lundi le report de cette ratification.
M. Derosier a aussi jugé "malvenue" l’inscription par Paris de l’Algérie sur une liste de pays à risque pour les transports aériens.

"Nous avons été plus que troublés par la prise de position inacceptable de députés algériens", s’est indigné Jacques Remiller (UMP), tout en estimant que "cet énième soubresaut de l’Histoire ne doit pas entacher sur le fond la volonté commune de travailler ensemble".

Pour Alain Joyandet, secrétaire d’Etat à la Coopération, "il faut dépassionner le débat et regarder cette convention à l’aune de l’intérêt des peuples français et algériens".

"Il s’agit d’une proposition de loi, qui a certes été signée par un certain nombre de députés algériens. Mais nous, en France, n’apprécierions pas que des parlementaires d’un autre pays commentent les propositions de loi déposées par des parlementaires français", a-t-il estimé alors qu’Eric Besson (Immigration) avait condamné l’initiative de ces députés algériens.

Ce texte est, pour M. Mariani, une insulte aux "rapatriés qui ont vécu au milieu du peuple algérien jusqu’en 1962", ainsi que pour "l’ensemble de ceux qui ont servi en Algérie sous les couleurs du drapeau français, les harkis, les militaires professionnels, les appelés du contingent, qui se sentent méprisés et qu’on injurie une nouvelle fois".
Il a voté contre la ratification, tout comme Rudy Salles (Nouveau Centre). A l’inverse, le PS et le Parti communiste français (PCF) ont voté pour.

"Il ne s’agit pas de battre sa coulpe mais de reconnaître les vérités historiques des méfaits du colonialisme", a souligné François Asensi (PCF), "pas dupe" toutefois que "le pouvoir algérien utilise à dessein la question de la repentance et la reconnaissance des crimes coloniaux pour souder la population et la détourner des difficultés politiques et économiques".
M. Asensi a également jugé "minable" et "purement électoraliste" la position de M. Mariani.

La convention de partenariat franco-algérienne a été signée à Alger le 4 décembre 2007. Elle vise à "consolider leur coopération dans les domaines scientifique, technique, culturel et éducatif et dans le domaine de la gouvernance" et "élargit cette coopération à de nouveaux domaines, tels que la coopération décentralisée et la coopération en matière de sécurité".

Hubert Falco, à l’Assemblée nationale, le 9 février 2010.

Hubert Falco, incendiaire [2]

Le problème a été à nouveau abordé à l’Assemblée nationale, mardi 9 février 2010 après-midi, au cours de la séance des questions au gouvernement [3].

Répondant à Thierry Mariani, Hubert Falco, Secrétaire d’Etat aux Anciens combattants, a jugé l’« initiative » des députés algériens « particulièrement inquiétante et incompréhensible ». Après avoir évoqué « une charge anti-française aussi outrancière, profondément blessante, insultante pour nos compatriotes rapatriés et pour notre Mémoire nationale », il a poursuivi en déclarant que « cette initiative profondément regrettable renforce [sa] détermination pour œuvrer à la réconciliation des mémoires, non par le silence qui voudrait bâtir la réconciliation sur l’oubli des drames des Harkis ou des Rapatriés ou sur la repentance, mais par le travail de mémoire et l’exigence de vérité ! Plus que jamais, monsieur le député, j’ai la conviction que la Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie et des combats du Maroc et de Tunisie, dont je vous ai annoncé la création, est l’outil indépendant dont nous avons besoin, ici, comme de part et d’autre de la Méditerranée, pour parcourir ensemble ce chemin de mémoire, celui de toutes les mémoires, qui n’occulte aucune mémoire ! »

Faut-il rappeler que la Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie a été créée par l’article 3 d’une loi - celle du 23 février 2005 - qui ne rendait hommage qu’à une seule catégorie de victimes de la guerre d’indépendance algérienne ? A-t-on oublié que cette Fondation a été récusée par la grande majorité des historiens [4] ? Hubert Falco ne peut ignorer qu’elle aura pour effet d’entretenir la guerre des mémoires.

Hubert Falco gagnerait à s’inspirer de la déclaration d’Hervé Gaymard, député UMP de Savoie, rapporteur de la convention adoptée le matin même en vue de renforcer la coopération technique, culturelle et éducative entre la France et l’Algérie [1] :

« La France a mal à l’Algérie ; l’Algérie a mal à la France.
« Après trois guerres en deux générations et des millions de morts de part et d’autre du Rhin, il n’a fallu que dix-huit ans, après la fin de la seconde guerre mondiale, pour décider de construire l’amitié franco-allemande par le traité de 1963. Quarante-huit ans après la fin de la guerre d’Algérie, les feux mal éteints peuvent toujours être ravivés par les incendiaires de la mémoire.
 »

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Un enregistrement vidéo de la réponse de Hubert Falco à Thierry Mariani :


Voir en ligne : les “nostalgériques” auront leur fondation et les harkis des promesses verbales